L'AMERIQUE
Tu lui montrais, comme Moïse, Ait bout de ton doigt souverain, La moderne terre promise, lTn univers vierge et serein.
En 1884, au cours d'une petite critique cpie je publiai, dans la Minerve, d'une pièce intitulée L'Amérique, où se trouvaient les vers que je viens de transcrire, je disais :
Christophe Colomb montrait au I» ut de son doigt souverain un univers !
Décidément, il devait avoir un doiijt souverain, ce Génois-là. M. Frécbette a voulu dire du bout de son doigt.
Le lauréat dans la Patrie du 14 octobre répondit à mes remarques par ce qui suit :
Qu'est-ce que l'épluehage de M. Chapman peut faire aux
vers de M. Frécbette?
Il y a longtemps qu'il les pille.
Maintenant il les houspille.
1 1 est payé par la Minerve pour ajouter cette syllabe.
M. Frécbette se défendait de mes attaques — comme il s'en défend aujourd'hui — en cherchant à taire croire au gros public que je pillais ses vers.
Or, en 1800, six ans après, Charles Fuster vint
me donner raison en corrigeant, pour le citer, le deuxième vers de la strophe que je viens de reproduire, et Ton peut lire, à la page 250 des Poètes du Clocher, \q* lignes suivantes :
" Le livre s'ouvre sur un hymne à l'Amérique.
On me permettra de transcrire, sans éloges, et en remettant les critiques à plus tard :
Tu lui moût rais comme Moïse.
Du bout de ton doigt souverain
:t Suivent — continue Charles Fustcr — quelques vers moins fermes, affaiblis par l'abus des épithètes et que je ne crois pas devoir transcrire."
Le poète français a été très prudent — puisqu'il voulait louer M. Fréchette — quand il s'est abstenu de citer des vers plus faibles que ceux qu'il était obligé de corriger pour les présenter au public parisien, et, tout humble écrivain que je suis, je me permets de le féliciter sur sa prudence.