‹ Le lauréatChapitre 22 sur 101 · L* Expiation, oième vers du chanl II · texte numérisé non relu

L* Expiation, oième vers du chanl II

AUDACES l'oKTUX.V JUVAT 41

FRECHETTE Le vis. dernier lutteur de la lutte dernière.

Le poète national a donc volé deux auteurs pour faire le dernier vers que je viens de citer, comme le prouve l'alexandrin ci-dessous de Crémazie :

Ce fier drapeau qu'aux jours de la lutte dernière. 1

Pas fécond, le poète, pas fécond.

LAMAUTIXE La lampe qui s'éteint tout à coup se ranime. 2

FRECHETTE La lampe qui s'éteint jette un plus vif éclair.

M. Fréchette va parfois jusqu'à chercher ses inspirations dans les chansons populaires.

Dans le Drapeau de Carillon :

Los yeux tournes du côté de la France. FRECHETTE Il regardait longtemps du côté de la France

Dans le Régiment de Sambre-et-Meuse :

Tous cessera enfants de la Gaule Marchaient sans trêve et sans rej Avec leurfusilsur l'épaule, etc.

FRECHETTE

De matelots bretons, fers enfants de la Gaule, Travailleurs qui devront, le mousquet sur l'épaule, etc.

i. Le Drapeau de Carillon, 6icme Strophe. 2. Le Poète mourant , 3ième Strophe.

Parfois le lauréat change un mot à l'hémistiche, croyant ainsi dissimuler le plagiat :

LAMARTINE L' ait/le, ami des déserts

FRECHETTE L'aigle, ami des hivers

M. Fréchette s'est servi, pour faire l'hémistiche ci-dessus, d'une épigraphe qu'il a mise en tête de la pièce intitulée : A un peintre, page 191 de son Pêle- Mêle.

Or cette épigraphe a été transcrite de mémoire, comme il est facile de le constater dans les Méditations de Lamartine, au commencement du poème portant pour titre : L'Homme, dans lequel le vers (pic le lauréat avait voulu filouter ne se lit pas :

L'aigle, ami dos déserts, dédaigne ainsi la plaine,

mais bien :

L'aigle, roi <\(^ déserts, dédaigne ainsi la plaine.

Donc, puisque M. Fréchette savait assez bien par cœur le vers de Lamartine pour le citer de mémoire, il va de soi qu'il devait s'en rappeler encore quand il a fabriqué l'hémistiche que je lui reproche.

El puis, l'aigle ami des hivers ?

Ami des hivers, un peu.

Mais remettons-nous à confronter :

A.UDACES FORTUNA .1UVAT 4P»

MAURICE JÏOLLINAT Auprès du minet grave et doux comme un apôire. 1

FRECHETTE Sous les yeux du héros grave connue un apôtre.

M. Fréchette, comme vous voyez, n'est pas très difficile : il applique à son héros — Lévis — ce dont Maurice Roilinat s'est servi, avec autant de cynisme que de maladresse, pour peindre l'attitude placide de son chat.

A propos, un admirateur de M. Fréchette, faisant dans le Canada-Français une critique de la Légende d'un Peuple, après avoir cité quelques vers de Fors V Honneur, terminait ainsi :

Quel dommage que tout ce bel effet soit amoindri par cet hémistiche: grave comme un apôtre.

Sans doute, M. Fréchette a hien ri d'entendre son ami parler de l'hémistiche eu question, et il a dû se dire : — S'il savait où j'ai pris ça !

Eh bien, oui, il avait pris ça chez l'auteur des Névroses, comme il a pris les trois quarts de ses autres hémistiches dans une cinquantaine de volumes exotiques et indigènes.

Mais revenons à nos comparaisons :

VICTOR HUGO Dans ce vaisseau "perdu sous les vagues sans nombre. -

i. Les Névroses, 2ième strophe des Petits fauteuils.

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