‹ Le lauréatChapitre 37 sur 101 · VIVE I.A FRANCE · texte numérisé non relu

VIVE I.A FRANCE

V Exilé, vint me convaincre que j'avais eu raison de croire au talent de M. Fréchette.

Cette pièce, qui portait pour titre Vive la France et avait trait à un épisode supposé de la guerre franco-prussienne, eut beaucoup de succès et devint bientôt très populaire.

Aussi, combien de ibis n'ai-je pas entendu déclamer Vive la France dans les banquets, les salons, les concours de charité !

Combien de t'ois, i'avouerai-je, j'ai envié le talent de celui qui avait su inventer une si belle chose !

La pièce en question, écrite dans le genre de la Grève des Forgerons, que tout le monde sait, me faisait connaître le poète canadien sous un nouveau jour, et j'y trouvais un progrès très marqué sur ses aînées.

Sachant que l'événement qu'elle relatait n'était pas arrivé, et que, conséquemment, M. Fréchette devait l'avoir inventé, j'en admirais beaucoup l'ingénieuse inspiration.

Et puis, à cause des sentiments patriotiques qu'elle exprimait, — parce cju'elle évoquait dans les cœurs canadiens le souvenir de la vieille France, encore saignante des blessures du Teuton, de la vieille France que nous aimons toujours avec toute la tendresse éplorée de l'enfant arraché aux étreintes de sa mère, — la dernière poésie de M. Fréchette

1 ]C, 1 i: LAURÉAT

était pour moi, sinon au point fie vue strict de l'esthétique, du moins quant à l'originalité, une

production digne de figurer à côté des plus belles inspirations de Crémazic.

Malgré la publication tardive de quelques autres poésies qui ne ressemblaient aucunement, sous le rapport de l'originalité, à Vive la France, je persistais à croire (pie celui qui avait pu faire une pareille pièce n'était pas un vulgaire rimeur.

J'espérais donc que, tut ou tard, le lauréat doterait la littérature canadienne de quelque nouvelle ceuyre originale et typique, quand, un jour de l'été 1888, dans une promenade que je fis à Sorel, je rencontrai, sur le bateau, un littérateur de mes amis qui, après m'avoir longuement entretenu du fiasco de la Légende d'un Peuple, me demanda brusquement :

— As-tu lu Pour le Drapeau de François Coppée ?

— Xon. répondis-je, un peu confus de mon ignorance.

— C'est un petit poème qui t'étonnerait, ou je me t rompe énormément.

Le littérateur avait prononcé cela sur un ton juenard qui semblait en dire long, mais que je ne comprenais nullement.

Et, comme j'allais demander des explications, I ami tira de son habit une petite brochure sur la couverture de laquelle je lus : Contés et Récits en vers.

VIVE LA FRANCE ! Jl"

— Page 81, dit-il, en me tendant l'opuscule.

Je mis tout de suite le doigt sur la page indiquée. J'avais à peine lu la moitié de Pour le Drapeau, que j'interrompis tout à coup ma lecture ; et, mettant de côté le petit volume, tapant d'une main sur l'épaule de l'ami, de l'autre agitant mon chapeau, je criai : Vive la France !

Et nous partîmes tous deux d'un éclat de rire, que M. Fréchette, s'il eût été présent, aurait probablement trouvé très irrévérencieux.

Ma dernière illusion sur le lauréat venait de «'évanouir.

Cette révélation inattendue, suivie presque aussitôt

de la découverte de trois ou quatre vers volés tout

entiers à Victor Hugo, me iixa définitivement sur

la valeur de M. Fréchette connue poëte lyrique, — la

Bastide rouge m'avait fixé sur son mérite comme

prosateur et dramaturge ; — je me mis l\ comparer ses

autres poésies avec celles des écrivains modernes, et

j'en vins au résultat que vous connaissez.

Vive la France étant ce que le lauréat a fait de mieux comme imitation, il me suffira, pour prouver •que les autres poésies les moins mauvaises de M. Fréchette sont des pastiches qui équivalent à des plagiats, de me servir de l'analyse et des comparaisons faites récemment de cette pièce et de celle

jIn LE LAUREAT

de Coppée par le Bon Comhat, que je cite presque textuellement :

Voyons d'abord l'analyse de Pour le Drapeau.

I >es Arabes, en Algérie, attaquent un blockhaus. Les prisonniers, avertis, s'émeuvent. Les voilà devant le gouverneur du bagne, et l'un deux, grand gaillard, demande, au nom de ses compagnons, des fusils, pour repousser les assaillants. L'officier consent. Les Bédouins sont battus. Les forçats remettent leurs fusils. Le commandant, profondément touché, les remercie pour le drapeau.

Quel est le sujet de Vive la France ?

Paris, en 1870, est assiégé. Les habitants de Saint-Rocb de Québec, guidés par un grand gaillard, vont offrir au consul français leurs services pour aller combattre les Allemands. Le consul, profondément ému, les remercie pour la France.

Lisons maintenant les vers de Coppée :

Apre» quarante-huit

Un jour, â l'heure où L'aube, en déchirant ses voiles, Fait taire les lions et pâlir les étoiles

En «•<• moment, sorti <l< s rangs des prisonniers, L'un d'eux, qu'on avait vu parler, dans le tumulte, \ Bei amis, de l'air d'un homme qui consulte, Un grand gaillard, portanl sur ses traits amaigris La trace <!■■ vingt ans de misère à Paris, Et <l<»nt les yeux profonds, sous leurs Bombres arcades, Conservaient un reflel du feu des barricades, S approcha lentement <lu vieil Algérien,

VIVE LA fraxce! 119

Et dit, avec le ton traînant du faubourien :

— Mon capitaine, on vient vous dire qu2 nous somn e< Cent condamnés, c'est vrai, cfntforçatp, mais c -ut homi Tous du faubourg Antoine et tous gens bien choisi*, Xnus savons que le fort est bondé de i'usils. Sur tous ces moricauds, si vous voulez qu'on cogne, Armez-nous donc, etc

Et le vieil olrieit r. contenant mal ses larim -

A ses soldats d'un jour qui déposaient leurs armes.

Etreignait les deux mains à leur rougir la peau,

Et disait rudement :

Merci... \ our Icdrapcau.

Les vers de M. Fréchcttc répondent comme un

écho :

C'était nprea lesjourj

Un soir.

In de ees s^irs brumeux et sombres de ."automne, etc.

L'époque et l'heure sont précisées comme dana Pour le Drapeau,

Celui qui conduisait la marche, un gars au torse IV H < roule antique. ..."

J'aime bien antique ave? Hercule, qui, on le sait,

n'est pas d'hier.

Et puis ce gars au torse d'Hercule vous rappellot-il assez le grand gaillard de Coppée?

Je reprends ma cit ition :

Celui qui conduisait la marche, un gars au tons D'Hercule antique, avait, bous sa rustique écorce, Comme un lion captif, grandi tous les barreaux

M. Fléchette n'a pas trouvé que «."était assez de piller Coppée, il a filouté un hémistiche à Victor Hugo qui a dit :

im captif qui secourait sa chaîne.

.If cm ntinuc à citer :

tu setii i/i el orsj ect farouche de héros.

M. Fréchettc a donc puise dans deux volumes du maître pour faire deux vers voisins, puisque Victor 1 1 ngo a écrit :

< )d ne sait rjiiel aspect farouclu i t menaçant,

f Jitons toujours M. Fréchettc :

I >'.i ança tout scnl ver- le fonctionnaire,

El . d'une vois I ranquillc où grondait le tonn< rre,

Dit :

Le gars de M. Fréchettc n'avanee-t-il pas et ne parle-t-il pas comme le gaillard de Coppéc '.

La seule différence qu'on observe ici. c'est que le faubourien de Coppée a la voix traînante et < pic le faubourien du lauréat l'a tranquille.

Monsieur le consul, on nous apprend là-bas

Oue la France i rahic a besoin <le soldats

Nous ne nommes Que cinq ceUs aujourd'hui, mais, tonnerre! des hommes, Xoua en aurons, all<

François ( îoppée, lui, dit :

( >n vient vous dire que nous si, m uns

u'amnos, c'est vrai,cen1 *,\\x&i&CQ\\t hommes.

VIVE LA fiîante! 121

On voit donc que M. Fréchettc avait son modèle sous les yeux quand il a écrit ses vers, car non

seulement il s'est servi des idées de Coppée, mais jusque de ses expressions, et Monsieur le consul qui, en apostrophe, remplace Mon capitaine] — nous

sommes cinq cents hommes, qui remplace nous sommes cent hommes, est tout à fait charmant comme . . . .imitation.

Coppée a fini ainsi sa pièce :

Et le vieil officier, contenant mal ses larmes, A ses soldats d'un jour qui déposaient leurs armes, Etreignaït les deux mains à leur rougir la peau. Et disait rudement :

— Merci pour le drapeau.

Et M. Fréchettc a terminé Vive la France de la même façon :

Et Je consul, qui m'a conté cela souvent.

En leur disant merci, pleurait comme un entant.

Le consul remercie comme le commandant du bagne, avec cette différence que le consul pleure et que l'autre contient mal ses larmes.

Il y a donc dans Pour le Drapeau et Vive la

France le même thème, c'est-à-dire les mêmes fonctionnaires représentant la France, les mêmes braves prêts à verser leur sang pour l'honneur du drapeau, les mêmes offres, les mêmes larmes et les mêmes remerciements.

Et savez-vous ce que M. Fréchettc a répondu au

Bon Combat, qui lui reprochait do s'être servi trop copieusement «le Coppée pour digérer Vive la Frana .'

Lisez :

Une toute petite remarque en terminant, monsieur l'abbé:

>yez m'humilier en disant que j'imite Yn-tor Hugo

.'i Lamartine. .)e vous avouerai que j'aime mieux imiter

- grands maîtres oui ont alimenté la littérature du siècle que de signer du Chapman.

.("aimerais bien savoir ce que Lamartine peut bien avoir à faire avec une pièce qu'on accuse M. Fréehette d'avoir imitée trop crûment de Coppée.

Si encore le lauréat n'eût parlé que de Victor Eïugo, —à qui il a pris un alexandrin pour le glisser dans le thème de Coppée, — il y aurait eu presque du bon sens.

Mais amener là Lamartine, c'est très cocasse, et surtout c'est très fort comme. ...défense.

Du moment que M. Fréehette est forcé d'admettre qu'il imite Lamartine et Victor Hugo, il fait l'aveu, n'est-ce pu-, qu'il n'a point d'originalité.

Or l'originalité -qui seule constitue la véritable

poésie—- faisant défaut chez le lauréat, il n'est donc qu'un simple versificateur.

Il n'esl '| n" h h versificateur sans virtuosité, et, me -"il ne plagiait pas, il serait en France à la

VIVE l-A FRANCE ! !-•">

queue des imitateurs de l'époque, dont le nombre est pourtant si considérable.

Parlant de ces imitateurs, Charles Fuster dit:

Il y a en France4 et en Navarre, à l'heure où j'écris, trois cents faiseurs, trois cents virtuoses aura d'euK-mémes.

Et le plus lamentable, c'est que tous ceux-là se ressemblent. Les uns procèdent de Leconte uV Lisle, les autres de Sully-Prudhomme, quelque-uns de M. Banville ; tous ont la même aisance dans le rythme, le même vers sonore et nombreux, le même vocabulaire, l'exploitation «1rs mêmes sujets, le monopole des mêmes gentillesses. Qui a lu l'un, a lu les autres : entre les Colères de .Iules et les Presses *\o Léopold, la différence est nulle ; c'est l'uniformité du jolir c'est môme — si vous y tenez — la banalité du beau : ce n'est plus de l'art personnel, ce ne peut être de l'art qui dure. T

ÎTon, l'imitation, quelle que savante qu'elle puisse être, ne peut tenir lieu d'inspiration.

Le versificateur ne peut pas plus imiter la poésie des grands maîtres que l'alchimiste no peut avec profit imiter l'or, pas plus que le peintre ne parvient à rendre d'une manière satisfaisante les couleurs du prisme, les ondulations insaisissables et mystérieuses de l'aurore boréale.

Parmi les écrivains français qui, depuis Molière et Lafontaine, ont voulu imiter les Grecs et les Latins. André Chénier est certainement le seul qui ait travaillé avec succès — dans ses pastiches d'Homère et de Théocritc.

i. Les Poi!t-.< du Cio: fier.

Encore n'est-il arrive à ce résultat que tout simplement parce que, dit .Iules Lemaître, il " connaissait à fond la pure antiquité, il sî détachait de lui-même et de son temps, s'éprenait tout naïvement grâces de la vie primitive chez une belle race, se faisait une âme grecque ou plutôt, mystérieux atavisme, retrouvait cette âme eu lui."

El M. Fréchetto, qui n'a pas, lui, le mérite d'avoir traduit ni Théocrite ni Homère, qui a pillé presque tous ceux <jui ont écrit dans sa propre langue, qui vient après les trois cents faiseurs dont parle Charles Fuster, qui imite Victor Hugo comme le Berin pourrait imiter l'aigle, voudrait être considéré comme un poète !

Quand M. Fréchette ne pille pas les poètes français et canadiens, il se pille lui-même.

Croit-il avoir fait un bon hémistiche, exprimé passablement l'idée d'un confrère, il les répète à satiété.

Quelquefois il promène des vers tout entiers d'une pièce à l'autre.

Wj aurait-il que ces répétitions pour prouver l'infécondité du poète national, que cette preuve serait déjà accablante.

On pourrait, à la rigueur, pardonner à Victor Hugo, qui a écrit quatre-vingt-dix gros volumes, de s'être répété, — ce qu'il n'a cependant pas fait, — tout simplement parce qu'il aurait, pour ainsi dire, épuisé la somme d'idées qu'un cerveau humain peut contenir, et qu'il n'aurait pu se rappeler tout ce qu'il a disséminé dans des ouvrages si nombreux et si disparates.

Mais peut-on pardonnera M. Fréchette, qui n'a publié que quatre volumes, — dont ou pourrait facilement ne taire qu'un seul, — de rabâcher sans trêve, de se servir toujours des mêmes expressions, des mêmes hémistiches, du même vocabulaire?

Je n'en finirais pas si je mettais sous les yeux de mes lecteurs toutes les répétitions qu'on remarque dans les Fers «lu lauréat, et quelqu'un qui se donnerait la peine de cataloguer ce musée littéraire ferait nu travail sinon intelligent du moins très drolatique.

Je me bornerai donc à mettre ici en relief les rengaines qui se rencontrent le plus communément chez M. Fréchette, et ce quej'en ferai voir prouvera surabondamment qu'il n'est qu'un rimeur toujours à l'étroit, toujours à bout d'haleine.

Je cite :

LOUIS-HONORE FRECHETTE La France '. elle éclipsa tous les héros d'Homère

KoiIS FRECHETTE 'I i - fila ont éclipsé tous les héros d'Homère

LOUIS-HONORE FRECHETTE L> voyageur remarque, à deux pas du rivage

LOUIS FRECHETTE A* voyagt ur découvre, A </< ux pas <l" rivage

LOUIS HONORE FRECHETTE /.' lendemain matin, deux pécheurs' du villngi

LOUIS FEECHETTE Le lendemain mutin, au front de la montagne

Le lendemain malin, les monstrueux bourreaux Le lendemain matin, alerte et repose' Le lendemain malin, parmi les corps gisants Le lendemain matin, on marchait à L'assaut Demain matin, dit-il, je traduis son récit Le lendemain, hélas !/— ici-bas tout s'eftace — Enfin, le lendemain, ees nobles Alexandres Que le lendemain même, au lever de l'aurore C'était le lendemain jour de grande assemblée

LOUIS-HONORE FRECHETTE Mais, comme une aile blanche ouverte dans le vent

LOUIS FRECHETTE Et que ton aile immense ouverte dans le vent

LOUIS-HONORE FRECHETTE

O coupe d'ambroisie, De nectar et de miel

LOUIS FRECHETTE

Coupe d'ambroisie et de miel

LOUIS-HONORE FRECH ETT E

Ali ! comment voulez-vous que je vous reconnaisse, Chastes illusions de mes jours de jeunesse

LOUIS FRECHETTE

Chambly ! le vieux couvent ! Que je vous reconnaisse, Théâtre inoublié de mes jours de jeunesse

LOUIS-HONORE FRECH ETT H

Quelques instants plus tard, dans les bivouacs voilés

LOUIS FRECHETTE Iques instants plus tard, on trouvait en effet Qm Iques instants plus tard, quand, pour s'en emparer Trois jours plus tard, quand, après maint échec Troisjours après, du haut de ses mâchecoulis Quelques instants après, la noire cavalcade ( inq minutes après, nous dansions sur la vague Qui Iques instants après, vers le plateau lointain

LOUIS-H ( )XORE F REC1 1 ETTE Talisman de l'amour, symbole d'espérance LOUIS FRECHETTE tait près d'une croix, symbole d'espêranci auprès du vieux drapeau, symbole d'espèrana U HJIS-HONORE FRECHETTE

nommail Robert Cavelier de La Salle Déjà l'esprit liante par l'ombre colossale

l.olIS FRECHETTE

serpente déjà la route colossale Qu'avait rêvée un jour Cavelier de ].<< Suite

LOUIS-HONORE FRECHETTE

l'a- de \ i ' s brocanteurs vendu comme un troupeau

LOUIS FRECHETTE Sur son orpslcs vainqueurs passant comme un troupeau déf< nseurs parqués comme de vils troupeaux LOUIS-HONORE FRECHETTE I" ntendre un clameur immenvj et tii >mj haie

LOUIS FRECHETTE

M'apportent clos lambeaux de clameurs triomphales

Non, jamais, même aux jours de clameurs triomphales

LOUIS-HONORE FRECHFTTE

Et puis, pendant les nuits froidement idéales, Quand, au ciel, des milliers d'aurores boréales

LOUIS FRECHETTE

Quand ton mouvant réseau d'aurores boréales Révéla les splendeurs de tes nuits idéales

U KJIS-HONORE FRECHETTE

Merci ! si de ers jours de deuil et de souffrante

LOUIS FRECHETTE

Qu'ils furent longs, ces jours de deuil et de sovffrana

LOUIS-HONORE FRECHETTE

Toi que mon cœur ni m ait avec idolâtrie

LOUIS FRECHETTE

Sol canadien que j'aime avec idolâtrie

LOUIS-HONORE FRECHETTE

Tout disparut. Ce l'ut comme u» éclat de. foudre

LOUIS FRECHETTE

Répercutée au loin comme un éclat de foudre

LOUIS-HONORE FRECHETTE

A chaque baïonnette allumant un éclair

LOUIS FRECHETTE

Partout la fleur brûlante allume son éclair

Un éclair tout à coup s'allumait quelque part

LOUIS-HONORE FRECHETTE

La cathédrale a mis nos habits les plus beaux

13q I.K LAUREAT

LOUIS FKECHETTE Ayant mis le matin leurs habit» lesplus beaux

LOUfô-HONORE FRECHETTE Ki. vieillard vénéré, Bans reproche et sans crainte

LOUIS FRECHETTE Humbles soldats de Dion, sans reproche et sans crainte hardis novateurs sans reproches, sans crainte, LOUIS-HONORE FRECHETTE Quand, du haut du mUseauqui m'emportait loin d'elle

LOTIS FKECHETTE Quand, du haut du museau qui s'ancre dans nos ports

U KJIS-HONORE FRECHETTE Toujours prêts à venger toutes les causes justes

LOUIS FRECHETTE Flétrir ce défenseur de toute cause juste \ ces jours où martyrs de tant de saintes cause* Tombés en défendant la plus sainte des causes Les hardis défenseurs de notre sainte cause \, premier des martyrs de notre eaw.se sainte LOUIS-HONORE FRECHETTE

adieu le faux éclat des idylles d'autan LOUIS FRECHETTE Donner une revanche aux défaites d'autan Brisanl ses ailes d'or aux légendes d'antan A punir ton pays de ses froideurs d'antan h, tes combats d'antan nous reem Liions le prix . , barons d'antan, de leur.-, archers suivis

LOUIS-HOXORE FRECHETTE

Voit poindre à l'horizon la colombe de l'arche LOUIS FRECHETTE Comme la colombe de V arche Franco ! «ois maintenant la colombe dé V arche

LOUIS-] K )X( )RE FRECHETTE Enfin,, poussant trois fois le cri : Vi-ct la France!

LOUIS FRECHETTE Trois foi* aux quatre vents cria : Vive la France !

LOUIS-HONORE FRECHETTE Québec {tait tombé. Sans honte et sans mystère

LOUIS FRECHETTE Québec était tombé ; sur ses cendres fumantes

LOUIS-IK >XORE FRECHETTE Pour couvrir de leurs corps la patrie en détresse

LOUIS FRECHETTE A couvrir de son corps la terrible descente Couvriraient de leurs corps le drapeau de la France

LOUIS-HONORE FRECHETTE Comme des spectres noirs rôder dans les ténèbres

LOUIS FRECHETTE Comme des spectres noirs s'enfoncent dans la nuit

LOUIS-HONGRE FRECHETTE La grande main dans l'ombre orientait la voile

LOUIS FRECHETTE S'empare de la barre, oriente la voile

LÔUIS-HONOBE FEECHETTE Dans une nuit de paix douce et réconfortante

LOUIS FEECHETTE Par > „> nuit d'été* fraîche et réconfortante

LOUIS-HONOBE FEECHETTE

Mais son œil brille encor ûfans les brumes du soir

LOUIS FEECHETTE

Glissant rfaws lesbrumes du soir

U rtJIS-HONOBE FEECHETTE

Heurtant sur les rochers sa (ourse vagabonde

LOUIS FEECHETTE Où l'avait i n mené sa course vagabonde

U >UIS-HONTOBE FEECHETTE Ij désespoirau cœur, avait capitulé

LOUIS FEECHETTE Lt désespoirau cœur, et l'âme à la torture

LOUIS-HONOBE FEECHETTE l.<- rocs onl tressailli jusque dans leurs vertèbres

LOUIS FEECHETTE Le vieux monde frémit jusque dans ses vertèbres LOUIS-HONOBE FEECHETTE Ira] - .lux dont chacun des sublimes haillons LOUIS FEECHETTE Nos pi ree secouant ces sublimes haillons Où flottaienl les haillons troués du drapeau blanc ( »ui. ce haillon troué, mais que la gloire in< ode

LOUIS-HONORE FKECHETTE

Ah ! montre qu'en dépit de tant d'apostasie,

Le courage des preux chantés par ('reniai/'

LOUIS FBECHETTE

•Ce drapeau glorieux que chanta Crêmazie, Drapeau qui n'a jamais connu d'apostasie

LOUIS-HONORE FRECHETTE

Semble veiller, debout comme une sentinelle

LOUIS FRECHETTE

On le voyait debout comme une sentinelle

Il me faudrait vingt pages pour eiter tous les rabâchages et les rengaines du lauréat.

J'en prendrais une rien que pour loger les épithètes

sourd, vague, farouche et féerique qui pullulent dans ses livres.

Mais ce qui est plus étonnant que tout cela, c'est que M. Fréchette, qui connaît pourtant les modernes sur le bout de son doigt, qui sait leur religion de l'extrême diversité des désinences, se sert constamment des mêmes rimes, et encore de celles qui étaient déjà vieilles du temps de Marot.

Il y a surtout sauvage, rivage et servage qu'il ne lâche jamais, probablement parce que ces mots riment richement ensemble. -^T

Aussi je parierais qu'il n'y a pas une seule pièce des Fleurs boréales, de la Légende d'un Peuple et des Feuilles volantes qui ne contienne des sauvages,

Bien que les citations <le ces rabâchages soient

fastidieuses, je ne puis résistera l'envie de vous faire

les suivantes, qui pourraient être vingt fois plus

nombreuses, si je ne prenais en pitié ceux qui vont

Les lire :

Nous sommes sur le bord du Saint-Laurent sauvage. Le fleuve, déployant l'orbe de son rivage

Tout retombe en oubli, tout redevient sauvage, Nul pas civilisé ne foule le rivage

Hémisphère aux rives sauvages Libre des antiques serrages

Le grand fleuve revêt un aspect moins sauvage; Son ci. tirant mule un Mot plus calme; le rivage

Pour arracher ces bords aux primitifs serrages, Pour la première fois sur ces fauves tirages

<) fleuve, qu'ils sont loin les jours où nul serrage N'avait encor dompté ton orgueil éclatant; Où de pauvres wigwams ornaient seuls ton rivage, < )ù tu n'avais lu rcé sur ta houle sauvage

Quelle joie M. Fréchettc a dû avoir le jour où il a réussi à mettre les trois fameuses rimes dans la même strophe !

Prenez patience, et voyez jusqu'à quel point il aime les sauvages <

Qu'elle chante nos lac», notre climat sauvage

Bans que son blanc drapeau que gardent nos rivages

Que Viriathe, à lui seul, rebelle à tout servage, Acculé comme un loup dans la sierra sauvage

De teiii[ s en t<in| s sur le rivage,

Au cri de quelque oiseau sauvoot

LES BARACHAGES 135

Sur un îlot désert de l'Ottawa sauvage,

Le voyageur remarque, à deux ] as du rivage

Le voyageur découvre, à deux ] as du rivage, Les restes d'un vieux fort nommé le fort sauvage

Par un dernier effort cramponnés au rivage,

Les vieux troncs rabougri* penchent leur front s tuvage

Et pourtant qu'allaient-ils chercher sur ries rivages,

Sinon, après la vie errante des sauvage»

Si souvent harassés par les hordes sauvages, Que, voulant couronner leurs incessants ravages

Puis, sanglants et repus, lourds de butin, sauvages, Harassés d'une nuit de meurtre et de ravages

C'était bien avant nous, au temps où les murages Faisaient dans le pays tant de sanglants rat iges

Quand on pense que les rivages et les servages ont bien échappé à M. Fréchette.

Il a dû en éprouver un grand chagrin.

Xéanmoins, comme ravage rime richement avec sauvage, il s'en est peut-être consolé assez vite, après tout.

Mais continuons à nous occuper des sauvages :

Eile se retira dans un antre sauvage,

Pour pleurer sa grandeur et mourir au livage

Aussi raconte-t-on qu'une femme sauvage.

Tondant que les canots s'éloignaient du rivage

Il brille sur tous les rivages,

Au bout des mers les plus sauvages

Tl part. De noirs boyous côtoyant les virages, A travers les grands bois ou les pampas 3 mvages

Son ombre avait c< uvert bien des bivouacs sauvages

Tandis que fe grand fleuve à ses monus rivages

i. s échos se taisaient au fond du bois sauvage, Et sur le sable du rivage

Tnllc encore, un jour de tempête et d'orage, La foudre sur un roc sauvage

() fleuve! sur ton beau rivage N'as-tu pas gardé son image?

Le gnome du rivage Fuit sauvage,

Savez-vous que la déclamation des vers qui procèdent, dans les fêtes de charité, remplacerait avantageusement les monologues et les chansons comiques !

Quelqu'un à qui je les ai communiqués et qui les a déclamés, l'autre soir, dans un salon de la rue St- Louis, me dit que l'effet a été irrésistible.

Après les sauvages, ce que M. Fréchette aime le

mieux. ce sont les oranges les mésanges. . . les

ang<

si beaux bous vos robes oranges, Que Ton dirait un groupe d'ange*

A| rès avoir au front baise* vos petits anges

Fraie comme des Jilas. doux comme dos mésanges,

Elle a les accrois i\^< mésanges,

VA son souris Noua fait toujours rêver des anges

Tu or dois, douce mésange, Môme effleurer nol re fange

LES BARACHAGES lo^

s., us tes fraia bosquets qu'embaume l'orange

Il t'attend au banquet des anges

Les enfants, les Heurs, les mésanges

Voix de mésange, Sourire d'ange

Dans les nids les mésanges Aux voix d'angt s

Avec toi j'admirai les bords sacrés du Gangp Et les riants pays où se cueille V-orange

Blanche comme une fleur d'orange

Souffle divin des anges, Voix des douces mésanges

Madame, au Dieu d'amour qui féconde le nid, Le doux nid des mésanges

Ton épouse t'attend ; cueille les fleurs d'orange

Baignant la steppe aride et les bosquets d'orange

La beauté sur ta joue a posé sa main d'ange

Dors, mon doux ange

Garde tout pour ton bon angi

Où donc étaient les doux <t))<i>s

Dont la voix Ici charmaient les mésanges

Et c'est ça qui est la fécondité du poète national : la fécondité de l'orgue de Barbarie qui dévide, du matin au soir, les mêmes ritournelles.

Tour achever de prouver que M. Fréchette n'est pas un poète, je vais reproduire, dans une deuxième série d'articles que je commence aujourd'hui, des fragments de pièces qu'il a faites à l'aide de sa seule imagination, de sa seule logique et de sa seule philosophie, des fragments qu'il n'a certainement pas filoutés ni à Lamartine, ni à Victor Hugo, ni à François Coppée.

Sans autre préambule, je débute, dans ce nouveau genre de reproduction, par la citation suivante prise dans un petit poème qui raconte le naufrage de la flotte de l'amiral Walker :

Ne soyez pas surpris si mes pas sont tremblants : C'est depuis ce jour-là que mes cheveux sont blancs.

M. Fréchette a l'air de prétendre qu'il n'y a rien d'étonnant qu'un homme tremble sur ses jambes du moment qu'il a les cheveux blancs î

Comme logique, c'est grand comme la superbe du lauréat.

Voulant décrire le dernier acte de sublime folie du héros de 1G60, l'auteur de la Légende d'un Peupli a écrit :

Un soir que le combat triplait do violence, Daulac prend un baril plein de poudre, et le lance, Mèche allumée, vu plein milieu des assaillants. Malheur! un accident l'arrête, et nos vaillants Voient retomber sur eux la machine infernale.

A part la césure qui n'est pas observée au troisième vers, il y a dans la citation que je viens de faire la répétition vicieuse du mot plein, — plein de poudre, en plein milieu, — une faute de français et un contresens.

Une faute de français, parce qu'en plein est synonyme d'au milieu, et qu'on ne peut pas dire au milieu du milieu.

Un contre sens, attendu que le baril de poudre, ayant été lance au beau milieu des assaillants, — M. Fréchctte a précisé, — ne peut pas être retombé sur les assiégés.

Parlant de l'héroïque résistance de Daulac et de ses compagnons, Charles Fuster, au cours de la critique qu'il a faite de la Légende d'un Peuple dans une étude sur les poëtes qui ont écrit en dehors de

l'a lis. a dit :

" Crânes fendus, mains hachées, yeux crevés, n brandons jetés, hurlements de rage, — je vous épargne le détail. Seulement, un soir, il n'y a plus que deux ou trois hommes valides. Daulac prend un petit baril plein de poudre :

Il le lance, Mèche allumée, au beau milieu des assaillants.

" C'est à côté des assiégés que le baril retombe. Il éclate. Un seul des colons est resté debout. Et que fait-il ? Les yeux hagards, l'écume à la bouche, une hache à la main, il achève les blessés. Puis il tombe, le crâne entr'ouvert, la poitrine toute trouée de balles."

Comme vous voyez, le poète parisien a été obligé de se borner à une petite analyse des vers de M. Fréchette, qu'il ne pouvait reproduire à cause des défauts que j'ai signalés, il n'en a cité qu'un seul tout entier, — encore a-t-il été obligé de le corriger en remplaçant en plein par au beau, — et surtout il a eu le soin de faire retomber la machine infernale à côté des assiégés, et non pas sur eux, comme l'a dit invraisemblablement le poète national.

Je continue à citer :

Sur le calme des eaux une voix nous arrive. C'est un cantique saint qu'aux échos de la rive, Dans l'éclat radieux d'un soleil flamboyant, La petite flottille envoie en pagayant.

Que dites-vous d'une petite nottile qui envoie un... • antique ?

Et puis, comment une nottile peut-elle n'avoir qu'une voix pour envoyer un chant religieux ou profane?

Dans une pièce au milieu de laquelle le lauréat dit à M'1' Albani que tout le pays l'acclame on trouve les vers suivants :

Oh ! oui c'est la Patrie ; et même plus encor ! Car sur ton front nimbe que la gloire environne, Tu vois Québec, la ville au merveilleux décor, Venir poser ce soir sa plus fraîche couronne.

C'est plus que la patrie qui applaudit la grande cantatrice, c'est Québec !

La pensée de M. Fréchctte me fait songer à cet orateur qui, le jour de la Saint-Jean-Baptiste, dans un élan d'enthousiasme à tout casser, s'écriait :

— Messieurs, la paroisse de Sainte-Cécile de Yalleyfield est la plus belle paroisse de ce continent, je dirais même, messieurs, je dirais même du.... comté.

E1 je «rois ouïr encore la remarque que fit, à mon côté, un brave cultivateur en entendant la réflexion sur Sainte-Cécile :

— L'animal ! s'il continue, il va dire que Valley tieM est la plus belle paroisse du . . . .rang î

Voulant jusqu'au bout vanter Québec dans sa pièce à M"" Albani, l'auteur des Feuilles volantes ajoute :

Des plaines d'Abraham aux clochers de Saint-Roch, Od la verra toujours, par nulle autre éclipsée, Superbement drapée en son manteau de roc. Du pays des aïeux sentinelle avancée.

Ecrire que Québec est superbement drapé dans un manteau de roc, pour dire qu'il est bâti sur la pierre, c'est peut-être faire une figure de rhétorique un peu hardie.

Mais là où M. Fréchette exprime avec justesse une grande vérité, c'est quand il affirme que la vieille capitale ne sera jamais éclipsée par aucune autre ville, des plaines d' Abraham, aux clochers de Saint-Roch, entre les Buttes-à-Xeveu et la rue Saint- Joseph, et qu'elle sera toujours la sentinelle avancée du pays des dieux entre ces deux derniers endroits.

Au début d'une pièce écrite sur Jean Sauriol, le magnanime révolté qui, après la cession du Canada, s'obstine à ne pas reconnaître la domination anglaise, on lit ces deux vers :

Et puis l'homme souffrait au bras d'une blessure Qu'une balle avait faite, un soir, en ricochant.

Franchement, je n'ai jamais pu lire le distique qui précède sans songer à ceci :

Une balle passe, un soir, en ricochant, comme qui dirait en flânant, elle aperçoit Jean Sauriol, il

lui prend fantaisie de lui entrer dans le bras, de fait elley entre, et dit : "Moi, je couche ici" !

Je détache tes alexandrins ci-dessous de l'Atalante, poésie dans laquelle est racontée la résistance de Vauquelain, qui, bien que vaincu et resté seul sur son navire qui vient de prendre feu, refuse d'amener pavillon devant les Anglais :

L'inct ndie attaquait le vaisseau par l'avant. Alors, du grand désastre» unique survivant. Au pied du tronçon noir où la bannière blanche Claquait encore» au vent de la sombre avalanche, Le vaincu du destin se coucha pour pleurer.

Si Ton en croit M. Fréchette, c'était un drôle de type que ce Vauquelain, qui prenait le temps de se coucher pour pleurer, qui s'étendait tranquillement au pied d'un mât, à seule fin de larmoyer à son aise, au moment même oh. l'incendie attaquait son vaisseau par l'avant.

Ta vaincu du destin se coucha pour pleurer me rappelle la réponse de cette femme à qui l'on était venu, annoncer — avec les précautions oratoires que la gravité d'un pareil eus exige — la mort subite de son mari tué par la chute d'un arbre.

— Laissez-moi, dit-elle, finir mon ménage, après ça, si vous voulez voir une femme qui braille, <;* va raoé.

Et puis — s,,y()i,s sérieux — voulez-vous voir la

dissemblance outre doux poètes qui ont traité un sujet analogue ?

Lisez Mn,e Felicia Hem au s qui peint l'attitude d'un entant de quinze ans reste seul sur le pont d'un navire en n'anime et jonché de morts, parmi lesquels gît, à ses pieds, le cadavre de son père criblé de balles :

The boy stood on the burning deck

Whence ail but he had fled; The Haine tbat lit the l>:ittlo*s wreck

Shonc round him o'er the dead.

Yet beautiful and bright he stood

As born to rule the storm — A créature of heroie blood,

-V proud, though child-like form.

And but tli<A booming shots replied, And fast the fiâmes rolled on.

Upon liis brow he felttheir breath,

And in bis waving hair, And looked from that lone post of death

In still yet brave despair.

Le héros de M"e Hem ans, malgré son jeune âge, malgré son désespoir, ne pleure pas, lui : encore moins songc-t-il à aller se coucher ; et le contraste des dernières strophes que je viens de reproduire est d'une ironie sanglante pour le lauréat

D'ailleurs, M. Fréchette assurément fausse l'histoire, et commet une injustice envers Vauquelain

quand il le représente pleurant au pied d'un mât; et l'invraisemblance manifeste d'une pareille défaillance chez un marin prêt à mourir plutôt que de se rendre à l'ennemi, fait croire que c'est l'exigence seule de la rime qui a du forcer l'auteur de YAtalante à écrire une telle niaiserie.

Mais revenons aux vers de M. Frécliette, et examinons de près quelques unes des inversions qu'il affectionne :

Au bord des ruisseaux, d'indolents pêcheurs

Des saules pensifs dorment sous le dôme.

Quelques instants plus tard, quand, pour s'en emparer, I. amiral ennemi, du pont de sa chaloupe. De VAtalante en feu se hissa sur la poupe.

On lui lit du Calvaire alors prendre la route,

< 'est l'occident chrétien avec l'Asie aux prises.

De leur mère, arrachés aux suprêmes étreintes, On jette en pleins brasiers h s petits aux berceaux.

I) ■ tous les dévoûment8 possédé du délire,

[la sont là du pays pour défendre la porte.

La dernière inversion vaut bien celle qui est si ivenl citée :

Seul mon père à manger m'apporte.

Laissez-moi vous faire une dernière citation — empruntée à une pièce qui est la glorification de.

exploit. d'Ibcrville :

Quelquefois il leur faut d< scendre eu j,uo<ii/<t,it Quelque effrayant rapide aux remous tournoyant.

>A PROPRE [XSPIRATIOX 147

Pagayant, effrayant, tournoyant, tout cela est bien égayant, et la suppression du pluriel, pour la rime, à tournoyant est d'un effet flamboyant.

Nul ne recule : un jour, dans un torrent qui gronde, D'Iberville lui-même est englouti sous l'onde. Il s'échappe, mais dvux des braves sont noyés.

D'après les vers du lauréat, il n'y a que d'Iberville qui soit englouti sous l'onde, et cependant deux braves sont noyés.

C'est un désastre encore plus étonnant que celui ■dont parle la chanson :

Ils étaient quatre, ils se sont noyés cinq, Cinq à la l'ois, ils se sont tous perdus.

Comme il est facile de le voir, tous les vers que je viens de citer sont bien de M. Fréchette, et les héritiers de Victor Hugo & Cic qui voudraient réclamer en justice quelque chose ici en seraient, bien sûr. pour leurs frais.

Le premier vers de la première poésie que M. Fréchette livra à la publicité, et qui parut dans les Soirées Canadiennes de 1801, contenait une faute de français :

Fée aux ailes de soies

Ces soiesAk faisaient déjà pressentir les compagnons de saint Antoine dont j'ai parlé récemment.

Dans la préface de son premier volume s'épanouissait cette fleur :

...et ce pas. tout petit qu'il soit...

Ce temps du verbe, dont l'assonance rappelle encore les soies de la fée et celles des intéressants quadrupèdes que Chicago fournit en si grand nombre, prouve que pour M. Fréchette l'indicatif et le subjonctif sont une seule et même bête.

La septième strophe de la première pièce de Mes Loisirs était un véritable défi à la syntaxe :

-, i LE LAURÉAT

Ali! c'est que ses petits, ses petits qu'elle adore,

Depuis un instant l'ont quitté, (Murant au vent du ciel son aile faible encore

l'.uu- goûter à la liberté.

A-près un pareil début, M. Fréchette devait aller loin, et. de fait, il est allé si loin, que, à l'instar de

grand voyageur qui avait, selon un Marseillais, franchi les limites du monde, il est tombé dans rien.

Il est tombé dans rien, et, pour mieux prouver eela, je vais continuer à reproduire quelques uns des bijoux dont la lourdeur l'a entraîné dans le vide où il se débat'

Pour éviter la monotonie des petites introductions que j'ai l'habitude de mettre en tête des choses que je veux rendre saillantes, je ferai mes citations au fur et à mesure qu'elles me viendront à la mémoire ou qu'elles me tomberont sous les yeux, sans m'occuper si tel ou tel fragment de Mes Loisir* doit se trouver voisin de tel ou tel autre de la Légende d9nn Peuple ou des Feuilles volantes.

Tulle et lege: •

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