‹ Le lauréatChapitre 67 sur 101 · EUGENE SUE · texte numérisé non relu

EUGENE SUE

Maintenant, messieurs, dit d'Harville, Lorsque le déjeuner fut terminé, si vous voulez fumer un cigare dans mon cabinet, vous en trouverez d'excellents.

On se leva de table, on rentra dans le cabinet dn marquis : la porte de sa chambre à coucher, qui y communiquait, était ouverte. Nous avons dit que le seul ornement de cette pièce se composait de deux panoplies, de très belles armes. M. de Lucenay, ayant allumé un cigare, suivit le marquis dans sa chambre.

— Vous voyez, je suis toujours amateur d'armes, lui dit M. d'Harville.

— Voilà, en effet, de magnifiques fusils anglais et français :

ma foi. je ne saurais auxquels donner la préférence

Douglas! cria M. de Lucenay, venez donc voir si ces fusils ne peuvent rivaliser avec vos meilleurs Manton.

Lord Douglas, Saint-Remy et deux autres convives entrèrent dans la. chambre du marquis pour examiner les armes.

M. d'Harville, prenant un pistolet de combat, l'arma, et et dit en riant :

— Voici, messieurs, la panacée universelle pour tous les maux, le spleen, l'ennui...

Et il approcha, en plaisantant, le canon de ses lèvres.

—Ma foi. moi. je préfère un autre spécifique, dit Saint- Remy ; celui-là n'est bon que dans les cas désespérés.

2i0 LE LAUREAT

— Oui, mais il i si si prompt, dit M. d'Harville. Zesl ! et c'est fait ; la volonté n'est pas plus rapide. Vraiment, c'est merveilleux.

— Prenez donc garde, d'Harville; ces plaisanteries-là sont toujours dangereuses. Un malheur est si vite arrivé! dit M. de Lucenay, voyant le marquis approcher le pistolet de

— Parbleu, mon cher, croyez-vous que s'il était chargé je jouerais ce jeu -là ?

— Sans doute, mais c'est toujours imprudent.

— Tenez, monsieur, voilà comme on s'y prend : on introduit délicatement le canon entre ses dents... et alors...

— Mon Dieu ' que vous êtes donc bête, d'Harville, quand vous vous y mettez! dit M. de Lucenay en haussant les épaules.

— On approehe le doigt de la détente... ajouta M. d'Harville.

— Est-il enfant... est-il enfant... A son Age!

— Un petit mouvement sur la gâchette, reprit le marquis. et l'on va droit chez les Ames.

Avec ces mots le coup partit. M. d'Harville s'était l>rûlc la cervelle.

FRECHETTE

Un jour, il invita cinq ou six amis A dîner dans un restaurant à la mode ; il était en veine de générosité et de gaieté.

Le menu était soigné, les vins exquis, l'amphytrion était d'une gaieté folle : le dîner se prolongea tard dans la soirée.

An café, la conversation tomba sur les risques de la B >urse, el Ton parla de certaines catastrophes financières.

— Moi, dit le marquis, je joue tout pour tout depuis deux mois, et n'ai point peur du résultat.

— \fais si vous perdiez...

— 3i je per lais, ce ne serait pas pour longtemps.

' .minent cela ?

— Oh! ce serait bien simple : j'inviterais quelques gais c «mpagnons comme vous, par exemple, à un petit dîner dans le genre de celui-ci ; je mangerais, boirais, rirais, m'amuserais avec les autres : et puis, au café, comme maintenant, je tirerais de ma poche un petit revolver comme celui-ci

Et, en prononçant ces paroles, le marquis tirait effectivement de sa poche un pistolet-bijou, dont l'acier miroita sinistrement au feu des bougies ; et, joignant le geste aux paroles, smis Les yeux de ses convives qui souriaient au bailinage, il continua en souriant, lui aussi :

— Et puis, avec précaution, sans nie presser, comme ceci, tenez, j'appuierais le bout du canon sur ma tempe droite, de cette façon, regardez bien... je presserais la détente, et pan ! ce serait fini !...

En même tenir* l'explosion avait lieu, le pistolet fumant sautait sur la table, et, aux yeux des dîneurs épouvantés, l'étrange suicidé roulait inerte sur le parquet.

Comme on voit, le héros d'Eugène Sue est un marquis français, qui, au sortir d'un déjeuner donné à des amis, décroche d'une panoplie un pistolet de combat qu'il approche, en plaisantant, de ses lèvres, et avec lequel il se brûle la cervelle.

Le héros de M. Fréchotte est aussi un marquis — un marquis chicàgouin î — qui a convié des intimes à un dîner, après lequel il sort de sa poche un pistolet-bijou qu'en souriant il applique sur sa tempe, et dont il se flambe la tète.

Tout ce qui différencie les deux scènes qu'on vient

de comparer, c'est que dans celle du romancier

parisien l'intérêt est savamment ménagé jusqu'à la

fin, et qu'on ne peut aucunement en prévoir le

dénouement tragique, tandis que dans les Notes sur

Chicago on devine tout de suite, au premier geste

du marquis n° 2 tirant son pistolet, qu'il va se taire

sauter.

in

En d'autres termes, dans les peintures des deux suicides qu'on vient de voir, il y a la différence distinguant un romancier qui a du talent d'un écrivassicr qui croit en avoir.

Et quand on songe que, après tant de révélations assommantes eontenues dans un seul article. M. Fréchotte va. comme si rien n'était, continuer de voler, qu'il va se trouver encore des propriétaires de journaux pour donner ses contes de Xo':l comme des primeurs de prix.

Que dis-je ? comme j'allais terminer le présent article, le courrier m'a apporté deux nouveaux contes de Noël que le lauréat a tait paraître, l'un dans la Pairie et l'autre dans la Presse, et pour lesquels il a dû encore se faire payer.

Il suffit de lire celui qui porte pour titre : U/u nuit dans les Capes, pour savoir que l'invention en est bien de M. Fréchette, à preuve, que dans ce conte, entre cent autres bourdes, un cocher de Québec, nommé Pierre Vadeboncœur, ayant les doigts littéralement gelés et se tordant dansd'atro douleurs, se met tout à coup à chanter d'une voix forte et avec la plus grande sérénité du monde :

Il est né le divin enfant

à preuve aussi, qu'un autre personnage y sert de

parrain à un nouveau-né que. vu L'impossibilité de Le porter à L'église, on trouve prudent d'ondoyer, —

M. Fréchette est donc trop ignorant pour Bavoir que sans prêtre il ne peut y avoir de parrain. — sans parler de la phraséologie qui est affreusement torturée et torturante, et dans laquelle il y a assez de cigares, de pipes, de vin et de Jamaïque pour approvisionner Pierre Vadebonci?ur et les siens pour le reste de leurs jour-.

Quant à l'autre légende, intitulée : UHomm •! <i lune, dont les différentes scènes se passent dans un vieux château de la Bretagne, dont le thème et le style sont dignes des plus srrands écrivains français du jour, il va de soi «pie M. Fréchette n'a tait une la transcrire de quelque volume dont il se croyait sans doute l'unique posa sséur.

Oui. je suis certain (pie M. Fréchette a copié aussi vilement le Bonhommt dans la lune que \'E où il ne s'est pourtant guère gêné, comme l'indique

la confrontation suivante :

BERTHET

— Alors pourquoi vous a-t-elle appelé ! Les amoureux ont d'étranges idées. À votre place, jeune homme, savez-vous ce <jue je ferais ? J'irais trouver Linguard, je lui demanderais

une explication franche et précise en présence de ces dames-

FEECHETTE

Alors pourquoi vous a-t-elle appelé? Le- amoureux ont d'étranges idées. A votre place, jeune homme, savez-vous ce que je ferais ? J'irais trouver Jolin, je lui demanderais une explication Tranche et précise en présence de ces dames.

BERTHET

— Je ne l'obtiendrais pis. et Linguard, prenant l'alarme à

vu., redoublerait de rigueur envers cette malheureuse

enfant. Et, Monsieur, il faut vous avouer la vérité, quelques

mots de La lettre ûHElizabeth me l'ont craindre que l'on n'ait

intention d'exercer sur elle d'indignes violences.

FRFXTIETTE

ne l'obtiendrais pis, et Jolin, prenant l'alarme A nia

vue, redoublerait de rigueur envers cette malheureuse enfant.

Monsieur, il faut vous avouer la vérité, quelques mots de la.

lettre de Blanche me font craindre que l'on n'ait l'intention

sercer sur elle d'indignes violences.

Quel habile assimilateur que ce M. Fréchette ! Il a réussi à remplacer Linguard par Jolin et Elizabeth

par Blanche.

Bravo, monsieur Fréchette, bravo !

Encore une fois, le lauréat n'a fait que transcrire le Bonhomme dans la lune, et je crois pouvoir en dénicher l'original avant que le grand inspiré publie un nouveau conte de Xoè'l dans l'un ou l'autre des journaux que je viens dénommer.

En attendant, que M. Fréchette s'areboute bien

sur ses jambes.

Le sac aux surprises n'est pas près d'être vidé.

Se voyant tout à coup dépouillé du manteau d'emprunt dont le fallacieux éclat avait si longtemps ébloui les lunettes des sociétés d'admiration mutuelle de Québec et de Montréal, comprenant que, une fois ses plagiats et ses rabâchages connus, il ne lui resterait rien, absolument rien de sa renommée littéraire. M. Fréchette, des mes premiers articles sur son œuvre poétique, voulut faire croire à ses compatriotes qu'il savait, au moins, le français, s'il n'avait plus d'autre titre à leur admiration.

Pour prouver ses connaissances iexicologiques, lecollaborateur d'Elie Berthet, son gros Larousse tout grand ouvert devant lui, se prit à publier, au milieu de Fêté dernier, sous le titre : A travers le dictionnaire et la grammaire, une série d'articles qui dure encore, et sans doute devra durer aussi longtemps qu'il croira que son érudition apparente sauve -, réputation de lettré.

Drapé dans sa «lignite bien connue de poseur,. M. Fréchette débuta, dans ce nouveau genre de littérature, en alignant dans la Patrie une longue suite d'anglicismes, que tout le monde connaissait comme tels, donna leurs équivalents en français, ce qui n'était pas le pont Victoria à construire, et du même coup invita le public à lui demander toutes •les explications dont chacun pourrait avoir besoin pour bien parler et bien écrire.

Et tout de suite parut dans le coin réservé aux leçons du maître d'école de la rue Sherbrooke toute une pléthore de questions (pie, sous des pseudonymes, des personnes de toutes les parties du Canada, voire même des Etats-Unis, posaient, chaque semaine, au lauréat, sur la signification de tel ou tel vocable, sur la valeur de telle ou telle expression.

Et, naturellement, les réponses de M. Fréchette affluaient en proportion.

Jamais on n'avait vu une pareille ardeur à vouloir s'instruire cbez les Canadiens, d'ordinaire si peu soucieux de corriger leur langage.

Cette ardeur, au lieu de diminuer avec le temps.

• maintenue très vive, et die n'est pas près, j'en âuifi SÛr, de s'éteindre, pour la simple raison (pie les trois quarts »-t demi (les questions adressées au maître d'école de la rue Sherbrooke sonl écrites «le la propre main du lauréat^ qui veut laisser entendre

à ses amis les ennemis, selon son expression, que beaucoup de personnes ont encore foi en sa compétence littéraire.

Si- M. Fréchette croit taire avaler cela, il est dans une erreur bien profonde.

Une des pins fortes preuves que les lettres de3

correspondants de la Patrie touchant les difficultés

grammaticales de la langue française sont écrites

rue Sherbrooke, c'est que, chaque fois qu'au cours

d'une de mes critiques de l'été dernier je reprochais

à M. Fréchette des fautes de langue ou de prosodie,

j'étais sûr de voir, la semaine suivante, un semblant

de réponse dans une des colonnes réservées à l'épure-

ment de notre idiome ; et quelques citations que je

ferai de mes articles du Courrier et de ce qu'y

répondait le lauréat vont, je crois, intéresser le

lecteur :

Tout cela est simplement de la prose rimée, et à la nui' brune me semble mille lois inférieur à la brimante do M. Faucher de Saint-Maurice.

FRECHETTE

l'n Quubecquois m'écrit:

M. Faucher de Saint-Maurice a intitulé un de ses mivragC8 : .1 /" brunante, est-ce correct ?

Rép. — A lu brimante est une expression locale. En eu faisant un titre de volume, M. Faucher était dans sou droit ; c'est même là un titre très pittoresque. Mais cela ne doit pas l'aire oublier que, toute jolie qu'elle est. l'expression si pas française. Il faut dire à in brune, à la nuit brune.

Quoi qu'on dise M. Fréchettë, qui n'a pas le courage, et pour cause, de me répondre sous >a signature, il est certain que si « la brune, comme locutiou, est français, à la nuit brune n'est visible ni dans Larousse, ni dans Bescherelle, ni dans Littré.

CHAPMAX

Pi i micres saisons :

C'est encore Sauriol qui, clans l'ombre postt*, Tire sur les Anglais, et les eriblt à outrante.

Il y a ici un hiatus et une grosse niaiserie, etc.

FKECHETTE

Cii versificateur désire savoir, si •• peu à pou " peut en1

dans un vers.

Ce peut, qui vient immédiatement à la suite de à peu, est très harmonieux, n'est-ce pas }

Vu versificateur désire savoir, si peu àpeu peut entrer dans un vers.

Réponse : — Certainement, puisqu'il y a exception pour I c i qui t';iit Locution, comme çà et là, ">> à un, à outrante, etc..

Parbleu les vieilles règles ont du bon, mais seulement lorsqu'elles ne font pas «le mal.

M. de La Palisse-Fréchette vient de prouver encore son ignorance, en insinuanl que ce sont les poëtes français du jour qui fonl entrer dans leurs vers pi " à peu, à outrance, etc.

Bien au contraire, les locutions comme celles que je reprochais, l'été dernier.au lauréat, étaient usitées en poésie du temps de Mathurin Régnier; et il n'y

a que les arriérés qui pourraient s'en servir encore, comme le prétend avec tant de justesse le célèbre philologue Qui tard, qui, après avoir admis qu'on tolérait autrefois certains hiatus dans le bas comique, ajoute :

" Faut-il conclure de là que la règle puisse être arbitrairement méconnue ? Non, certes ; car il en résulterait une foule d'abus. Nous en avons eu la preuve à l'époque où des romantiques en sous-ordre ne craignaient pas de remettre en pratique de vieilles doctrines qui autorisaient quelques hiatus. Ces novateurs rétrogrades croyaient faire merveille en hérissant leurs vers des expressions tu as, tu es, il y a, çà et là, peu à peu, un à un, etc."

Comme Quitard est une aussi forte autorité que notre poète national, ce qu'il dit relativement à peu à peu, etc ; règle donc la question, de même que les réponses à mes critiques du Courrier établissent que M. Fréchette s'adresse les lettres qui paraissent dans la Patrie à propos de linguistique.

Mais M. Fréchette ne s'adresse pas seulement des lettres pour se défendre contre mes critiques ; il s'en écrit pour injurier ceux qui le plaisantent sur son vole de maître d'école.

Lisez :

Ma leçon de français hebdomadaire va consister pour cette semaine dans l'article suivant, adressé à la Patrie par un citoyen qui s'est instruit lui-même, presque sans livres, rien que par son intelligence, son courage et son amour de F étude ;

" Un nouveau champion.

•■ Encoro un qui jaloux du bon effet qu'ont sur les nias- s

Les bonnes leçons de Ira lirais publiées dans la Patrie du samedi, vient touî A coup se faire le champion des vieilles choses démodées, et tenter un nouvel effort pour enrayer le progrès. C'est peut-être le pins fort de tonte la Bcdllargerie, celui-là. C\^\ peut-être aussi un nouvel exploiteur de mines, <|iii se cache sons le voile <le l'anonyme pour nous faire part de ses exploitations.

•' Vexé de ce que certains Canadiens — >n tète desquels nous reconnaissons M.Louis Fréchette — ont assea de patriotisme pour essayer de corriger notre mauvais français, ce monsieur prend sa plume pour dire qu'il faudrait arrêter ça, etc."

Deux grandes colonnes sur ce ton pour essayer de démontrer que M. Fréchette est compétent en fait de lexicologie ; et les allusions à l'abbé Baillairgé et au P. Laçasse, qui sont tous deux, par le temps qui court, le cauchemar du lauréat, sont assez probantes pour établir parfaitement, à elles seules, que celui-ci est l'auteur de tout ce prétentieux verbiage.

Dans un autre numéro du journal de son cœurr toujours pour tâcher de faire croire qu'on s'occupe de lui comme linguiste, et à l'instar de ces vendeurs de remèdes brevetés qui prétendent être constamment ensevelis sous un amoncellement de commandes, le lauréat écrivait les lignes suivantes :

J'ai devant moi un tel encombrement de questions, que, pour êtr«* plus méthodique, je procéderai dorénavant par ■ >rdrc de dal i s.

Après une telle déclaration, on était en droit, n'est-ce pas, de s'attendre à ce que M. Fréchette

lançât, à la première occasion, une bordée de

réponses à ceux qui (levaient être si impatients de corriger leur langage.

Au grand étonnement de tous, la Patrie du samedi suivant ne contenait pas un traître mot à L'adresse des nombreux correspondants du lauréat, mais, par contre, on y pouvait lire une lettre d'une colonne et demie que M. Fréchette s'était encore adressée, et dont j'extrais le passage suivant :

L'autorité < jiii s'attache à votre nom, el l'avantage que vous avez d'être ne* dans le pays même vous permettent de donner à vos compatriotes des conseils qui seraient moins bien, acceptés d*éeri vains de nationalité simplement française.

N'était-ce pas écœurant de voir un écrivain faire ainsi son propre éloge ? N'était-ce pas révoltant de voir M. Fréchette — même s'il n'eût pas été l'auteur d'une pareille réclame — la publier dans les colonnes dont il a le contrôle comme magister?

Enfin, se disait-on, le prochain numéro delà Pairie ne peut manquer d'être littéralement couvert de questions et de réponses touchant les leçons de français de M. Fréchette.

Cette fois encore, pas plus de leçons que sur la main ; mais, en revanche, une lettre interminable que le lauréat attribuait hypocritement à l'un de ses ennemis, et dans laquelle il avait glissé toute espèce d'anglici&mes et d'incorrections pour tacher de jeter

T.K LAUREAT

du discrédit sur ceux qui ne veulent pas se laisser endoctriner par l'auteur à' Originaux et Détraqués,

pourtant si désireux d'introduire dans notre langage les innovations <le Stéphane Mallarmé, Paul Verlaine. Henri Roujon et antres décadents de même couvée.

Le début de la lettre en question se lisait ainsi :

Je suis avec intérêt les eflbrts que vous faites dans la Patrie pour réformer Je langage de nos Canadiens.

Je ne veux pas compêter avec les Académiciens : niai-, tout en ne méconnaissant pas vos bonnes intentions, permettez-moi de vous dire que vous faites fausse route et que vous voulez substituer à notre langage si pur et si correct un idiome défectueux, et je dirai semi-barbare.

Nous parlons et nous écrivons le français du siècle de Louis XIV. la belle langue de Fénelon et de Molière. Les hommes soucieux de la pureté du langage s' objecteront toufouix à cette invasion de mots, de locutions bizarres, inintelligibles et ridicules qui ont origine dans les écrivains de la fin de ci siècle.

J'avais fait dernièrement une application à mon libraire ].i >ur qu'i 1 meprocttre quelques livres de Zola, Catulle Mendès, Armand Silvestre, mais j';ii bien m. il investi mon argent. Bon Dieu '. quel charabia, quelle lourdeur d'esprit et de style' Je vous avoue que j'ai peine à les comprendre.

Il faut <'trc bien smart pour débrouiller ce grimoire. A qui fera-t-on accroire que c'est là un beau langage. Plutôt que de rencontrer un payement pour une pareille littérature, mieux vaut encore, n'en déplaise à messieurs de la Tempérance avaler de quelques verres dans une bar, ou mieux encore, faire l'acquisition d'un bon capot à fourrures, etc.

Décidément, M. Fréchotte prend seslecteurs pour des jobards.

Toujours est-il qu'il a été trop maladroit pour

donner quelque apparence d'authenticité à la lettre d' Un vieua castor : et les expressions smart, capot à rrures, bar, rencontrerun payement, etc., dans une phraséologie dont F ensemble est parfaitement français, et dont l'auteur veut démontrer au lauréat que notre langage est celui du siècle de Molière, — sont tout ce qu'un cerveau malade et dépravé peut imaginer de plus sot et de plus hypocrite.

Quoi qu'il en soit de tout ce qui précède, voici la raison qui doit par-dessus tout faire comprendre que M. Fréchette ira reçu aucune lettre touchant les difficultés grammaticales de la langue française : ceux qui pourraient d'aventure lui écrire à ce sujet seraient les journalistes, quelques rares négociants. les membres du clergé et des professions libérales, et, tout naturellement, ces personnes ne lui écrivent pas, avant, comme le lauréat, i\v> dictionnaires qu'ils consultent à loisir.

Quant aux gens du peuple, qui, ici comme* ailleurs,

se soucient du beau langage comme du shah de Perse, ce serait, par ma foi ! le comble de la naïveté que de croire qu'ils prennent la peine de faire une lettre, d'y apposer un timbre, et d'aller porter le tout au bureau de poste, à seule fin de natter la superbe du maître d'école de la rue Sherbrooke.

Xon, personne ne s'adresse au poète national j>ojit

se faire éclairer, et tout cet étalage d'érudition à

coups de dictionnaire ne servira guère à faire voguer plus légèrement la galère où il est condamné à ramer jusqu'à la tin de ses jours, en expiation de tous ses vols.

Et puis, supposons, pour un instant, que les correspondants do la Patrie soient des étranger.-, el (pie M. Fréçhette puisse leur répondre mieux que personne sur les difficultés lexicographiques du

français.

Qu'est-ce que cela prouve *.'

Tout simplement que M. Fréçhette a les meilleurs dictionnaires qui aient été publiés jusqu'ici, qu'il a le temps de les feuilleter, et que M. Beaugrand

tolère ses leçons de linguistique comme il laisserait le premier hâbleur venu jouer du tam-tam au profit de son journal.

Au reste, ce qui frappe tout de suite un homme instruit en face de la voyante rubrique : A travers le dictionnaire et la grammaire, c'est (pie le poète national devrait bien se corriger lui-même avant de corriger les autre-.

En effet, de tous ceux qui tiennent une plume au Canada, l'auteur d'Originaux et Détraqués est peutêtre celui qui sait moins le français.

Le lauréat n'a aucunement le génie de la langue, e1 L'absence de toute Logique dan- sa prose ordinaire

ou sa prose ritnée fait de ce poseur éhonté l'auteur le plus saugrenu que je connaisse.

Bien qu'il sache — je l'admets — assez bien l'anglais pour éviter les anglicismes qui déparent généralement le style des écrivains canadiens, il en commet encore assez souvent, comme je vais le démontrer dans le présent article.

Mais, encore une fois, ce qui gâte surtout sa phraséologie, c'est l'illogisme : et la mise en relief des foutes de tonte sorte que j'ai relevées un peu au hasard dans quelques-uns de ses écrits en prose, va prouver que M. Fréchettc doit avoir complètement perdu le reste, comme on dit, pour s'être donné comme juge en linguistique.

Commençons par examiner quelques-unes des fautes grammaticales qui se trouvent dans les lettres qu'il adressait, en 1871, à M. Routhier :

C'est une nouvelle qualité' que j'ajoute à toutes celles pour lesquelles je vous ai donné crédit.

Un bel anglicisme, n'est-ce pas, <n\'l it is to your crédit, M. Fréchette.

Il est heureux que vous ayez compris que vous commettiez nue pyramidale naïveté, eu niant emphatiquement avoir jamais accusé M. Pelletier d'avoir démoli la colonne Vendôme, etc.

Emphatiquement (emphatically) . est presque aussi pyramidal, comme anglicisme, que l'ignorance et

Pinfatuation de M. Fréchette, et assurément tout aussi monumental que la colonne Vendôme, à laquelle le poète national s'est comparé dans une de ses lettres à M. l'abbé Baillairgé.

La moindre chose, ce nie semble, qu'on puisse exiger d'un adversaire, c'est au moins assez d'intelligence pour comprendre ce que parler ty ut dire.

Je vois que M. Fréchette ne sait pas, lui. non plus. ce 411e c'est que parler, et son au moins, qui vieut après sa moindre chose, est le comble de l'inexpérience chez un homme qui a la prétention d'être un lettré.

En rebdehant toujours la même rengaine, etc.

Rabâcher*— non pas rebâcher — signifiant revenir souvent et inutilement sur ce qu'on a dit, et une rengaine étant une chose que quelqu'un répète à satiété, il s'ensuit donc que, en reprochant à M. Routhier de rabâcher toujours la même rengaine, voua vous êtes, M, Fréchette, platement aplati dans un pléonasme.

Vous Bentcz bien »|uYn lace d'un adversaire dcccttc l'orée, un liomme sérieux n'a rien de mieux à faire qu'à cesser toute discussion.

Kl moi, je vous dis. m. Fréchette, que, vu votre ignorance du français, vous n'avez rien de mieux à taire que de cesser d'écrire.

Noua eu serons mieux, cl vous n'en serez pas pire.

Pin émut synonyme de plus mauvais, plus nuisible,

vous auriez dû dire à votre adversaire: " Nous eu serons mieux et vous n'en serez pas plus mal."

Un écolier <le dix ans vous aurait appris cela, M.

Fréchette.

Je suppose que c'est aussi grâce à cette seconde vue dont vous ("tes doué, que vous avez découvert qu.e j'avais diffamé les institutions de mon pays, et que vous avez écrit, tout en ■n'appelant votre ami, q ue je glissais sur la pente de l'irréligion.

C'est un fameux maître d'école que ce M. Fréchette, que l'on a acclamé pour des vers qu'il avait pris dans les volumes qu'a publiés Victor Hugo, le poète lyrique que tout le monde connaît.

Si la victime n'est pas de ceux qui ont l'habitude de monte:- sur les toits pour faire leurs actes de vertus théologales, etc.

Comprends pas.

Quelqu'un pourrait pi ut-êtrç s'étonner de ce que quelques milliers d'émigrants Canadiens pussent exercer, etc.

Ce pussent qui vient après ec pourrait suivi de peut-être dans une phrase de deux lignes, tait un très beJ effet.

Il est surprenant cependant que nos hommes d'Etat et nos journaliste^ n'aient pas encore songé à cela, et qu'ils persistent à considérer P émigration comme uns plaie à la [uelle il faille porter remède.

Il Jaut, M. Fréchette, que vous retourniez à l'école pour savoir jusqu'où l'influence du que du subjonctif peut se faire sentir dans une p.' ri ode.

Lorsqu'on se trouve comme an coin d'un bois où il faille,etc.

Ce faille-là est assurément une toquade.

Lorsqu'on se trouve connue an coin d'un bois où il faille défendre sa réputation contredes voleurs de grand chemin, etc.

Avez-vous jamais entendu parler de voleurs de grand chemin— sans s — embusqués au coin d'un bois l»our voler la réputation des poètes ?

Tandis que vous Étiez en/mis, vous auriez pu citer aussi nies vers.

En frais de quoi, M. Fréchette ?

Je soumettrai aussi à vos dévotes méditations ce que Jésus disait du pharisien hypocrite qui se tenait debout dans Le devant du temple.

Mais si le pharisien était dans le devant du temple, le publîcain, qu'il ne faut pas oublier ici, était donc dans le derrière.

Je pourrais vous citer d'ici à demain des fautes et des inepties comme celles-là, toutes prises dans les lettres (pie M. Fréchette adressait autrefois dans ['Evénement à M. Routhier. Mais je garde de l'espace pour celles qu'on trouve dans Originaux et Ditraqués, le dernier volume du lauréat.

Je prends le dessus du panier :

La dernière note de L'intonation s'éteignait à peine, et le

chioir n'avait pas encore en 1 < ■ t « m p- fa reprendre la continuation de l'antienne, ('t<-.

On reprend ou l'on continue une antienne, M. Fréchette, mais on ne reprend pas une continuation, •et la redondance que je viens de souligner prouve encore une fois que vous n'avez pas la logique du langage.

Sa vie tout entière fut une plaisanterie perpétuelle.

Vous avez encore commis là une affreuse redondance, M. Fréchette, et vous auriez dû vous borner à dire : k* Sa vie fut une plaisanterie perpétuelle, ou bien " sa vie tout entière fut une plaisanterie."

Comprenez-vous la différence ?

Plus d'un eurent à s'en repentir.

Ce pluriel, qu'emploient si souvent les journalistes -canadiens, est une grosse faute, et la petite grammaire de Lliomond vous l'aurait fait éviter, monsieur le puriste.

Et puis, il y a dans plus d'un eurent une sorte d'hiatus auprès duquel feu à peu et à outrance sont de véritables soupirs de harpe éolienne.

Il les servait souvent à la Jocrisse, et montait tout aussi bien une scie à un prince de l'Eglise qu'à un cocher de la place.

Un cocher de place, M. Fréchette, un cocher de place.

On cite même un nommé Yaillancourt qui en fut quitte pour un œil crevé ; et — disons-le au crédit de l'humanité québecquoise. etc.

On voit que, depuis 1871, vous ne vous êtes guèr< corrige de vos anglicismes, monsieur le linguiste, et cet au crédit — to the crédit, — que je vous ai déjà signalé, n'est pas à votre loaawge, locution dont vousmiriez pu vous servir avec avantage au sujet de l'humanité québecquoise.

Quel était l'individu assez irrévérencieux pour oser troubler l'office divin par nue farce de ce calibre ?

On lesul bientôt. Du reste, la voix n'était pas inconnue. Elle appartenait à un pauvre innocent de bon garçon, *'ie.

Cette manière de dire que la voix qui avaittroublé l'office divin était celle d'un pauvre innocent est tout à fait pittoresque, et Ton ne peut s'empêcher de songer que le lauréat n'aurait pas autrement répondu, si quelqu'un lui eût demandé : — A qui était la vache ?

— Elle apparl enail . etc.

I! (Chouinard) j ortait à ] ied cette lettre à Kamouraska, ù Rimouski, au Bic, A Matane, et, naturellement, â n'importe quel point intermédiaire, In livrant en mains propres ou à domicile, < i c."

D'après la phrase ri-dessus <>n croit que, lorsque Chouinard livrait la lettre dont ii était porteur en mains propres, celui à qui elle était adressée n'étail pas à son domicile.

M. Fréchette aurait dû dire que Chouinard livrai! la lettre au destinataire lui-même ou à quelqu'un de sa maison.

i [xgûIste *2r.i

" Avec de grands airs de dévotion qui n'imposaient pas à tout le monde."

Interroge/ votre Larousse, monsieur le maître

<1 'école, et vous verrez que le verbe a> imposer existe, -et sachez, en attendant, que toutes vos leçons de français n'en imposent à personne.

Et puis, — j'oubliais, — un homme peut fort bien avoir l'air d'un dévot, mais jamais il n'a des airs de dévotion, — à moins (pie ce ne soit un maître de. . . chapelle.

Quand vous aurez étudié encore quelques années dans votre Larousse, vous vous apercevrez peut-être de la nuance qu'il y a là.

.1 la brune, il entrait — n'importe <>ù.

Pourquoi, monsieur Fréchette, ne vous êtes-vous pas servi là de la locution à la nuit brune f

Sans doute, parce que dans votre prose vous n'aviez pas besoin de chevilles, — dont vous faites un si grand usage dans vos vers.

Et nous vîmes apparaître un succulent pâte d'airelles, ou, pour me servir de la langue du pays, un succulent pâté aux bleuets qui l'ut accueilli par des bravos enthousiastes.

Littré va vous prouver, monsieur le lexicologue, •qu'un pâté aux bluets n'e3t pas aussi mal que vous voulez le laisser entendre, car il dit :

Bot. Blu et du Canada. Nom vulgaire d'une espèce du

eenre airelle.

2b'l I.IC LAUIÎEAT

Ainsi donc, puisque notre bluet a fait assez sûrement son petit bonhomme de chemin pour pénétrer chez Littré, servez-vous-en, monsieur Fréchette, et cachez votre pâté d'airelles, qui fleure son pédant à dix pas.

...cl s'achemina clapin-clopant etc.

< )n dit : " clopin-clopant, monsieur le lexicographe.

Nous échangeâmes une cordiale poignée de mains.

M. Fréchette a cru que, puisqu'il y avait là deux mains qui se touchaient, le pluriel était de rigueur,, ou bien qu'où pouvait dire : une poignée de mains, comme on dit : une poignée de. . . .dragées.

Très fort sur le fiançais, notre homme.

Mais cette brusquerie n'imposait à personne.

Je le répète, le verbe on imposer existe, et son emploi ^imposait encore là.

Tout cela s'épanouissait (Mitre deux vastes oreilles dont la flaccidité flottait au moindre courant d'air.

L'état d'une chose qui est ffust/i/c, Hottant au moindre courant d'air, ça, c'est du Fréchette tout

Craché, par exemple.

Mais ce qui attira mon att< nt i< n particulière, ( te.

J'attire " particulièrement l'attention " sur cecharabia.

Pauvre Drapeau, il dorl aujourd'hui sou dernier somme dans le vieux cimetière de Saint-Michel de Belleehasse, côte à côte acre ses pères, attendant comme eux et avec eux la miséricorde de Celui qui pardonne à ceux <|iii ont beaucoup aimé.

D'après ce qu'on peut voir, il est certain que Drapeau, qui dort côte à cote avec ses pères, attendant avec eux et comme eux la miséricorde divine, ne quittera pas le cimetière de Saint-Michel- de-Belle chasse pour s'en aller tout seul au paradis.

...et Marcel Aubin effectuason apparition.

Pas de commentaire possible.

Il disparut un jour.sans prendre congéd ■ pers mne, et Ton n'a jamais su ce qu'il était devenu depuis.

La phrase ci-dessus, qui n'avait pas plusbes >in de l'appendice caudal depuis qu'un chat n'a besoin de deux queues, comme on dit vulgairement, prouve bien, à elle seule, que M. Fréchettc devrait suspendre pour quelque temps ses leçons de la Patrie pour étudier encore un peu le français.

Avant de fermer Originaux et Détraqués, laissezmoi vous dire à quelle occasion ce volume a été écrit, ce qui en fait le sujet, et ce qu'il vaut à tous les points de vue.

Voici :

Lorsque le notoire Filiatrault fonda le Çiinada- Revue, il eut. ça se comprend, le soin de s'assurer,

2C4 LE LAUREAT

moyennant finance, de la collaboration de M. Fréchette.

N'ayant aucun bagage dont il pût tirer parti pour la nouvelle publication, — les aigles, eux-mêmes ne peuvent pas toujours voler, n'est-ce pas, —le lauréat crut taire merveille en écrivant les monographies de (1 >uze fous, qu'il avait connus dans sajeunessc et avec lesquels il semble avoir été intimement lié.

Ces pauvres fous, il lésa portraituras d'une manière tout à fait injuste, et il a. par endroits, tellement outré leurs faits et gestes, que je suis à me demander si le nom de M. Fréchette n'a pas été oubli»' parmi ceux qu'il a voulu immortaliser.

Cette impression qui doit venir à tous ceux qui lisent 1<- dernier volume du lauréat a inspiré à un étudiant de ma connaissance l'idée de parodier les vers (pie M. Fréchette a mis en tête de la dernière édition de YHistoire du Can<t<l« de Garnean. Je ne puis résister ;i la tentation de citer nue strophe de cette parodie :

Tu chantes Grosperrin ; tous nos fous, tu les comptes.

Â.vec quel merveilleux brio tu nous racontes

Les exploits <!<• Dupil, que tu connais si bien.

Mais, parmi l<is grands noms qui brillent dans ton livre,

Il eu manque un qui <!<>it survivre,

El <•<• nom, L«»uis. c'csl l«i t ien.

Mue le nom de M. Fréchette ait éié oublié ou

LINGUISTE 2GÔ

non. il suffit de lire quoique? pages d'Originaux et Détraqués pour savoir que son auteur doit être parfaitement conscient du mépris qu'il inspire, pour avoir osé, par pur amour de l'argent, peindre les hideurs qui font le sujet du volume en question : et tous les calembours latins ou français — déjà usés du temps de nos arrière-grands-peres — que le lauréat met dans la bouche de Chouinard, toutes les insanités qu'il fait répéter à Cardinal, tous les jurons dont il émailie la conversation de George Levesque, tout cela vous laisse l'impression qu'on éprouve devant les contorsions d'un bateleur en maillot sur les planches d'un théâtre en plein vent.

Encore, si M. Fréchette, malgré les grossièretés qui foisonnent dans ses Originaux et Détraqués, eût montré quelque talent en peignant ses douze types québecquois !

Mais le lauréat a fait avec son dernier volume un four aussi désastreux que la veste qu'il a remportée avec la Légende d'un Peuple, dans laquelle, à part les vers volés, il n'y a pas une page qui porte le moindre reflet poétique.

D'un bout à l'autre de l'ouvrage donné comme prinnurdansle Ganad i-Revue, M. Fréchette cherche à faire rire le lecteur, et, quand il y réussit, ce n'est pas, croyez-moi, aux: dépens de ses douze fous.

Chacune de 333 monographies est d'un décousu. . haillonueux.

On dirait que le lauréat a écrit la moitié de sc& phrases isolément, sans aucun lien d'idées, et que, après les avoir réunies les unes à la suite des autres, il a ficelé le tout avec les locutions adverbiales au reste, au surplus, au demeurant, d'ailleurs, quoi qu'il en soit, etc., qui commencent presque chaque paragraphe.

Il y a là dedans, selon l'expression de François Coppée, assez de ficelles et de cables pour gréer une frégate.

Une locution, entre autres, revient à tout bout de champ, pour faire les transitions, — comme il est facile de le voir par les citations suivantes:

Un jour, il faisait voir nu directeur du collège, le même M. Gingras dont pat parU plus haut, etc.

Quelquefois, par exemple, les prédications assumaient un caractère nn peu moins inoffensif mie celles dont j'ai parlé plus haut.

Jt Vaidil plus hâtif, scs cheveux, qu'il portait longs, etc.

.1) Vax dit plus haut, l'homme que nous avions devant nous était un être singulier.

Comnu jt Vai dit plus haut, tout cela se chantait ou se récitait, etc.

Le brave homme n d'ailleurs, comme jel'ai dit plus haut, etc.

De sorte que, A mon regret, je ne pus insister pour retenir notre hôte, lorsque, sur le seuil de la porte, avec le geste inimitable <t>>nt j'ai pitié...

Mon brave pèr< — il lut .réveillé en sursaut, dans la nuit qui suivit le départ dont je viens de parler, etc.

Il menait. je /'.</' dii plus haut, une vie nomade, etc.

Je roui Vai dit au cornmen k nient, je ne sais si j'avais, etc.

Mais il s'acquittait surtout, le soir. à la veillée, en chantant soit les couplets <|Ue j'ai cités plus haut, etc.

Il n'y mettait un nie pas — )e Vai dit — etc.

Mais c'est lorsqu'il se rencontrait avec les enfants de l'école, j'en ai donné une idée plus haut, <'tc

A part les fautes clc français, les répétitions fastidieuses et les ficelles qui tant bien que mal tiennent debout la charpente de chaque monographie dont j'ai parlé plus haut, il y a dans Originaux et Détraqués des incohérences qui prêtent beaucoup plus à rire que les calembours de Chouiuard et les sacres de Levesque.

Il y en a une surtout que je tiens à vous faire voir.

Il s'agit d'une séance littéraire que Grospemn avait donnée dans un local grand comme la main, et où il se passa, selon M. Fréchette, nue scène qui relègue à l'arrierc-plan tout ce que les dramaturges passés ont pu inventer de plus imprévu et de plus incroyable comme coup de théâtre.

Jugez-en :

Les autres accessoires étaient réduits à leur plus simple expression, mais on revanche l'estrade était éclairée par une chandelle de suif fichée (buis un goulot de bouteille.

Et trente lignes plus loin :

Je n'ai jamais été témoin d'un hourvari pareil.

Tout à coup : Crac ! Obscurité complète.

Un loustic, qui connaissait les êtres, avait eu L'idée d'aller

tourner la clef du principal conduit à gaz.

Et la chandelle, monsieur Fréchette, la chandelle. J'ai donc fait voir assez de solécismes et assez de

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contresens dans les lettres à M. Routhier et dans Originaux > t Détraqués, pour établir que M.Fréchette ne sait pas du tout le français, et qu'il est suprêmement ridicule pour lui de vouloir l'enseigner.

Er que serait-ce. si je nie donnais la peine de fouiller dans les liasses de la Patrie, où le lauréat écrit régulièrement, chaque semaine, depuis une quinzaine 'd'années !

Je ne puis cependant résister à l'envie de relever quelques-unes des tantes de français qu'il a éparpillées dans les derniers numéros du samedi de la feuille de M. Beaugrand.

Je prends au hasard dans le tas :

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