DE L'ILE DE FRANCE
Quel est votre destin, cités provinciales Dont j'ai connu la douce et fervente langueur ? Où sont vos carillons ? où sont vos cathédrales Dont l'éclat des vitraux s'est joué sur mon cœur ?
De mon affection si proche et si lointaine Je vous porte le plus humain des souvenirs. J'allie à vos douleurs le tourment de ma peine, En votre ombre c'est moi qu'on vient ensevelir.
gô LE LAURIER NOIR
Vos berges de la Marne et vos rives de l'Oise N'ont plus leur mouvement de ponts et (Je canaux, Et l'eau qui reflétait vos toits couverts d'ardoises Est un rouet sans âme auprès d'un noir fuseau.
J'ose à peine, cités, penser à vos terrasses
Oiî la statue heureuse enlaçait le rosier.
Je crains que trop de sang ne couvre vos espaces,
Que trop de morts ne soient sur vos grands rscaliers.
O forêt de Compiègne, est-il vrai que les flammes Ont détruit la splendeur de vos arbres géants? Que votre dénuement a dû consumer dàn.es Et que votre détresse a dû blesser H'amants !
Le pas des obusiers qui fait trembler I i terre Vous a changées, cités, en ténébreux convois. Mars a tué Vénus sur son lit de lumière. L'Allemagne a souillé le jardin de nos roi»
La vigne qui grimpait contre l'orangerie
Se traîne, maintenant, sur des lambeaux d'acier.
Le bassin qui riait aux joies de ma folie
De sa vasque n'a fait qu'un éclatant charnier
Pays de Jean Racine, ô chère Ile de France, J'ai traversé la cour d'honneur de vos châteaux ! Me serais-je douté qu'en ce vaste silence Dipmède viendrait abreuver ses chevaux ?
La guerre a pris l'amour dans ses bras homicides ; Je l'ai vue dans la nuit tragique l'emporter. Cités, que je vous sens douloureuses et vides ! Cités, en vous pillant comme on m'a dévasté !
LES SENEGALAIS
Pressés sur le vaisseau dont les mâts étincellent Et n'ayant abordé que pour d'autres départs, Dans le port phocéen couvert de balancelles. Les noirs Sénégalais étoilent leurs regards.
Leur visage est plaintif et leur chant nostalgique. Une rose de sable effeuille dans leurs mains Le brûlant souvenir des jours océaniques Enchaînés d'un soleil qui jamais ne s'éteint.
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BIBLIOTHCC.
lOO LE LAURIER NOIR
Monotone et blessé, glisse sur les cordages L'inaccessible appel des flûtes de roseau. Grelottants sous un ciel moins chaud que leur rivage. Dépossédés, leurs yeux cherchant pour leur repos
La place des soutiers dans la nuit des chaudières, Ils flânent sur le pont que la mer a battu. O sous les grands palmiers — ces jets d'eau de lumière La natte parfumée offerte à leur corps nu !
Les épouses du Sud, doublement maternelles, Ayant versé le lait et rallumé le feu, Se couchaient à leurs pieds et jeunes et fidèles Autour de leur sommeil enroulaient leurs cheveux.
Ils ont quitté l'odeur sucrée et primitive De cet enchantement qui portait des colliers Pour un pays lointain où les monts et les rives Sont ruisselants de gloire et couverts de charniers.
Ignorants d'un destin qui court au sacrifice, Dans l'espace brûlé des combats éperdus. Les noirs Sénégalais descendent dans la lice. Et le ciel de Dakar ne les reverra plus.