PAR
lie D' FÉIiIX IiEJARS
AGRÉGÉ, CBIRCRGIEX DES HÔPITAUX DE PARIS MEMBRE DE LA .SOCIÉTK DE CHIRURGIK
Sous le nom de lavage du samj, nous entendons Tintroduction dans le système circulatoire, à certaines lins thérapeutiques, de solutions salines n'altérant pas les éléments figurés du sang, et dites improprement sérums artificiels : en pratique, il désigne presque uniquement Vinjection souscutanée ou intra-teineuse d'eau salée, à doses variables ; c'est la transfusion séreuse de quelques auteurs, Vinfusion des Allemands *. Le lavage du sang, dans la teneur exacte de Texpression, Vliématocat/iarsise, a été réalisé par Daslre chez les animaux : chez Thomme, nous ne pratiquons jamais qu'un lavage incomplet, et c'est avec des restrictions assez nombreuses, et pour la commodité du langage, que ce terme est applicable à la thérapeutique humaine.
Les premières injections salines ont été faites dans le choléra, et sous rinfluence d'idées physico-chimiques, fort simplistes et en partie erronées. Au cours de Tépidémie qui sévit de 1830 à 1832, un chimiste de Moscou, Hermann, attribua « l'épaississement et la viscosité du sang des cholériques » à la déperdition de l'acide acétique que les fèces et les matières vomies entraînent : d'où ce corollaire, qu'en restituant au sang, par des injections acétifiées, l'agent physiologique de sa fluidité, on arrêterait le progrès du mal; et Jœniken*, appliquant ces données, injecta dans les veines d'une cholérique agonisante six onces d'eau acidulée par l'acide acétique : le pouls radial reparut pour un quart d'heure, mais, deux heures après, la malade succombait.
Ce fut encore à une idée toute chimique, que Thomas Latta, praticien à Leilh, en Ecosse, obéit, en s'adressant aux solutions salines (1834). O'Shangnessy avait montré que le sang des cholériques est considérablement appauvri en matériaux salins : il fallait lui rendre ces éléments perdus. Thomas Latta commença par administrer en lavements et en boissons le
1. La prati(}ue des injections intra-veineuses, la chirurgia infusoria, remonte, du reste, fort loin. Voy. à ce sujet un intéressant article de Hénocquc : Revue sur le traitement du choléra par les injections veineuses, traduit de Tanglnis (Médical Press and Circulaj% in Gazette hebd. de inéd. et de cAir., 1866, p. 138 et 790.
2. Jœniken, Quelques réflexions sur le choléra morbus, Moscou, mai 1831.
l'œuvre méoico-chirurgicale, n^ 3 (juillet 1897). 7
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[lO] LE LAVAGE DU SANG 3
neiises lic lait, recomniiindées ensuile par John H. Brixlon, Tlioraas, Hoclder et Hanter, Moldon; mais bientôt Wulfsberg (de Gattingen), Laborde ', en France, en montrèrent les dangers; injectées dans les veines, de grandes quanlilés de lait produisent la mort par embolies pulmonaires; en injections sous-cutanées, le sérum seul se résorbe, et très lentement.
Un procédé beaucoup plus simple, la tramfimoii d'eau salée, permet d'obtenir des résultats excellents, égaux ou supérieurs à ceux de la transfusion sanguine, à moins de frais et avec moins de dangers : la physiologie expérimentale, dont le rôle a été grand à toutes les phases de cette importante question, vint mettre ce fait en pleine lumière. Jolyet elLaffont', en 1878, montrèrent que, par ces injections d'eau salée, on ranimait les animaux exsangues; les travaux se multiplièrent dans cette voie : ceux de Kronecker et Zander (1879)», les intéressantes recherches de Schwarz*, les belles études de M. Hayem (1882-1890), d'autres mémoires de Maydl", de Schramm °, de von Oit ', d'Otto Leichlenstern ', de Dawbarn ', élucidèrent presque tous les points du problème expérimental. Le 8 octobre 1881, BiscbolT {de Bdie) avait fait, avec succès, une injection de 1250 ce. d'eau salée dans l'artère radiale d'une accouchée qui se mourait d'hémorragie. Son exemple était suivi par Kiistner, Kocher, Kiimmell, Schwarîî, Jennings, Coates, Szuman, Heyder, Hacker; Roux (de Lausanne) '", en 1884, ajoutait à ces premiers faits douze observations nouvelles. On lit d'abord l'injection intra-artérielle, puis t'injection intra -veineuse, et ta voie sous-cutanée, que Kartz avait déjà utilisée pour la transfusion sanguine, Luton (de Reims) et Wood pour les injections médicamenteuses, fut à son tour largement employée : une place importante doit être faite ici aux travaux de Chéron.
Aujourd'hui l'injection sous-cutanée ou intra-veineuse d'eau salée, dans les hémorragies, dans le choc traumatique ou opératoire, est devenue d'un emploi courant et journalier : on n'en compte plus les succès.
Ce premier point acquis, il semblait tout naturel de reprendre, avec le H sérum artificiel w, les essais de transfusion appliquée aux intoxications et aux infections. Ce furent les belles expériences de Dastre et Loye, sur le lavage du sang, qui marquèrent le point de départ de cette nouvelle série de recherches; ils avaient démontré, comme nous le verrons, que l'oi^anisme est susceptible de se laisser traverser, sans dommage, par des quan-
1. Gazette médicale de Paris, 1879. Voy. pour l'hislorique et l'eiposé de la question eipérimenlale, Culcer, Essai expértmenlal sur les injections inlra-VGiiiËuaes de lait. Thèse rjoct., 18T9.
•2. Soc. de biologie, B nov. 1878.
3. Berliner Klin. WocA., 29 déc. 1879, p. 76S. — Second travail de Kronecker, in Correspondenî. Blalt fur Schvmzer Asrzte, 1886.
i. Schwarz. Inaug. Dus. Halle 1881.
S. Mavtll, Wiener medic. Jah-bùcher, 1884, p. 61-108.