V. VmRATIONS DE l'aIR
Il est un phénomène fréquent à la surface du lac, où il acquiert des pi-oportions très évidentes; c'est le même qui gêne si souvent les observations astronomiques et géodésiques. Je le désignerai sous le lutm de vibration de Tair.
On voit l'air qui repose sur le lac, chassé par un vent fort ou faible, briseï- les rayons lumineux en les faisant sautiller, scintiller, tellement que l'œil n'obtient aucune image nette. Ces déformations des images sont analogues à celles qu'on obtient lorsque le rayon visuel rase un corps fortement échauffé, une cheminée de bateau à vapeur, un mur brûlé par le soleil, ou un corps ti-ès froid, un bloc de glace, une surface de glacier. Elles sont donc évidemment dues à des i-éfractions anormales sur des couches d'air différemment denses.
Ces vibrations de l'air à la surface du lac n'occupent qu'une couche peu épaisse; les masses éclairées qui s'élèvent à un quart de degré, à un demi-degré ou plus au-dessus de la nappe de l'eau en sont parfaitement exemptes, et les arêtes des montagnes de l'autre côté du lac sont aussi nettes et franchement dessinées que jamais, quand les objets à l'horizon sont le plus tourmentés par cette scintillation.
Ces vibrations sont mobiles et se déplacent dans le sens du vent; on dirait qu'on voit l'air se mouvoir. Je ne suis pas encore arrivé à préciser les conditions de cette apparition. Je l'ai vue par des temps presque calmes, je l'ai vue par des bises violentes ; je l'ai notée en plein liiver lors des réfractions d'air froid et des mirages les plus évidents ; je l'ai observée au printemps, un jour que la Fata-brumosa me prouvaitl'existencedes réfractions d'airchaud. D'uneautrepart. elle n'est pas toujoui's évidente, et par des vents violents je n'ai pas su on trouver traces.
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VI. ILLUSION l)K (■UAXDKLK lii;s iili.IKTS FUn'I'AN'I'S SLH l'kAT
Les deux types do réfi'aotions (|iie nous avons montrés aboutissant à des résultats opposés poui' la position et l'appai-ence des objets vus à riioi'izoïi, occasionnent de sinn;idièi-es illusions dans l'appréciation de la grandeur d'objets flottants sur l'eau.
Par les réfractions d'été, un bateau qui navigue à quelques kilomètres de distance nous paraît extiaordinairement petit; paL- les réfractions d'hiver, le même bateau, à la même distance, nous .semble exfi aordinairemcnt giaiid.
Ces illusions proviennent de Taction de la i-éfracfion sur la courbiu-e apparente de la nappe lacustre.
Quand en hiver régnent les réfraclious ( l'eau* chaude, le cercle de riiorizon est l'approché de nous, et la barque qui passe au large à 2 ou i'^i" nous appai-ait au-delà du cercle de l'horizon ; nous la voyons soulevée par le mirage, nous l'estimons à une gi-ande distance, et comme elle sous-tend un angle assez fort, nous la jugeons être de grande taille.
Quand, au contraire, ce sont les réfractions d'eau froide qui régnent. (|uand, en été, la nappe du lac nous semble concave, la même barque nous appai'aif au-devant, en deçà du cercle de l'horizon ; nous voyons le i»|an de l'horizon la dominer derrière elle, et nous nous figurons (|u'elle est for! rapprochée de nous, plus rapprochée (Qu'elle n'est en réalité. L'angle visuel sous lequel nous la voyons, est celui qui corresp(jnd à sa dislance réelle; mais comme nous faisons une fau.sse appréciation de la, distance, comme nous faisons une eri'eur en moins sur l'évaluation de l'éloignement, nous en concluons à une taille, à des diuiensioiis trop petites.
Après 40 ans d'observations journalières sui- le lac, et possédant, je puis le ci'oire, une connaissance suffisante des choses lacustres, je suis encore chaque fois victime de cette illusion, et je dois me corriger par le raisonneiftcnt pourarrivei- à une saine appréciation de la distance et de la grandeur des objets llottants sur l'eau.
Veut-on se rendre compte de l'importance (|uc pcul prendre une ti'lle illusion'.' (Jue par ini jour d'hiver, par une ])rise légère, alors (pie le mirage swy eau chaude rapproche déjà notablement le cercle de l'horizon, on abaisse son rayon visuel jusqu'au niveau même de l'eau en le faisant réfléchir sur un miroir incliné à 4.")". Les brindilles de bois
ILLUSION DE (IRANDEUH DES COHPS FLOTTANTS 567
et les feuilles moites qui llotteiit sur le lac à quelques mètres de nous paiaitroiît sur la crête de l'horizon, et nous les prendrons pour des poutres énormes ou de gigantesques ballots, agités par de grosses vagues à quelques kilomètres de distance. Commeledisait le fabuliste:
« (>e sont bâtons flottant sur l'onde. »