‹ Le Léman, monographie limnologique (volume 2)Chapitre 142 sur 157 · IV. Variabilité dans la composition des eaux du lac · texte numérisé non relu

IV. Variabilité dans la composition des eaux du lac

Cette variabilité est donc considérable ; elle demande à être explifjuée. N'est-elle pas en contradiction avec la notion de la constance dans la composition chimique du Léman dans son ensemble, notion que nous avons tirée du volume énorme du lac? Discutons les éléments de cette variabilité.

Trois faits essentiels doivent être considérés dans ce problème.

1° Le lac est alimenté par des affluents divers, de composition différente et variable. La composition générale est l'intégration des différences élémentaires de l'alimentation.

2° L'eau, pendant son séjour dans le bassin du lac, est soumise à des altérations qui doivent influencer la composition générale ou locale.

3» Les courants du lac, en mélangeant les eaux, tendent, de ces éléments différents et variables, à faire une masse uniforme. Quelle est l'importance de leur action? Est-elle suffisante ou insuffisante pour ^imener à l'uniformité de composition ?

Nous allons discuter ces trois points.

lo Les actions cV alimentation.

L'eau amenée par les diverses rivières, affluents du lac, est différente de l'une à l'autre. Un affluent dont le bassin d'alimentation est en terrains calcaires, comme la plupart des affluents directs du lac. venant du Jura, du plateau mollassique ou des Préalpes, a une composition bien différente de celle du Rhône, dont une partie notable draine des terrains cristallins.

Nous n'avons pas encore les analyses chimiques complètes des divers affluents du Léman. La seule donnée certaine que nous possédions à ce sujet est tirée d'un travail récent de M. A. Delebecque qui rectifie, cor-

ciiiMii':

l'ige et complète les chiffres provisoires donnés dans noire pi-emier volume (p. 373) sur le Rhône du Valais. M. A. Oelehecque (') a, pendant les années 18t)l2 et 1893, analysé systématiquement les eaux du Pdiônedu Valais et de la Drance du Chablais sur des écliantillons d'eau, levés chaque semaine on chaque quinzaine, près de leur embouchure dans le lac. Jl en a déterminé la teneur en matières dissoutes et est arrivé à des chiffres variant assez régulièrement pour que nous puissions nous borner à donner ici les valeurs mensuelles, basées sur 54 analyses tl'eau du Khône et 38 d'eau de la Drance. {-)

janvier

février

mars

avi'il

mai

juin

juillet

août

septembre

octobre

novembre

décembre

Rhône

Drance

Les moyennes annuelles sont pour le Rhône 212'"-, pour la Drance 283'"? ; l'une et l'autre de ces moyennes sont notablement supérieures à la teneur générale du lac, 175'"^'. Les extrêmes sont pour le Rhône 92 à 354'ii? ; pour la Drance 132 à 474'"". La teneur de ces deux affluents principaux du Léman peut donc différer énormément en plus ou en moins de celle du lac, et les eaux de ces rivièi-es doivent pouvoir modilier la composition générale ou locale de l'eau du Léman.

Nous arrivons au même résultat si nous interrogeons les éludes du professeur W. Weith de Zurich, qui a fait entrer le Léman et ses

(') Archives de Getièce, XXX, GCîG. 1893.

(-) .l'ai négli]iîé, pour les moyennes de la Drance, deux analyses qui donnent la teneur en temps de l'orte crue; la quantité de matières dissoutes y est beaucoup réduite, celle du 30 décembre 1891 à 132'"9, celle du Ifi mars 1893 à 186'" 9 ; elles auraient troublé la courbe très régulière que forment les autres analyses laites par un débit moyen et normal de la rivière.

VARIAHILITI'; l)K L'KAL' 505

affluents clans une série de recherches sur la composition chimique des eaux de la Suisse ('). Il cherche, au moyen de la décoloration d'une solution alcoolique d'alizarine, la quantité d'acide carbonique lié, et il en déduit la quantité de carbonate de calcium contenu, dans l'eau. Voici quelfjues chifTres intéressant notre lac :

Eau du Léman en plein

lac, dates diverses

Rhône, Massongex

9 février

8 octobre

» Bouveret

Avençon, Bex

Salanfe, Vernayaz

Trient »

Tinière, Villeneuve

Léman, port de Villeneuve , »

Grandes différences dans la teneur des eaux des diverses rivières ; c'est un fait indiscutable.

Cette variabilité des rivières a-t-elle un effet .sur la composition du lac? Pouvons-nous apprécier l'importance de la variation?

Si nous consultons les moyennes données par M. Delebecque pour la teneur des eaux du Rhône (v. p. 594), nous y voyons que pendant les mois de juin à septembre les eaux du fleuve sont moins chargées que celles du lac, que pendant les 8 autres mois elles sont plus chargées ; en été, le Rhône, qui est alors à son grand débit, tend à altérer les eaux du lac en les diluant, en hiver en les surchargeant. Cherchons quel peut être l'effet utile de ces altérations par rapport à la composition générale du lac ; cherchons si elles peuvent la modifier sensiblement.

Nous ne disposons pas actuellement des valeurs du débit du Rhône dans l'année 1892-1893, pendant laquelle M. Delebecque a fait ses analyses d'eau ; mais en admettant que les mêmes variations mensuelles dans la teneur des eaux du fleuve seraient applicables aux années 1879 et 1886 pour lesquelles nous avons les débits du Rhône (-), nous pouvons calculer le transport d'eau et la teneur probable en matières dissoutes de l'affluent principal du Léman pour les deux sai-

(') W. Weith. Ghemische Untersiicluingen sclnveiz. Gewiisser, etc., Vierteljahresscbr. der naturf. Gesellsch. XXV, 129. Zurich 1880.

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