k.j»ec
juillet
août
septembre
moyennes
Saison bivernale :
novembre
décembre
janvier 54 332 17.9
février 51 326 16.6
mars 60 319 19.1
avril 78 215 16.8
mai 121 180 21.8
moyennes 77 261 18.7
(') Depuis que celle pa;,'e a été composée, j'ai reçu les débits du Rhône en 1892 et 1893, calculés par M. l'ingénieur .T. Epper, du Bureau iiydrométrique fédéral, d'après ses jaugages à Outre-Rhône. La saison estivale de 1892 a donné un débit moyen de 304'"=' "% la saison hivernale 1892-1893 un débit de 63'"S8oc Le résultat général du calcul en est un peu modifié en ce sens que le débit est notablement abaissé; mais les conclusions pour la variation du transport restent les mêmes, elles proportions relatives sont presque identiques.
avril
^JIO
août
octobre
VAHIAlilM'IK DE L'EAU 597
grandes eaux à une autre saison que le fleuve glaciaire, qui vient des hautes Alpes ; leur teneur en substances dissoutes varie aussi d'une manière différente de celle du Rhône du Valais. Nous en trouvons la preuve dans la comparaison des chiffres donnés par M. Delebecque pour la teneur en substances dissoutes des eaux de la Drance du Chablais et du Rhône valaisan (v. p. 594). Tandis que pour le Rhône, la variation annuelle, dans la teneur des eaux en matières dissoutes, est simple et présente :
un maximum d'hiver : janvier 332 '""'
un minimum d'été : août 99
pour la Drance, la variation est plus compliquée et montre :
un maximum d'hiver :
un minimum de printemps :
un maximum d'été :
un minimum d'automne :
Pour le Rhône, comme pour la Drance, la teneur en matières dissoutes est fonction inverse du débit; plus l'eau est abondante, plus la solution est diluée. Aussi bien au point de vue du débit d'eau, qu'au point de vue de la teneur des eaux, le régime du fleuve alpin est presque absolument inverse de celui des rivières de plaine ou de basse montagne. Il n'y a (]ue la saison d'hiver dans laquelle la variation soit de même signe dans les deux cas, le débit étant au minimum et la teneur au maximum.
Au point de vue de l'alimentation du lac, et en particulier de l'effet sur la composition chimique de son eau, les petits affluents du lac neutralisent en partie l'action du Rhône et diminuent certainement de beaucoup la vai'iation qu'il occasionne. La variation (le la composition chimique de l'ensemble du lac, qui devait avoir, du fait du Rhône, une valeur de 4"'^' de l'été à l'hiver, est réduite peutêtre de moitié par l'intervention des affluents directs du lac.
Où sont versées les eaux des affluents '? Quel est leur trajet avant qu'elles soient mélangées dans la grande masse presque indéflnie du lac ? — Pour les eaux du Rhône, nous les avons vues pendant la plus grande partie de l'année descendre directement, en suivant le ravin sous-lacustre du delta immergé, dans les grands fonds du lac, s'y
598 ciiiMii':
clalei- en nappe liofizontale. et y déposer leur alluvion suspendue en formant la plaine centrale. Pour les affluents directs, non glaciaii-es, leur écoulement est un peu plus conipliiiué. Si nous en jugeons par Texemple du ruisseau la Morge, le seul «[ue nous ayons étudié ('), pendant la petite moitié (0.4) de l'année, les eaux de Taffluent, plus légères que celles du lac par lo fait de leur température relative, s'étalent à la surface du F^éman ; pendant la grande moitié (0.6) de l'année, les eaux de l'affluent descendent, ou entre deux eaux, ou dans le profond du lac. Ce dernier cas doit se présenter toutes les fois que la rivièi'e, grossie par la pluie ou [jar la fonte des neiges, charrie des eaux salies et alourdies par l'alluviou. Quand donc leur trans[)ort d'eau est considérable, aussi bien pour le liliùne que pour les affluents directs, les eaux Ihivialiles descendent dans les grands fonds du lac ; quand leur transport est faible, et c'est alors qu'elles sont le plus chargées de matières en dissolution, le plus souvent elles restent à la surface.
Une des causes d'altération du lac qui méi'ite le plus d'attention est l'eau versée par les égouts des villes riveraines. Les quantités d'eau sale sont peu importantes, mais leur forte charge en matières organiques décomposées, en microbes et en germes, peut avoir un intérêt capital au point de vue hygiéniijue. Les eaux d'égout seraient évidemment dangereuses, si elles entraient dans l'alimentation de l'homme et des animaux.
Les eaux d'égout sont toujours des eaux lourdes ; elles sont surchargées de matières en suspension et en dissolution, et par conséquent leur densité est supérieure à celle de l'eau relativement pure du lac. Les eaux de l'égout principal de la ville de Morges, que je surveille de[)uis nombi'e d'années, à côté du débarcadèj'e des bateaux à vapeur, ne s'étalent jamais à la surface ; elles font cascade sur le fond de la beine et y progressent lentement en nuages ari'ondis et bien limités, qui cherchent les déclivités (-). Les eaux d'égout tendent donc à descendre en masse le long des talus du lac et à gagner les grands fonds.
Filles |)euvent cependant être entraînées loin de la ligne de plus
(2) T. I, ],. :iSM.
VAHIAP-ILI'IK IJK i/kAI ")'.)9
grande pente pai- un courant horizontal ; une ladière (v. p. 285), dont la vitesse est supérieure à leur écoulement très paresseux, peut les faire dévier latéralement fort loin de leur trajet naturel.
D'une autre part, les égouts entr'ent dans le lac à une profondeur iissez faible pour que, en temps de vagues, leurs eaux se mélangent avec les eaux de surface du lac ; dans ce cas, les eaux littorales peuvent être polluées jusqu'à d'assez grandes distances. Il est vrai que, dans ces circonstances, les courants développés par le vent sont assez énergiques pour que la masse d'eau lacustre qui reçoit la petite quantité d'eau d'égout soit relativement très considérable ; au point de vue quantitatif, la solution doit éti'e extrêmement étendue. Mais comme, au point de vue hygiénique, un seul microbe peut être nocif, il y a lieu cependant de tenir compte de cette éventualité, si l'on veut demander au lac l'aUmentation d'eau d'une ville.
Les précipitations a((ueuses atmosphériques, pluie, neige, gi'èlc, eau de condensation, sont de l'eau presque pure. La pluie ne contient que "2 à 3 milligrammes d'ammoniaque et d'acides nitrique et nitreux, de nitrites et de nitrates, environ 50-"^ de matières organiques révélables par le permanganate de potassium ('). Elle est donc, au point de vue des matières organiques, plus riche que l'eau du lac, mais pour ce qui concerne les matières minérales, elle peut être regardée comme étant de l'eau pure. Ne considérons actuellement que ce dernier point de vue. La pluie se dilïuse dans l'eau de surface du lac. et en allaiblit la teneur en matières dissoutes.
Il tombe, année moyenne, environ 0.9'" d'eau de pluie sur la région du Léman; sur les 58:2'<'"-' du lac cela représente 524 millions'"^; l'eau séjournant en moyenne 11 ans dans la cuvette du lac (-), la chute de pluie de ces onze années a un volume de 5770 millions™^ Or cette quantité n'est que le 0.06 de la masse constante de 88900 millions de mètres cubes qui constitue le lac Léman. C'est donc de 6 o/o environ que l'action totale de la pluie dikie l'eau des affluents du lac pour la transfoi'mer en eau lacustre. C'est peu de chose.
Mais cette pluie ne tombe pas dans le lac en une fois ; elle s'y verse
(') Alberl-Li'vy. Annuaire ih^ rOljsci'Yuloire de Montsouris, près Paris, pour l'année 1879, p. HfL
600 c.riiMiE
par ondées successives réparties assez également dans le cours de Tannée (v. T. I, p. '295) pour que nous puissions affirmer que, de ce fait, les variations de la composition chimique du lac sont peu considérables ; elles sont de Tordre des infiniment petits.
Cependant, une forte chute de pluie, comme celle du 2 octobre 1888, qui a versé, en 24 heures, une couche de 15'"' d'eau météorique sur le lac, sans qu'un vent violent ait mélangé les eaux superficielles avec les couches sous-jacentes (•), peut abaisser d'une manière notable la teneur en matières minérales des eaux de surface; la couche supérieure, jusqu'à oO'"' de profondeur, (|ui est ti-aversée par les vortex des gouttes d'eau (v. p. 2:58), doit, en pareil cas, être fortement diluée. Mais c'est là un efîet transitoire qui disparaît sous l'action du prochain courant thermique ou mécanique.
La condensation directe de la vapeur d'eau à la surface du lac a extrêmement peu d'importance ; le point de rosée de Tair est le plus souvent au-dessous de la température de Teau de surface, et il y a généralement évaporation. Nous pouvons considérer ce facteur comme négligeable.
En résumé, pour ce qui se rapporte aux actions d'alimentation, nous voyons des causes de différenciation locale, agissant probablement, et dans des proportions assez importantes, sur les eaux de sur face et sur les eaux des très grands fonds ; les eaux des couches moyennes semblent à l'abri de ces influences directes.
2" Les aclions d'alW'rdtion.
Pendant le très long stationnement que Teau fait dans le Léman, — nous avons vu que Teau du Rhône y séjourne en moyenne pendant onze ans — elle est modifiée par (pielques actions que nous devons signaler.
1" h'évapoi'aUon de la surface, en enie.-uit de la vapeur d'eau pure, concentre la solution des eaux du lac. Cette action est tiès efficace sur les eaux de certaines mers fermées ; pourcputi ne le serait-elle pas sur le Léman où les eaux séjournent assez longtemps pour (ju'il vaille la peine d'en tenir compte?
Quelle est Tiiii|)nrlance de Téva|)(ifalif)n à la surface du lac? Gela
VARIABILITÉ l»K l'kAL' GOI
est diflicile à dire, impossible même actuellement ; nous n'avons que des observations faites sur terre ferme dans des conditions trop difTérentes de celles du lac pour qu'elles soient comparables. La série la plus complète est celle des observations sicci m étriqués de Louis Dufour. De 18()5 à 187(), soit pendant 10 ans, il a mesuré l'évaporation ({ui se produisait sur un bassin de 1905''"' ^ enterré jusfju'à son bord, dans un jardin de Lausanne; la valeui- moyenne de l'évaporation de cette série d'observations a été année moyenne de 734'"'" (^), ce qui donne une valeur journalière de 2m™ ('-). Dans les circonstances les plus favorables la valeur journalière de l'évaporation s'est élevée à 7, à 8, à 9""», à 9.8mm même, du 22 au 23 juin 1870 (par un ciel toujours serein et avec un temps de bise parfois violente) (^). Admettons que 1 centimètre par jour soit l'épaisseur maximale de l'eau enlevée par l'évaporation à un bassin situé dans un jardin dans les faubourgs de Lausanne.
Mais, ainsi que Louis Dufour l'a lui-même reconnu, il est presque impossible de passer d'observations faites sur une aussi petite échelle au phénomène qui se produit sur un grand bas.sin tel qu'un lac. Les conditions sont trop différentes. A la surface d'un vase de petite étendue, les masses d'air saturées par l'évaporation sont déplacées et remplacées facilement par d'autres couches d'air plus sèches, capables de pi'ovoquer une évaporation nouvelle. A la surface d'un lac, au contraire, l'air, longtemps en contact avec la couche aqueuse, se sature d'humidité et, quoique charrié par les brises et par les vents, il n'est plus capable d'enlever autant de vapeur d'eau à la nappe lacustre. L'évaporation peut être fort active dans les zones périphériques du lac, et, en cas de vents généraux, dans la partie du lac sur le vent ; elle doit être faible ou nulle dans les régions centrales du lac et dans les parties sous le vent. Sous ce rapport, les coefficients d'évaporation étudiés sur des vases ou bassins de petite étendue sont trop forts et ne peuvent être appliqués sans une notable réduction à l'ensemble d'un lac de grande superficie.
D'autre part, la^ surface d'un lac, tourmentée par les vagues, doit offrir des conditions d'évaporation bien plus puissante que la nappe
(') Les chiffres qui expriment la valeur de l'évaporation sont donnés en épaisseur de la couche d'eau enlevée.
(2) Bull. S. V. S. N. XIII, 37.5 et (587. Lausanne 187.5.
(■') Ibid. XI, 161. 1873.
(iOJ t.iii.Mii-:
calme, iioii ridée, d'un vase d'eNiJérience ; les vagues déchirées, iiioulonnautes, à crête réduite en poussière par le vent, i-epi'ésentent de bonnes surfaces d'évaporation, et par les jours de foile bise, où l'air est rapidement renouvelé à la surface du lac. le dégagement des vapeurs doit être puissant et actif.
Admettons que la valeur maximale journalière de l'évaporation sur le lac soit 10""" (c'est certainement trop fort) ; admettons que nous ayons une période sèche de 30 jours consécutifs, sans grands vents qui mélangent mécaniquement les couches du lac. Ce serait une couche d'eau de 30'"' (|ui serait enlevée à. la surface du lac, et l'eau sousjacente serait corlaiiiemenl concentrée. Mais l'eau de surface n'est pas inuTiobile ; même par le calme plat, elle est soumise, comme nous l'avons vu en traitant de la thermique du lac (p. 360), à des courants verticaux de convection journalièi'e qui, en été (c'est la saison où l'évaporation est la plus forte), mélangent chaque nuit les couches supérieures jusqu'à 10 et 15'" de profondeur. C'est donc sur une couche de 10"' au moins que se répartit cette concentration due à l'évaporation ; 30'"' sur K)'" représentent le 3 "/o. C'est donc au niaximuni une variation de 3 "/o dans la composition chimique des eaux de surface (jue nous pouvons attribuer à l'évapoi'ation ; cette vai'iation étant du reste atténuée et détruite par la premièi'e pluie ou le premier grand vent qui interrompt la période de séchei'esse et de calme absolu.
^o Une seconde cause de modifications serait la %)rccip\tcition des éléments dissous par le fait des variations de température de l'eau. Pendant l'hiver les eaux de surface sont moins chaudes qu'en été; elles sont par conséquent moins capables de tenir en dissolution des sels. 11 n'est pas impossible que de ce fait il n'y ait une légère variation dans la composition de l'eau ; mais elle est certainement très faible, et je dois me borner à indiquer cette possibilité sans (|ue je sache comment la discuter et l'apprécier. (')
3» Enfin les organismes végétaux et animaux lixetit dans leurs tissus quelques sels minéraux et de la matière organiijui'. La silice est
(') Une obsorvulion curieuse qui montre rimporlauce possible Je tels précipités est la suivante: le 'M juin 1878 je relevai un appareil photot,'rapliique qui avait séjourné pendant 3 jours à IJO"' de profondeur devant Morges ; les tils de laiton qui supportaient la plaque de fer de l'appareil étaient recouverts d'une couche 1res bien marquée de carbonate de chaux, cristalisé en rhoml)0('dres, et faisant eirervescence dans l'aride acétique. Y avait-il eu entre le fer et le cuivre formation d'un couple électrique (jui aurait exagéré la précipitation "?
NAi'.iAHii.rn': iii; i/i:\f ()'.K>
nécessaire à la vie de quelques spongiaires, infusoires et algues ; le carbonate et le phosphate de calcium entrent dans la composition des os des vertébrés et des coquilles des mollus(|ues ; le carbonate calcaire est lixé par les algues dites incrustantes. D'une autre pai't tous les animaux et végétaux prennent la substance de leurs tissus, directement ou indirectement, dans la matière organique dissoute dans Teau. Or le développement de la vie animale et végétale est soumis à des variations soisonnières importantes ; la vie est plus active quand la température s'élève. De ce fait il doit y avoir une variation saisonnière dans la teneur de l'eau du lac en matières dissoutes, minérales et organiques. Je n'en veux pour preuve (juc le magnifique développement de la flore littorale, dans le printemps, qui implique une fixation importante de matières ligneuses et protoplasmatiques.
Dans certains lacs, les roches et cailloux du littoral sont recouverts par une très abondante végétation d'algues calcaires que nous étudieiMUs, à propos des galets sculptés, dans un chapitre ultérieur. Ces algues fixent évidemment une grande quantité de sels calcaires. Mais cette végétation est pi-esque nulle dans le Léman, et nous n'avons pas à en tenir compte.
Jusqu'à nouvel avis, je ne pense pas que les variations saisonnières dans le développement inégal des organismes vivants soient d'action sensible sur la composition chimique des eaux de notre lac.
En résumé, s'il y a lieu de tenir compte des actions très faibles d'altération que subissent les eaux du lac pendant leur séjour dans le bassin du Léman, elles se font sentir uniquement dans les eaux de surface ; les eaux des couches moyennes et profondes en sont complètement à l'abri.
3" Les actions de mélange.
Les actions qui mélangent les eaux du lac sont puissantes et nombreuses. Nous avons vu précédemment (p. 278 et '■2S-2) que les courants mécaniques dus aux vents et aux inégalités de la pression atmosphérique font circuler les eaux dans le sens horizontal ; que les courants thermiques (p. 276) font circuler les eaux dans le sens vertical. Il y a dans le lac une circulation compliquée et irrégulière qui doit tendre à en mélanger les eaux. D'une autre part la ditïusion doit tendre à égaliser la composition cliimiriue des couches voisines ; celle qui est
plus concentrée livi-e une partie de ses substances dissoutes à celle qui l'est le moins.
Il semble que ces phénomènes doivent mélanger entièrement la masse du lac et amener ses eaux à une composition uniforme. Et cela paraît d'autant plus probable que, en somme, le Léman représente un bassin de très faible profondeur. Nous avons vu (*) que la profondeur maximale du lac n'est que le '/45e de sa plus grande largeur, que le 7237*^ de sa longueur; si l'on faisait à l'échelle du 1 : 100 000^, un modèle exact du lac, sa profondeur ne serait que de 3 millimètres; ce serait l'épaisseur d'une lame d'eau répandue librement sur une table de marbre. A première vue, dans de telles conditions, les mélanges doivent être, semble-t-il, très actifs. Ces eaux si diflérentes, qu'amènent les divers affluents et la pluie, doivent se pénétrer en une masse uniforme, et les faibles altérations qu'y peuvent apporter l'évaporation et les préci|)itations chimiques et biologiques doivent disparaître ou être inappréciables. J'avoue que jusqu'à pi-ésent j'ai cru à l'uniformité presque absolue des eaux de la masse entière du lac, et j'attribuais les diiférences signalées par les chimistes à des erreurs d'analyse.
Mais en discutant plus attentivement les faits et les chitlres, je suis arrivé à modifier complètement cette appréciation, et j'arrive actuellement à des conclusions tout opposées.
Je constate tout d'abord que les différences que présentent les études faites par le même auteur dépassent, et de beaucoup, les erreurs possibles de l'analyse. Donc, en réalité, il y a des diflérences locales et généi-ales dans la composition de l'eau. Gela étant, les préjugés théoriques doivent s'incliner devant l'intloxibilité des faits.
En second lieu, je viens de bien constater que l'alimentation par la pluie et par les affluents amène dans le lac des masses d'eau de teneur fort différente qui sont versées, la pluie à la surface du lac, les eaux des rivières dans des régions localisées près de l'embouchure des affluents ou dans les grands fonds du lac. Par l'alimoutalion du lac il y a juxtaposition de masses d'eau différentes ; jusqu'à ce (jue le mélange soit opéré, la composition du lac ne peut être uniforme. — Je laisse de côté les altérations subies par l'eau pendant son séjour dans le lac ; même celles qui proviennent de l'évaporation doivent être excessivement faibles.
VAHIAHILITK l)K l'kAL' (505
En troisième lieu, si je discute les actions de mélange, je dois reconnaître que leur effet ne peut être ni si prompt, ni si efficace que nous l'avons pensé jusqu'à présent.
La diffusion, entre des masses d'eau de composition différente s'opère très énergiquement et rapidement dans un vase d'expérience de petite taille ; mais dans un bassin qui mesure des centaines de mètres de profondeur, et des dizaines de kilomètres d'étendue, ces réactions de molécule à molécule peuvent être négligées. Dans le plan limite entre deux masses d'eau différentes la diffusion peut être active et d'effet utile ; mais si la masse d'eau a des dizaines et des centaines de mètres d'épaisseur ou de largeur, les parties centrales ne réagiront (ju'au bout d'un temps relativement long.
Les courants mécaniques dus aux vents font-ils un mélange bien intime des eaux en présence? Oui, s'il s'agit de la couche supérieure, brassée par les vagues dans une grande tempête ; mais cette couche ainsi tourmentée ne dépasse pas un ou deux mètres d'épaisseur. Oui, s'il s'agit des eaux littorales à la côte sous le vent, battues par les vagues qui viennent rouler sur une plage ou se heurter contre une muraille rocheuse ; mais cette zone ne dépasse pas quelques centaines de mètres de largeur. Quant aux courants de révolution interne développés par les vents, courant d'aller superticiel, courant de retour profond, dans les plans limites entre la couche en mouvement et la couche immobile, il se détermine certainement des remous qui font des mélanges. Mais cette action se borne à une couche peu épaisse, la grande masse des eaux subit un transport d'ensemble sans mélange appréciable.
Il en est de même des courants mécaniques dus aux variations locales de la pression atmosphérique
Les courants thermiques sont très probablement, eux aussi, des courants d'ensemble ; les déplacements pi'ovoqués par les changements de densité de l'eau qui se refroidit ou se réchauffe, se font par grandes masses et non par filets isolés ; il y a révolution générale et non mélange moléculaire (Y. p. '■211).
11 me paraît probable que les masses d'eau restent longtemps distinctes, et gardent leur caractère individuel pendant des heures, des jours, des semaines ; que, à moins de circonstances exceptionnelles, ce n'est qu'au bout d'un temps fort long qu'elles se mélangent avec les couches ambiantes. Ce mélange s'opérera finalement, cela va sans
dire ; au boni de quelques semaines, mois ou années, l'eau versée par un aHluent. ou toml)ée en pluie se perdi'a dans la masse indéfinie du lac ; mais ce procès ne sera achevé qu'après un temps probablement fort long, beaucoup plus long que celui que nous avons admis jusqu'à présent.
Je me ligure par exemple que l'eau du Rhône d'été, descendue au fond du lac, étalée sur la plaine centrale, y séjournera fort longtemps avec ses caractères propres, avant de se confondre par mélange avec la grande masse du lac. Ce serait une jolie surprise pour nos chimistes analystes s'ils parvenaient à en déceler la présence.
Incapables que nous sommes de pénétrer dans les profondeurs lIii lac, nous ne voyons que la surface, et dans celte surface nous ne pouvons distinguer à Vœ'û les eaux de composition différente. Il est cependant certaines circonstances où nous ari'ivons à reconnaître ces masses d'eau à caractères individuels. J'ai raconté, page 280, l'étrange ai^parence des eaux côtières de la rive nord du lac quand les courants de retour de la bise amènent à la surface les eaux o|)alinisées par les troublons du Rhône. — Lorsque les eaux sales du Rhône ou d'un affluent débordé se sont versées à la surface du lac, on voit, pendant bien des jours parfois, le lac bigarré par des taches verdâtres qui se promènent à distance, entraînées par le jeu des courants ; de la hauteur des monts de La Vaux, de Glyon ou de Naye, on jouit souvent de ce spectacle. — Dans mes notés sur la couleur du lac. je trouve le fait suivant : Le 23 mai 1880, un fort orage de pluie sur Lausanne avait gonflé le Flon qui avait charrié dans le lac de grandes masses d'eau sale. Le 25 mai, je naviguais au large avec Hôrnlimann sur le Sondeur : nous trouvâmes le soir, jusqu'à un kilomètre au large d'Ouchy, une grande étendue d'eau opaline verdâtre dont je fixai la teinte avec mes crayons de pastel; j'inscrivis que l'eau avait en ce point-là la couleur du lac des Quatre-Cantons. Le i''^' juin, soit 9 jours après l'orage du 23 mai, en passant en bateau à vapeur d'Ouchy à Morges, je retrouvai encore une de ces masses d'eau verte très distincte et très nettement caractérisée.
Cela étant ainsi, nous avons l'explication fort simple des différences très notables (jue nous constatons dans lc;s analyses d'eau du lac faites par le même chimiste. Le lac est formé par la juxtaposition d'une foule de masses d'eaux différentes qui ne se {)énètrent et ne se mélangent
VAKIAlJll.n F. DK L'KAU 1>I»7
que petit à petit. Chaque prise d'eau peut donner un résultat difïérent de la prise voisine.
Il pai'ail probable que le mélange s'opère de plus en plus à mesure (jue l'on avance en descendant le cours du lac. Les grandes causes d'altération sont les masses d'eau apportées par les affluents ; les plus importantes sont le Rhône, la Drance, la Venoge, qui se versent dans le Grand-lac. la Promenthouse à l'entrée du Petit-lac ; les eaux alourdies par la charge d'alluvion des trois premiers affluents s'accumulent au fond de la cuvette de la plaine centrale. Dans le Petit-lac il n'y a comme cause d'altérations que la Promenthouse et quelques petits ruisseaux sans importance. Quant à l'eau lacustre qui arrive au détroit de Promenlhoux pour s'écouler vers Genève, il est probable que pendant son long séjour dans le Grand-lac, un mélange plus ou moins pai'fait a dû s'opérer. Je suis donc disposé à croire que l'eau est beaucoup plus uniforme dans le Petit-lac que dans le Grand-lac, à Genève plus que partout ailleurs. Ce serait conforme au fait que les plus grandes divergences dans les séries de résultats d'un même auteur nous viennent des analyses Chuard et Seiler qui ont pris leui' eau devant Ouchy (analyses X»* 23 à 33 et N" 47), tandis que la plupart des autres séries ont été levées dans la rade de Genève.
Il y a là, ce me semble, sujet à de nouvelles recherches qui amèneront sans doute à des constatations intéressantes ; nous nous permettrons de les recommander à nos amis les chimistes qui peuvent disposer de temps et de patience. Nous aurons du reste à revenir siuces questions quand nous discuterons bientôt les recherches de Ch. de Marignac sur les matières organiques dissoutes dans l'eau de Genève.
J'ai cru avoir trouvé la preuve de ces difTérences systématiques régionales dans la composition de l'eau du Léman. Les analyses N'^^^t^ à 46 de M. H. De Crousaz montraient une diminution frappante du résidu sec à mesure que la prise d'eau était plus aval sur la longueur du lac. Les chifTres variaient de 230'"- par litre près de Villeneuve, à leO^ib' dans le Petit-lac. Pour vérifier ce fait, MM. Chuard et Jaccard ont eu l'obligeance de répéter des analyses comparatives sur de l'eau que j'avais puisée le 24 mai 1894 dans les diverses régions du lac (analyses N"s 34 à 41) ; les quantités du résidu solide ont varié de 176
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à ISS'"" ; mais cette vaiiatioii n'a point été systématique et n'a point progiessé régulièrement suivant la position de la prise d'eau sur l'axe du lac. ]^e fait indiqué par les analyses de M. De Crousaz ne se confirme donc pas, du moins dans la saison du printemps.