‹ Le Léman, monographie limnologique (volume 2)Chapitre 33 sur 157 · CM · texte numérisé non relu

CM

50 jours

Pendant 351 jours, la hauteur moyenne a été inférieure àlO'"' ; pendant 14 jours, elle a été plus forte que cette valeur. Les seiches de lO'ni et plus sont donc exceptionnelles, si l'on considère la valeur moyenne.

Mais je crois plus utile de m'adresser aux valeurs maximales, de mesurer la plus forte seiche de la journée quel qu'en soit le type. Je commencerai par donner dans un tableau général ces valeurs maximales journalières de l'année 1891 mesurées sur les tracés de Sécheron.

Valeur maximale journalière, en centimètres, des seiches de Sécheron. 1891.

ÇB

u as

fe

Pour utiliser ces chiffres, je commencerai par les grouper en valeurs mensuelles et saisonnières ; et pour être plus complet, et pour permettre une comparaison, peut-être intéressante, je donnerai en même temps les moyennes des minimums, celles des maximums et celles des moyennes journalières de hauteur des seiches dans la station de Sécheron pour cette année 1891.

Hauteur des seiches en centimètres.

.Janvier

Février

Mars

Avril

Mai

Juin

Juillet

Août

Septembre

Octobre

Novembre

Décembre

Eté

Automne

Aiinëe

Minimums.

Maximums.

Moyennes

On voit de suite, d'après ces chiffres, que la hauteur des seiches varie d'un mois et d'une saison à l'autre; elle a été, en 1891, la plus forte en mars et au printemps, la plus faible en juin et en été.

Revenons à notre tableau des hauteurs maximales journalières des seiches de la page 171. Groupons-en les valeurs en séries de 5 en 5 centimètres, nous obtenons le résumé suivant :

Valeurs maximales des seiches (Nombre do jours).

de 0 à 5'^^"'

(i-lO'"'

ll-lô^'"

plus de aO"""

Janvier

Février

Mars

Avril

Mai

Juin

Juillet

Août

Septembre

Octobre

Novembre

Décembre

Année 212 114 26 8 5

Pendant 212 jours, soit 59 % de l'année, les plus tortes seiches de la journée n'ont pas dépassé 5''m ; pendant 114 jours, soit 31 "/q, elles ont eu une valeur maximale de 6 à lO'™ ; pendant 26 jours, soit 7 "^'/o, leur valeur a été de 11 à 15'"'n, pendant 13 jours, soit 3 % de l'année, elles ont dépassé 15cm. Lqs seiches ont, dans cette année, été le plus souvent au-dessous de 6'^™ ; dans trois mois seulement, mars, octobre et décembre, les seiches ont été le plus souvent au-dessus de 5'=m.

Il y a donc des différences sensibles dans la hauteur des seiches suivant les mois et les saisons.

Si nous reprenons les chiffres des valeurs journalières, nous constatons que pendant de longues séries de jours, les seiches sont très faibles, que pendant d'autres séries, les seiches sont fortes. Comme exemple de seiches faibles, je citerai la période du 11 avril au 15 mai pendant laquelle le maximum de hauteur a atteint un seul jour la valeur de 6'"m ; ou aussi la période du 9 juin au l^r juillet où il n'y a eu que deux jours des seiches de 6'^™, tous les autres jours n'ayant eu que des seiches plus basses. Comme exemples de seiches fortes, je citerai la période du 13 au 28 octobre, où les seiches ont eu pendant

2 jours seulement la valeur de 5"", tous les autres jours étant plus élevés; ou encore la période du 7 au 31 décembre, dans laquelle nous trouvons 3 jours seulement où les seiches ont eu moins de 6'''". (Je reviendrai plus loin sur la période du 26 mars au 3 avril.)

Les actions atmosphériques, causes des seiclies.

Notre statistique générale nous montre les seiches se développant avec plus ou moins d'intensité suivant certaines périodes qui semblent accidentelles. Recherchons maintenant quelles sont les actions atmosphériques qui président au développement des seiches ; nous étudierons ensuite les relations, s'il y en a, des seiches avec les phénomènes sismiques.

Les seiches et le temps météorologique.

Si je me fonde sur une expérience de vingt années, pendant lesquelles j'ai suivi avec attention les allures des seiches du Léman, je formulerai comme suit les conditions générales du développement de cette oscillation du lac : Quand le temps est beau, les seiches sont faibles; quand le temps est mauvais, les seiches sont fortes. Mais ces termes sont trop vagues; ils demandent a être précisés.

En effet, les seiches étant un mouvement de balancement des eaux du lac, qui, après une première impulsion génératrice, continuent à osciller pendant des heures et des journées comme un pendule revenant lentement au repos, le temps météorologique peut fort bien changer de caractère pendant la durée d'une série de seiches ; les conditions du développement de l'oscillation peuvent avoir disparu depuis longtemps et l'eau continuer encore son mouvement de balancement. C'est ainsi que dans la belle série des seiches du 26 mars au 3 avril 1891, le temps a été très mauvais pendant les premiers jours, mais il s'est calmé, et est revenu au beau à la fin de la série. Il y a donc lieu de corriger notre formule, et de dire : Les séries de seiches se développent plus fortes quand le temps est mauvais que quand il est beau.

Mais encore que signifient ces mois beau temps et mauvais temps? Leur valeur est trop différente suivant les intérêts en jeu pour qu'il ne faille pas mieux préciser nos termes. En effet, un temps de pluie et de neige peut être pour certaines personnes un mauvais temps ; et cependant la pluie en elle-même, c'est-à-dire la condensation en gouttes d'eau, la neige, c'est-à-dire la condensation en cristaux de glace des vésicules aqueuses d'un brouillard, ne sauraient être la cause des seiches. Un temps froid peut être pour certaines gens un mauvais temps; et cependant le froid, c'est-à-dire une température de l'air inférieure à la normale de la saison, ne saurait avoir d'effet sur le balancement de l'eau. Le vent surtout s'il est fort, s'il accompagne la pluie et le froid, peut-être un mauvais temps ; le vent est-il la cause des seiches? Nous aurons à discuter ce point plus tard. Nous devons donc réformer l'appellation de mauvais temps, et dire : Les perturbations atmosphériques, et en particulier les orages, sont la cause ordinaire des seiches.

Cette impression générale énoncée, je dois l'analyser et la formuler d'une manière plus précise ; pour cela, je la décomposerai en un certain nombre de propositions.

1" Y a-t-il des relations entre la grandeur des seiches et l'état de la pression atmosphérique ? Pour répondre à cette question, j'ai fait le travail suivant : Sur les ti-acés du Umnographe de Morges, du 20 mars au 31 août 1876, soit pendant 165 jours^ j'ai mesuré pour chaque heure la valeur des seiches apréciée en millimètres ; j'ai réuni ces chiffres par groupes de six heures, de minuit à 6 heures, de 6 à 12 heures, etc., et j'en ai pris la moyenne. D'un autre côté j'ai pris les observations barométriques journalières de l'Observatoire de Lausanne, où les lectures se font à 7'', 13'' et 21^ ; par interpolation j'en ai déduit pour chaque jour la hauteur aux heures de minuit, 6, 12 et 18 heures. J'ai obtenu ainsi deux séries de chiffres parallèles, exprimant pour chaque période de six heures la hauteur du baromètre et Tamplitude des seiches. Cela fait, j'ai ordonné les chiffres de la grandeur des seiches suivant la hauteur du baromètre, et j'ai obtenu le tableau suivant :

HYDRAOLTOUE

Nombre

Gran-

Moyenne

Nombre

Gran-

Moyenne

Baromètre.

d'observations.

deur des seiches.

de grandeur

Baromètre.

d'observations.

deur des seiches.

de grandeur.

mm

mm

mm

mm

mm

mm

Dans la dernière colonne j'ai tiré le.s moyennes de grandeur des seiches, en groupant les valeurs par séries de 5 en 5 millimètres de hauteur du baromètre; j'ai laissé de côté les extrêmes de 724, 701, 702 et 703'"n\ pour lesquelles j'ai trop peu d'observations.

du baromètre 18"""de hauleur des seiches

De 705 à 709"" 710 à 714 715 à 719 720 à 728

J'ai fait le même calcul pour les seiches de Genève de l'année 1891 en les comparant à la hauteur du baromètre de l'Observatoire, et j'ai obtenu pour les hauteurs moyennes des seiches :

aromètre.

Seiches.

3mb. d'observ.

Moyennes.

714mm

Baromètre.

Seiches

Noml). d'ohserv.

Moyennes.

Ou en résumé :

De 714 à 724'»"' du ijaromètre 56'"'" de hauteur moyenne des seiches 725 à 740 — 40 —

Considérés ainsi, ces chiffres laissent voir une loi très bien évidente, c'est que la gi'andeur des seiches est d'autant plus forte que le baromètre est plus bas. Alais si l'on n'étudiait ces chiffres que sous la forme de résumé et de moyennes, Ton prendrait une idée très fausse des allures du phénomène ; en effet, cette loi, bien apparente dans les moyennes, échappe très souvent dans les observations isolées ; elle a un nombre énorme d'exceptions. On peut déjà se rendre compte de cela dans notre tableau des seiches de Morges, de la page 476, en considérant les hauteurs extrêmes du baromètre; le baromètre le plus bas, par 701>"'i', a donné la même valeui' pour la grandeui' des seiches, 10"™, que le baromètre le plus élevé, par 724 millimètres. Voici du reste, pour mieux montrer ces allures des seiches, quelques chiffres donnant en millimètres la hauteur des seiches dans trois séries de moyennes de six heures, coi'respondant à trois hauteurs du baromètre :

Baromètre. Amplitude des seiches de Morges.

720n'n> 0. 7. 8. 8. 2. 0. 5. 17. 7. 2. 8. 5. 3. 7. 2. 2. 3.' 2. 3. 2. 0 2. etc.

715 12. 20. 12. 8. 25. 18. 2. 3. 10. 0. 0. 8. 2. 10. 7. 10. 2. 1. 8. 1. etc.

710 12. 12. 10. 12. 20. 12. 32. 33. 47. 28 10. 2. 27. 30. 15. 4. etc.

Comme on le voit, les exceptions ou les irrégularités sont très nom-

breuses et souvent très choquantes. Il convient donc de formuler notre loi dans les termes les plus vagues, et de dire : D'une manière générale, la grandeur des seiches a une tendance marquée à être plus forte quand le baromètre est bas que quand il est haut.

2° Y a-t-il des relations entre la grandeur des seiche.s et les variations du baromètre ? J'ai dû étudier ce point avec attention, car si les seiches sont un mouvement de l'eau, mise en agitation par l'atmosphère, les variations de la pression atmosphérique devraient avoir action de cause à efl'et. La question se formule dans ces termes : Les seiches sont-elles plus fortes ou moins fortes quand le baromètre est immobile, quand il hausse ou quand il baisse? Pour y répondre, j'ai utilisé les deux séries de chiffres que j'ai obtenues quand j'ai étudié les rapports entre la hauteur du baromètre et la grandeur des seiches de Morges (page 176). Prenant les hauteur-s du baromètre à Lausanne par interpolation pour les quatre heures équidistantes de la journée, j'ai fait la différence entre les deux valeurs successives, et j'ai eu ainsi, pour chaque période de 6 heures, le signe et la valeur de la variation du baromètre en dixièmes de millimètres de mercure. J'ai alors ordonné la hauteur moyenne des seiches de Morges des différentes périodes de 6 heures, d'après la variation du baromètre, et j'ai obtenu le tableau que j'ai publié à la page 143 de mon mémoire sur les Causes des seiches ('). Je ne le reproduis pas ici, car il est trop encombrant et ses résultats ne sont pas assez précis. On en jugera parle résumé que j'en donnerai en gi'oupant les variations barométriques en valeurs de 1 millimètre de hauteur, et en tirant les moyennes de grandeur des seiches pour ces différentes variations :

Variation du baromt'tre. Nombre d'observations. Hauteur moyenne des seiches.

(1) Loc. cit. [p. (18, 11° 11.]

De + 2.1 à + 3.3mm

Ou en résumant encore plus :

Nombre d'observations. Hauteur moyenne des seiches. Baromètre en hausse 307 8.0^™

— immobile 32 10.0

en baisse 301 7.4

Ces chiffres varient bien peu dans les moyennes. Quant aux observations isolées, il y a encore bien plus de divergences que nous ne l'avons vu quand nous avons ordonné l'amplitiide des seiches d'après la hauteur absolue du baromètre. Voici du reste un exemple choisi dans la série où la variation du baromètre dans la période de six heures a été de + 0,1"!"'; l'amplitude des seiclies dans les difféi^entes péi'iodes de six heures a été en millimètres de :

8, 2, 0, 2, 7, 10, 13, 2, 2, 3, 20, 67, 17, etc.

Quant aux moyennes, si on voulait essayer d'interpréter leur signitication, voici le résultat auquel on arriverait : l'amplitude des seiches serait plus forte quand le baromètre reste immobile que quand il varie. La grandeur des seiches serait plus forte quand le baromètre monte que quand il baisse.

Mais ces conclusions positives ne me sennblent pas autorisées par les chiffres que je viens de donner. J'estime que la variation des moyennes est trop peu considérable, que le sens même de cette variation est trop peu accentué, pour justifier une conclusion de cette nature. En revanche, je crois pouvoir en tirer une conclusion négative, qui a une certaine importance en ce qu'elle réfute une idée très généralement répandue ; je la formulerai en ces termes : L'amplitude des seiches n'est pas plus forte lorsque le baromètre varie en s'élevant ou en s'abaissant que lorsqu'il reste immobile.

Autrement dit : L'amplitude des seiches est sans relations nécessaires et constantes avec les variations générales de hauteur du baromètre.

3" Les variations générales de la pression atmosphérique ne nous donnant aucun indice sur la cause des seiches, trouvons une autre méthode.

Nous chercherons sur nos tracés limnographiques les cas où une série de seiches commence plus ou moins subitement, où il y a une impulsion nette et bien dessinée ; puis nous rechercherons les conditions météorologiques de cet instant, et nous constaterons s'il y a ou s'il n'y a pas quelque chose de spécial dans ces conditions météorologiques.

•le choisirai pour faire cette étude les tracés de la station deMorges, où les seiches à courte période apparaissent parfois brusquement, et forment d'une manière indiscutable le début d'une série. La figure 55, p. 97, est un bon exemple de ce début subit de seiches transversales ; j'en ai cinquante aussi clairs dans mes tracés de Morges.

Je mettrai en regard de ces valeurs de seiches, l'état météorologique de la vallée du Léman tel qu'il est constaté par les notes de l'Observatoire de Genève dans les cahiers mensuels des Archives, (i)

STotes inétéorolog^iqiies.

Très forte averse accompagnée de grêle à 10 7*"; en même temps éclairs et tonu erres à plusieurs reprises du côté du Nord.

Vent du S.-O. souffle avec force depuis le 10 à 12*" jusqu'au 11 à

Aucune noie spéciale.

A 17 V*'') pluie et grêle.

A 17 7*^ éclairs et tonnerres, forte averse mêlée de grêle.

Depuis li"" jusqu'à 21*", succession d'orages sur toute la vallée.

Dans la soirée du 19, à 23'', succession d'orages; ou entend le tonnerre à plusieurs reprises.

A 0 V**", pendant une demi-heure, pluie torrentielle accompagnée de violents coups de vent et d'éclairs et tonnerres se succédant sans interruption.

(1) II eût certainement été préférable d'étudier cet état météorologique dans les observations de Morges ou de Lausanne; mais pour ces années, les notes de l'Observatoire de Genève sont plus claires, plus abordables et plus faciles à consulter. La distance de 45'"" qui sépare Genève de notre région moyenne du Grand-lac n'est pas assez grande pour que l'état météorologique des deux localités soit très difierent.

Seiches.

Page 1