‹ Le Léman, monographie limnologique (volume 2)Chapitre 46 sur 157 · OU · texte numérisé non relu

OU

Doménon d'Amont.

^ faible

ches profondes; celles-ci ne sont soumises qu'aux variations cycliques, comme nous le verrons plus loin.

Nous allons faire l'étude de ses conditions thermiques en traitant successivement :

La température de surface de la région pélagique.

Les relations de la température pélagique avec la température et avec l'humidité atmosphérique.

La température de surface de la région littorale.

La l'éflexion de la chaleur à la surface du lac

La température de la région profonde.

La barre thermique littorale de l'hiver.

La congélation du lac.

La balance thermique.

La surface du lac reçoit en premier les rayons solaires et absorbe la plus gi^ande partie de leur chaleur; elle est en contact avec l'atmosphère et en échange thermique continuel avec elle. C'est donc la surface du lac qui subit les variations de température les plus considérables ; c'est elle qui est le plus immédiatement abordable à l'observation ; c'est elle qui d'autre part influe directement sur le climat de la contrée. Son état thermique et ses variations sont du plus haut intérêt.

La température de la surface du lac est sensiblement différente en plein lac, dans la région pélagique d'une part, et sur les bords, dans le fond des golfes de la région littorale, d'autre part. Nous aurons donc à séparer l'étude de ces deux régions.

A. Température de surface de la région pélagique.

Nous ne possédons qu'une seule série systématique complète d'observations sur la température pélagique du lac Léman. Elles ont été exécutées pendant une année entière, à dater d'août 1851, par les physiciens de Morges, MM. F. Burnier, Gh. Dufour et Al. Yersin (>).

('') Ch. Dufour. Résumé des observations météorologiques faites à Morges de 1850 à 1854. Bull. S. V. S. N. VI, 199. Lausanne, 1859.

Chaque jour, entre 13 et l^'', ils allaient plonger leur thermomètre à 1"» de profondeur sous l'eau, à li"" en avant de Morges.

Je donne le tableau des moyennes mensuelles qu'ils ont déduites de leurs observations.

Température pélagique

Ecart de la température

atmosphérique du mois

avec la

normale de Genève.

août

septembre octobre

novembre

décembre

janvier

mars

avril

mai

juin

juillet

Moj-ennes

Comme ces chiffres ne représentent qu'une seule année, j'ai essayé de prendre une idée de l'écart de la température de cette année avec une année normale. Pour cela, j'ai cherché dans les résumés d'E. Plantamour (*), les écarts de chaque pentade sur la température atmosphérique normale, et en tirant les moyennes, j'ai obtenu l'écart de chaque mois à Genève pour l'année considérée. Je donne les chiffres de cet écart dans la2e colonne du tableau précédent. On y voit que tous les mois de cette année, sauf janvier, février et juillet 1852, ont été plus froids que la normale. 11 est évident qu'un écart analogue s'est fait sentir dans l'atmosphère qui surmontait le Grand-lac ; que par conséquent les chiffres de la température du lac ont été probablement plus bas que la normale pendant la plus grande partie de l'année.

Mais une se\ile année d'observation ne suffit pas à donner la courbe normale d'une valeur météorologique. Nous n'avons pas de séries assez longuement prolongées de la température pélagique du Léman, et cependant c'est un facteur climatique si important pour notre contrée, que je dois essayer de l'apprécier au moins approximativement. Pour cela, je devrai suivre une marche un peu compliquée.

Nous possédons une très belle suite d'observations de la tempéra- 0) Climat de Genève. I, 61, sq.

ture de l'eau mesurée dans le port de Genève (pont du Mont-Blanc à 1^ de profondeur) ('). Commencées en 1853, elles se co;itinuent encore actuellement (-). Les valeurs moyennes en ont été calculées par E. Plantamour pour la période 1853 à 1875 (3), soit pendant 23 ans, ce qui est suffisant pour effacer les écarts des variations accidentelles et périodiques simples. Nous discuterons plus loin la signification de la température de l'eau mesurée dans cette station ; mais il est évident qu'elle est fonction de la température générale du lac et qu'elle nous fournit une bonne base pour cette étude.

Voici les moyennes mensuelles de la température de l'eau du port de Genève, pour les années 1853 à 1875.

Janvier

Juillet

Août

Mars

Septembre

Avril

Octobre

Mai

Novembre

Juin

Décembre

Partant de là, j'ai comparé individuellement toutes les mesures de température pélagique superficielle du lac et spécialement du Grandlac que j'ai pu collecter et, en en tirant la différence avec celles de Genève, j'ai constaté qu'il y a des variations notables dans ces différences. Quelques-unes de ces variations sont accidentelles, dues en particulier à l'action des vents ou de phénomènes thermiques locaux; mais, en plus des variations accidentelles, il reste évidemment une variation systématique, la température pélagique du lac étant tantôt plus élevée, tantôt moins élevée que celle de Genève, suivant les mois et les saisons. Cela étant, j'ai cherché à déterminer le sens et la valeur de ces variations systématiques ; pour cela j'ai réuni les différences en groupes mensuels, espérant que les vai-iations accidentelles s'annuleraient entr'elles. Voici les séries d'observations qui ont servi de base à ce calcul et les résultats que j'ai obtenus :

lo De 1879 à 1886, j'ai mesuré moi-même la température pélagique du lac toutes les fois que j'avais l'occasion de naviguer sur ses eaux,

(*) Ces observations sont facilement abordables, publiées dans les cahiers mensuels des Archives de Genève.

(-) Tous les jours excepté les dimanches et jours fériés.

(3) Climat de Genève, II, 97.

soit en péniche, soit en bateau à vapeur. En comparant les résultats obtenus quand j'étudiais, avec toutes les précautions nécessaires, la température de l'eau à bord de ma péniche, avec ceux que me donnait la mesure pri.se à bord d'un bateau à vapeur en marche, j'ai reconnu que ces dernières avaient une précision suffisante et que je pouvais les utiliser. J'ai constaté entr'autres que l'agitation de l'eau, soit par la vague de refoulement, soit par les palettes du pyroscaphe, n'altéraient presque pas la températiu^e superficielle de l'eau.

J'ai retrouvé dans mes notes des observations faites dans 350 jours différents de ces sept années ; j'ai pris la difféi'ence entre la température pélagique ainsi obtenue et la température du port de Genève mesurée le même jour à midi, telle qu'elle est publiée dans les cahiers des Archives de Genève. Je les ai groupées par mois, et en en cherchant la moyenne, je suis ari'ivé à la correction à apporter mensuellement aux valeurs de Genève pour en tirer la température pélagique du Grand-lac. Le signe positif indique que la température du Grand-lac est plus élevée que celle du Rhône de Genève :

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