IX
Une partie de ces irrégularités peuvent provenir d'erreurs d'observation ; sans parler des en-eurs de lecture, dans nos thermomètres à renversement, la rupture de la colonne de mercure ne se fait pas toujours exactement au même point, et il peut de ce fait y avoir des erreurs s'élevant à + 0.1°, et même à + OM" avec certains instruments. Une autre cause d'erreurs assez graves résulte de la détermination imparfaite de la profondeur où le thermomètre s'équilibre : ou bien par suite de rétractions irrégulières ou mal corrigées de la ligne
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de chanvre, ou bien par l'inclinaison de la so]ide, l'appareil thermométrique étant emporté par des courants profonds ou bien restant en place sous un bateau chassé par un coui-ant de surface; dans certaines couches où la stratification thermique est très serrée, oii le taux de la variation s'élève à 0.4 et 0.5'^ par mètre, un écart dans la mesure de la profondeur peut amener des erreurs de température arrivant à un ou plusieurs degrés.
Mais, la part légitime étant faite à ces accidents de l'observation, il n'en reste pas moins un fait évident, à savoir l'irrégularité de la courbe thermique dans la verticale ; la propagation de la chaleur se fait irrégulièrement dans les couches moyennes et profondes du lac. Quelle est la cause de cette ii'régularité ?
La plupart des actions qui réchaufîent directement le lac ont un eiïét maximal à la surface et un ellet progressivement décroissant dans la profondeur. La conduction thermique qui propage de molécule à molécule la chaleur livrée à l'eau par contact avec un air atmosphérique plus chaud, la conduction diathermique qui fait pénétrer à travers les couches diathermanes de l'eau la chaleur du soleil rayonnée directement par l'astre ou réfléchie par les corps réchauffés par lui, tous les phénomènes de conduction qui président au réchauffement du lac devraient, semble-t-il, s'ils étaient seuls actifs et régulièrement actifs, donner une courbe thermique verticale régulière.
11 y a deux causes aux irrégularités constatées :
a. Les intermittences de réchauffement et de refroidissement qui font alterner des phases de stratification et des phases d'uniformisation thermique. Tantôt c'est un retour de froid qui, au milieu du printemps, refroidit la surface du lac surchauffée auparavant par un beau temps précoce ; tantôt, et c'est un fait normal qui se reproduit chaque jour, le froid nocturne de la période journalière amène l'uniformisation des couches supérieures stratifiées par Faction solaire dans la phase diurne.
Nous aurons à traiter longuement cette dernière question quand nous arriverons à l'étude de la variation périodique journalière dans la thermique du lac, et nous expliquerons à cette occasion la curieuse anomalie de la stratification thermique dans les eaux de surface jusqu'à "20 mètres de profondeur.
h. Les actions de convection font descendre accidentellement dans les couches moyennes et profondes des masses d'eau de
surface qui. par le fait de leur température plus élevée, vont anormalement réchauffer les couches où elles pénètrent; d'une part la convection hydrostatique dans laquelle Teau littorale est alourdie par les poussières de la vase soulevée par lès vagues, dans laquelle l'eau d'un affluent est alourdie par l'alluvion en suspension qu'elle charrie ; d'une autre part la convection mécanique dans laquelle l'eau de surface, accumulée par un gi'and courant d'air dans le littoral sous le vent, est obligée de chercher une voie pour son courant de retour dans les couches moyennes ou profondes, est ainsi chassée dans des couches inférieures à celles que sa densité lui commanderait. Les actions de convection sont essentiellement accidentelles; elles amènent dans les couches moyennes des réchauffements anormaux qui détruisent la régularité de la courbe thermique. C'est à elles que j'attribue les inflexions de la courbe que nous constatons dans les profondeurs de 20 à 80'".
J'ai eu l'occasion de constater l'effet puissant sur la thermique du lac des courants de convection mécanique dans les conditions suivantes Ç). Le 16 mars 1887, j'avais mesuré la température du Léman et reconnu qu'elle s'était uniformisée pendant l'hiver, étant descendue à 5.30 dans toute l'épaisseur du lac et même à 5.2° dans la couche très profonde. Or le printemps avait été fort venteux ; les 9 et 10 avril, il a soufflé de fortes bises ; les bises des 2 et 6 mai ont été d'intensité extrême. Immédiatement après, le 10 mai, j'ai opéré un sondage thermométrique qui m'a montré une propagation de la chaleur jusqu'à des profondeurs étonnantes pour la saison. Voici quelques chiffres comparatifs de ces deux sondages :