‹ Le Léman, monographie limnologique (volume 2)Chapitre 63 sur 157 · YVOIRE · texte numérisé non relu

YVOIRE

18 septembre

Ici encore il y a inclinaison évidente des plans isothermes qui descendent notablement plus bas dans le Haut-lac qu'à Yvoire. (')

Ces trois séries d'observations sont assez conformes pour que nous soyons autorisés à énoncer comme probable une loi d'après laquelle les plans isothermes pourraient être inclinés dans le lac; ils seraient plus profonds à l'extrémité orientale qu'à l'extrémité occidentale du Grand-lac, ou mieux dit près des bouches du Rhône que loin de l'entrée de l'affluent principal du Léman.

Voici comment j'essaie d'expliquer le phénomène (-). Le lac de l'été est constitué par des couches sti-atifiées thermiquement, les plus chaudes surmontant les plus froides. Si l'eau était partout de même nature, pour qu'il y ait équilibre hydrostatique, la stratification devrait être uniforme, et les plans isothermes seraient parallèles à la surface du lac. Mais l'extrémité orientale du Léman reçoit l'apport des eaux glaciaires du Rhône, eaux chargées d'alluvion, par conséquent relativement lourdes ; une partie des eaux de l'affluent descend dans les grands fonds du lac, une partie aussi se mélange avec les eaux lacustres voisines. Les eaux du Haut-lac sont donc moins pures que celles des régions du Léman plus distantes du Rhône; elles sont pai- conséquent plus lourdes et l'équilibre hydrostatique serait, de ce fait, détruit, s'il n'y avait compensation d'autre part. Cette compensation est fournie par la différence de densité résultant de la température des eaux. Les eaux chaudes s'accumulent en plus grande épaisseur dans le Hautlac ; les couches isothermes y sont plus épaisses, et par conséquent

(') Si l'on m'objectait qu'il s'est écoulé un mois entre les deux sondages d'août et septembre 1885 et que pendant ce temps le lac a pu se réchauffer, je répondrai que la différence étant dans le sens que nous donnent les expériences, si l'on supprimait ce réchauffement probable, les différences en seraient accrues d'autant.

(-) Inclinaison des couches isothermes dans les eaux profondes du Léman.. C. R. Acad. Se. Paris, Cil, 712. 1886.

une colonne d'eau de même hauteur, indépendamment de sa surcharge d'alluvion, y est phis légère qu'à l'autre extrémité du lac. L'eau du Haut-lac, plus lourde par le fait de l'alluvion qu'elle porte, plus légère par le l'ait d'une température plus élevée, fait équilibre aux eaux plus pures, mais plus froides du détroit de Promenthoux. L'équilibre hydrostatique est ainsi rétabli.

Si des recherches ultérieures confirmaient la réalité des faits que j'ai cru constater en 1885, ce serait dans im tel ordre de considérations qu'il faudrait en chercher l'explication.

Page 1