‹ Le Léman, monographie limnologique (volume 2)Chapitre 74 sur 157 · o)v/éJatio)i de hi rade de Genève · texte numérisé non relu

o)v/éJatio)i de hi rade de Genève

Le port de Genève a souvent été pris par la glace; nous avons ^indiqué p. 374 les dates assez nombreuses dans lesquelles on cite cette

(') Voii (Congélation des lacs suisses en 18L»i [loc. cit. p 87:1] (-) Revue scientifique de Paris, LI, 379, 1898.

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apparition. Mais le phénomène complet, celui qui cause une grande émotion dans la population genevoise, qui est constaté par les chronif^ues, c'est la congélation totale de la rade amenée au point où l'on peut se hasarder à traverser d'une rive à Tautre. Nous l'avons vu en 1891 ; l'événement était si inattendu, si rare, si intéressant que chacun a voulu en éti'e témoin : hommes et femmes, enfants et vieillards, tous ont voulu traverser le lac à pied sec; oui. jusqu'à des infirmes qui se sont fait porter à travers le lac. Plus encore que la congélation totale du lac de Zurich, qui est une fête pour le nord-est de la Suisse, la traversée de la rade de Genève est un fait tellement extraordinaire qu'il est enregistré avec soin dans la chronique. C'est une date météorologique certaine, et par conséquent, semhle-t-il.de grande valeur historique.

La traversée sur la glace de la rade de Genève a eu lieu en 1570, 1681, 1684, 1785, 1788 (le 29 décemlire, par conséquent rhins Thiver de 1789. si nous dé.signons l'hiver par l'année dans laquelle il se termine), 1810, 1854 et 1891. Nous allons résumer les circonstances principales de la congélation de 1891. et nous en tirerons quelques notions générales intéressantes.

A partir du l^i' janvier 1891 ('), la température de l'eau mesurée dans le port de Genève était au-dessous de 4» ; l'eau du Petit-lac était donc froide ; la stratification thermique était inveise, et la congélation devenait possible. Dès le 9 janvier, le poil montrait des prises partielles par la glace. Le 17, une forte bise s'élève, et en dehors du port le lac se coagule en glaçons-gâteaux de plus en plus grands: ce jour-là déjà, le port est entièrement pris et l'on peut traverser du quai des Eaux- Vives au quai du Mont-Blanc, d'une rive à l'autre. La bise continue le 18 et le 19 ; la rade de Genève se couvre d'énormes glaçons-gâteaux qui forment un caillebotis de plus en plus large, lequel s'avance toujours plus dans le lac. Les gâteaux se soudent le long des jetées, et le 19 toute la rade est prise en une nappe assez continue pour que l'on ose la traverser en dehors des jetées. Le 20, la bise tombe, et quoique le froid continue avec grande intensité, immédiatement la glace fond sur le cours du Rhône, au milieu de la rade, entre les jetées et dans le port. Le 21 janvier, la glace diminue rapidement ; le 22 elle avait disparu.

On a remarqué que la glace avait commencé à fondre aussitôt que

(') Il y avait déjà eu apparition passagère d'eaux froides le 20 décembre 1890.

la bise avait cessé de souffler, alors même que la température de l'air ne s'était pas sensiblement adoucie ('). Semblable observation ayant été faite plusieurs fois dans des circonstances analogues (-), elle demande une explication. La voici : (■*)

Quand le lac est calme, par une température très basse de l'air, le Petit-lac se refroidit au-dessous de 4'> et il s'y développe la stratification thermique inverse; les couches superficielles descendent à zéro, les couches prol'ondes restent à 4". Mais cette stratification est déti'uite à l'intérieur du port de Genève par l'action du courant du Rhône dont les tourbillons et les remous amènent le mélange de l'eau. Couches supérieures et couches profondes donnent une température moyenne de -|- 1" à -|- 3'J, suivant les circonstances; il ne se produit aucune glace dans le port, dans la partie traversée par le courant du fleuve tout au moins. C'est ce qui est prouvé par les mesures thermométriques de M. A. Kammermann. du 30 janvier 1801 (v. p. 329). En dehors du port, stratiiication inverse très marquée ; dans le poil, température uniforme, moyenne, plus chaude par conséquent que la températui-e de surface extérieure au port.

Mais, lorsque la bise souffle, les conditions sont fort différentes. Les couches de surface, l'efi'oidies à zéro par leur contact avec un air très fi'oid, sont chassées du côté de Genève par les courants de convection mécanique ; elles s'y accumulent, et la couche fi'oide peut acquérir une grande liauteur; au lieu d'être une lame mince, sans épaisseur, elle peut descendre jusqu'à 10, jusqu'à 20'" et plus ('*). Dans ce cas l'eau qui s'écoule sur le banc du Travers et qui forme le courant du

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