‹ Le Léman, monographie limnologiqueChapitre 23 sur 174 · AN. 2 ANS. 3 ANS. 4 ANS. 5 ANS · texte numérisé non relu

AN. 2 ANS. 3 ANS. 4 ANS. 5 ANS

Carpe . . •

Tanche .

Truite. .

Brochet .

Au même âge, le Brochet acquen-ait un poids dix l'ois plus fort que celui d'une Truite.

Des pêcheurs estiment que le Brochet mange deux fois son poids de Poissons en une semaine; d'autres prétendent que ce qu'il dévore en un jour égale son propre poids. Paul Regnard nous apprend que le Brochet consomme trente kilogrammes de Poissons pour augmenter son propre poids d'un kilo.(") C'est beaucoup. Mais est-ce bien à nous Hommes à faire à ce Poi.sson des reproches sur sa gloutonnerie, nous dont les plus modérés mangeons, quand nous sommes adultes, 7 à 8 fois notre poids de nourriture par an, sans compter les boissons dont nous consommons plusieurs hectolitres dans le même temps. Comme terme de comparaison, je considère l'alimentation de l'Homme enfant, dans sa première année. Il augmente de 15ï par jour; pour cela il absorbe 950- de lait, dont 11 %, soit lO^s' de substances solides et 89% d'eau. Donc pour augmenter d'im kilo, l'enfant doit absorber 7'"^'' de substances solides, ou 63 litres de lait. Nous sommes presque aussi Yoraces que les Brochets.

En 1886 et 1887, vers la fin de uiai, il a régné chez les Brochets du Léman une épizootie meurtrière qiii en a fait périr im grand nombi'e de tout âge et de toute taille. Le prof. H. Blanc, de Lausanne, a étudié cette maladie; (•'^) il l'attribue à l'envahissement de l'animal vivant par des Champignons qui se développent à l'extéi-iein^ sous forme d'une mousse blanche, Saprolegnia ferax ou Achlia proliféra. Le parasite 4>agnant les branchies amène peu à peu l'asphyxie du Poisson.

(') A. Peiipion. Traiti'' de pisciculture. Cité par la Revue scientifique. X, (S8, Paris 1898.

(2) Loc. cit. [p. lG],p. ;.)4.

(8) Bull. s. V. S. N. XXIir, 33, Lausanne 1888.

Muréiiidé.s.

L'Anguille., Anguilla vulgark Flem. Ti'ès rare clans le Léman; y existe cependant à l'état de nature. Dans le cliapitre où nous tfaiterons de l'importation des Poissons, nous ferons l'histoire complète de l'introduction de l'Anguille dans noti-e lac. Pour le moment, bornons-nous à dire que nous avons des récits authentiques de pêches d'Anguilles dans les temps anciens, disons jusqu'à la moitié du XiX^ siècle. Ce Poisson y était qualifié de rare ou très rare. Mais à partir de 1865 lenombre des captures s'est considérablement accru, et l'Anguille y est devenue moins rare ; quelques individus sont péchés chaque année ; pour mon compte j'en ai vu plusieurs. Cela provient d'un apport artificiel d'alevins d'Anguille dans un étang de Fernex, mis en communication avec le lac, ainsi que nous le raconterons plus tard.

Indépendamment de cette introduction artificielle et voulue, FAnguille existait donc dans le lac à l'état de nature. La chose était-elle possible, étant connu les mœurs anadromes du Poisson, et f isolement presque absolu de notre lac '? On sait que l'Anguille descend à Ja mer pour frayei' devant l'embouchure des tleuves dans les grands fonds et que falevin remonte les l'ivières en mars et avril. Comment cette montée ai-riverait-elle jusqu'au Léman. Est-ce par le ruisseau le Nozon qui se partage à Pompaples entre les deux ruisseaux aboutissant l'un au Léman l'autre au lac de Neuchâtel? Etait-ce par fancien canal d'Ehitreroches qui a joint laVenoge au lac de Neuchâtel de 1640 à 1829 '?(^) Est-ce par la perte du Rhône, le Poisson rampant sur les rochers pour franchir le rapide'? La rareté des individus qui existaient autrefois dans le Léman correspondait avec les difficultés d'une introduction dans le lac par des procédés aussi étranges; nous n'avons pas à faire intervenir pour expliquer ce fait la malédiction de St-Guillaume, évèque de Lausanne (Guillaume de Champvent, 1274- 1302) qui chassa publiquement et à perpétuité les Anguilles de notre lac. (-)

(') J. Ogiz. Revue historique vaudoise. III, 204, 1895.

(2) Felicis Matteoli doctoris, tractatus de exorcismis. Francofurtis MDXIIC^ p. 385.

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