‹ Le Léman, monographie limnologiqueChapitre 59 sur 174 · HÉPATIQUES · texte numérisé non relu

HÉPATIQUES

Biccia glauca L. et R. crystallina L., dans la vase humide des bords du lac de la plage de Versoix.

Riella (Duriaea) Rcuterl Montagne, sur la plage de Versoix. Cette

HRYOFHYTKS 155

plante n'était connue que dans cette station. Elle a disparu depuis que la grève a été envahie par le quai du Château Bartholony vers 1880 ('). Elle avait été trouvée par Reuter le 6 octobre 1851 (''); elle n'a donc pas duré trente ans dans sa vie scientilif|ue.

Mousses.

En fait de Mousses lacustres nous n'avons que peu d'espèces. J'en extrais la description de notes que le D'' J. Amann à Lausanne a eu l'obligeance de rédiger à mon intention.

Tltamnlum Leinani (J.-B. Schnetzier), sur les piei-i'es de la Moraine submergée d'Yvoire par 60'" de fond (^). Cette Mousse, signalée par notre ami le peintre F. Bocion qui l'avait vue sur les pierres rapportées par les filets des pêcheurs, draguée par moi en juillet 1885, a été décrite par Schnetzler comme une variété de Thammum alopeciirum, var. Lemani (^). Les différences qui séparent cette forme lacustre de l'espèce type sont telles que nous n'hésitons pas, Amann et moi, à en faire une espèce que J. Amann décrit comme suit en la comparant au Th. alopecunnn : « Pas de rhizome rampant. Tige flottante, grêle, allongée, longuement dénudée, et hérissée par la nervure persistante des feuilles; ramification irrégulièi-e, nullement dendroïde. Feuilles plus fortement dentées à la partie supérieure, la dentelure très forte et parfois double. Tissu foliaire composé de cellides plus grandes, plus régulièrement hexagonales. Cellules apicales 22/6 \>; cellules supérieures 11/7 [j., cellules moyennes 11/1 1 p., cellules inférieures 16/5 \>., celkdes basilaires 20/6 ;j.. Largeur de la nervure à la base 45 îJ.,à la moitié 30 {>■. au sommet 12 [i. Les cellules marginales moyennes plus étroites et plus allongées 18-27/6 [>-, sur ti'ois ou quatre rangées, forment une marge distincte plus fortement colorée en jaune. » Amann ajoute : « Ces différences morphologiques et anatomiques peuvent sans doute être attribuées à l'influence des conditions de milieu extraordinaires où végète cette Mousse, à 60"' de pi-ofondeiu-. Mais comme rien ne

(*) If //. Bernet. Catalogue des Ilépaliques du sud-ouest de la Suisse. Genève 1888.

(2) W. Barbey. La grève de Versoix près Genève. Bull. soc. .Murithienne du Valais, XII, 1884.

(4) Bull. S. V. S. N. XXI. 25. 1886. XXII. 130. 1887. Uotanisch. Centralblatt. XXIII, NO 37, 1884.

nous force à voir dans ce TIi. Lemani une simple forme immergée du Th. alopecururii, nous estimons qu'il est plus rationnel de le considérer comme une espèce à part. »

Cette Mousse qui croît dans des conditions si différentes de ses congénères, dans des conditions si différentes, même, de toutes les autres plantes lacustres (les dernières Characées s'ari-êtent dans le Léman à 25'" de pi'ofondeur) est cependant brillamment chlorophyllée et dans un état prospère de végétation. En mars 18!)0 j'ai recueilli sur la moraine d'Yvoire des pierres recouvertes de très jeunes Mousses, à l'état de proloiiema, ainsi que Jean Dufour l'a constaté sur des échantillons frais.

Foniiiudïs antipuretica L., sur les blocs de la grève caillouteuse inondée, entre St-Prex et Fraidaigue ; ti-ouvée par moi en mars 1897. C'est la seule localité où je l'aie jusqu'à présent notée dans le Léman.

Trichoslonium sp. En détachant du tuf lacustre delà Pierre aux Béjus sous Pi'éverenges, à la limite des eaux extraordinairement basses du '20 avril 1900 ('), j'ai trouvé dans ce tuf une Mousse stérile que le L)i" Amann a attribuée sans hésiter au genre Trichostonnini, mais qu'il n'a pu jusqu'à présent rapportei- à aucune espèce connue du genre. Cette plante a vécu sous l'eau, et n'a pu, vu les conditions actuelles du régime du lac, arriver à l'air que pendant quelques jours, une ou deux semaines au plus, dans le mois d'aviùl. tous les quatre ans. Il n'est pas admissible que cette Mousse date du tefiipsoù la partie qu'elle habite était émergée chaque hiver; nous devrions remonter pour cela avant 1885, ou mieux avant 1864 (^). C'est donc bien une Mousse submergée. Amann en fera une étude qui sei'a certainement fort intéressante.

Outre ces trois Mousses lacustres, Araanu m'a remis la liste des Mousses assez nombreuses qui habitent la grève inondable et la grève exondée. Nous les retrouverons lorsque nous ai'riverons à la description de ces réafions.

{•) D'après l'art. 8 du règlement des barrages de Genève (septembre 1892) tous les quatre ans le niveau du lac est abaissé, pendant quelques semaines, à 20 centimètres au-dessous du minimum conventionnel, cela pour permettre les réparations d'entretien aux murs des quais. L'année 1900 a été l'une de ces années à niveau extraordinaire au-dessous de l'étiage. L'eau était ce jour-là à la cote ZL + 0.95'".

(^) Voir le tableau limnimétrique, t. I, p. 48H.

PTÉRIDOPHYTES, ANGIOSPERMES 157

PTERIDOPHYTES

Equisetacées.

Equïsetnm palvstre L., sur la grève inondable et inondée. E. ramosissimvni Schl. et E. vanegaium Schl., sur la grève exondée. (Wilczek.)

PHANEROGAMES

Pour les Phanérogames je désignerai par des initiales les noms des personnes auxquelles je dois les indications de localité des plantes les moins banales : K. : Auguste Koch à Morges, inspecteur forestier; M : Auguste Mermod à Aigle; Pv. : D. Rapin, l'auteur du Guide du botaniste dans le canton de Vaud; G. : Gremli, Flore de la Suisse; W. : D^' E. Wilczek, professeur à l'Université de Lausanne.

ANGIOSPERMES

Monocotyledones.

Glyceria pUcala Frxes et ai. /Iliituns R. Rrown, dans la lagune de Vidy. W.

Aira littoralis Godet, grève caillouteuse. M.

Phragmiles co m tri nuis T vin., dans le lac, de Villeneuve au Bouvei-et, au fond des golfes de Morges, de Rolle, dans les estuaires de rivières, -sur la grève, etc.

Carex ^tricla Good, sur la grève humide où elle forme des ilôts de verdure, très répandue.

C. [lava L., même habitat. Les Piei-ietles, le Boiron, etc. K.

C. paludosa Good. Dans les losftés inondés des bords du lac à Villeneuve. M.

Ileleoclidris airoptirpnrea Kinitli. (Scirpus Leresdiei Thomas), sables humides de la grève, enti-e S^^-Sulpice et les Pierrettes, R. G. pêcherie d'Allaman. K.

H. aciculai'is 11. Bi'., grève inondable. Bouveret, F.-A. F.

Scirpus lacustris L. Embouchures de l'ivières, Boiron. K.

Se. Iriqueier L. Vidy, Grangettes. Al.

Se. mucronaiiis L. Gi'angettes, Tour de Peilz, (V) M. G.

Se. lioloseliooiusL. Grèves sableuses et embouchures des rivières, PieiretteSjVenoge, Boiron,Aubonne, Dullive,Versoix,Coudrée. B. K. G.

Se. supivus L. Grèves humides, estuaires, Grangettes, S^-Sulpice, Pierrettes, Boiron, Versoix. R. G.

Ci/perns fhivescois L. et (-'. fusciis L., sur la grève inondable. Pierrettes, les Grangettes. K.

(.', Io)u/us \j. Emboucliures de rivières. Flon. K.

lypha latifoUa L. Embouchures de rivières, Venoge.

Acoriis ealamus L., grève inondée. Grangettes près Villeneuve. R. (D'après Durand et Pittier, cette plante d'origine étrangère ne se retrouve plus dans noti'e pays.)

Juncus bufo)}ius L. et J. ariirulaius L., grèves inondées après la retraite des eaux. Le second à l'Embouchure de la Venoge. K.

,/. lanrprocarpos Ehrli., de même aux Grangettes. K.

J. ohtusiflonis Ehrh. et J. congloineyatus L., grève. AV.

Lemna trhidca L., L. ni'nior L., L. gibba L., //. polijvhiza L. Ces petites plantes flottantes sont entraînées par les ruisseaux dans le lac où elles sont à l'état erratique. Pelles ne se multiplient que dans les eaux stagnantes de quelques mares de la gi-ève ijiondable.

Caulhàa frag'tlif< Willd. {Najas minor Ail). Eaux stagnantes sur les bords du lac. Vidy, Nyon, Goppet, Versoix. R. G.

ZaniehcUia palust ris L., abondante dans le Rhône en aval de la ville de Genève.

Z. tennis Reuter, dans les mares de la grève de Versoix. R. Espèce détruite vers 1880 par la bâtisse du Château Barthony('). Elle a été

C) ir. Barbey, loc. cit., [p. 155].

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retrouvée le 13 septembre 1891 par K. Secretan au liouveret; la note qu'il m'a remise dit : Mai-es dans le sable derrière la dune. Elle a été de même cueillie pai- Ch. Paiclie dans le lac, entre la Belotte et Bellerive, près de Genève, sur un lit de sable et de galets, à une faible profondeur (').

Potamogeton natans L., ti'ouvé une seule fois à l'état erratique flottant en plein lac devant Morges. A probablement été entraîné pai- une crue de rivière. F. -A. F.

/'. /ïuitans L. Vidv, Si^-Sulpice. Gaudin.

P. heteroph)illHs^ch\yeh..f^\\v la grève inondable. St^-Sulpice"? Morges".' Nyon. R.

P. densHs, L. dans le port de Genève.

P. o'ispus L., dans les eaux de la beiiie, abondant dans le lac. 11 résiste plus longtemps que les autres Potamots à la destruction automnale, et ses i-ameaux feuilles persistent presque tout l'hiver dans les ports abrités. C'est le plus élégant des Phanérogames du lac.

P. jJerfoliatus L. Le plus abondant des Potamots du lac; dans la beine où ses longues tiges flexibles, atteignant 2 et 3™, forment des bouquets d'ai'bres aquatiques parfois très serrés; il fleurit en juilletet août. Assez fragile, il est bientrM après la floraison brisé et déchii'é par les vagues de tempête.

P. lucens L., en bouf[uets peu étendus, très pittoresques dans la beine profonde de 3, 4 ou 5 mèti.es. 11 est moins envahissant que le Potamot perfolié.

P. decipiens Nolte. Dans le Rhône à Genève. R. G.

P. pvsillus L. Dans les ports de Genève, de Thonon, au Bouveret.

Les Potamogeto)! perfoliatiis, lucens et rr'ispns forment avec les Myriophylles et les Geratopliylles les grandes forêts arborescentes qui apparaissent au printemps, développent en été une végétation opulente et disparaissent en automne. Files sont désignées par nos pécheurs, bateliers et baigneui's sous l'appellation locale de fa va s.

P. pectinatiis L. Cette espèce est très intéressante par les variations de son aire d'extension, et son polymorphisme. Pour autant que je puis me fier à mes souvenii-s et à mes observations, elle était très peu répandue dans le lac vers le milieu du XIX^ siècle. A cette époque elle végétait déjà abondamment dans le port de Genève. Dans mon enfance

(1) Bull. Hei'bier Boissier, 1, 128. 1893.

elle n'existait pas, ou à peiiie, dans les environs de Morges. Quand de 1854 à 1860 nous explorions les golfes de Morges pour y Taire nos pêches d'antiquités lacustres, quand de 1869 à 1885 je l'ouillais nos environs pour en étudier la flore et la faune, je connaissais une touffe de ce Potamot sur la beine de Morges. en avant du palafitte de la grande Cité lacustre de l'âge du bronze, et c'était tout. J'en avais montré quelques rameaux à J.-B. Schnetzlei' qui l'avait appelé P. puslllus et c'est ainsi que cette dernière espèce a longtemps figuré dans nos listes de plantes du lac (^). J'ai retrouvé, depuis lors, ailleurs, le vrai P.piisiUtts.

Vers 1892 j'ai trouvé quelques buissons du P. pectine, chaque année plus grands et plus étendus, autour du débarcadère, dans le port devant les quais, dans les golfes de Morges; chaque année depuis lors j'en ai vu de nouvelles touffes dans des localités où ces plantes m'avaient échappé auparavant; quand je les montre aux pêcheurs, ils sont comme moi étonnés de cette apparition. J'ai l'impi-ession d'une extension assez rapide de cette plante. Elle se présente dans le Léman sous trois formes :

a. Une foi'me annuelle qui pousse au printemps en taillis serrés de plantes frêles, peu coriaces, atteignant une hauteur de 2 à 5 décimètres n'ari'ivant pas toujours à la surface de l'eau. En automne, septembre et octobre, les plantes s'étiolent, sont rompues par les vagues, et disparaissent. Si je drague la vase dans cette localité, j'y trouve en abondance les bulbilles qui i-eproduiront la plante au printemps. J'en connais des taillis autour du débarcadère, et en diverses places devant le quai Lochmann, à Morges, des touffes isolées dans le port de Morges. Cette forme a fleui'i pour la première fois à Morges en août 1899, dans deux des buissons qui étaient le moins profond, et dont les rameaux longs de 50 à 60°™. pouvaient venir s'étaler à la sui'face;elle n'a pas fleuri en

h. Une foi-me vivace qui se groupe en buissons beaucoup moins serrés, à tiges souterraines, traçantes, donnant issue à des tiges qui sortent de la vase, de décimètre en décimètre; elles s'étendent en files parfois à des mètres de distance. Les tiges, coriaces, ligneuses, souvent incrustées de tuf calcaii'e, persistantes, portent des hibernacles (boutures spontanées) dans des exemplaires élevés en étang, liibei'nacles que j'ai

(1) F.-A. Forel. Notice sur l'histoire naturelle du Léman 1877; Faune profonde deslacs Suisses 1885; Le lac Léman, précis scientifique 1886, etc.

ANGIOSPERMES 161

constatés, mais plus l'at'ement, chez quelques individus cueillis dans le lac. Dans le soi autour des rhizomes, on trouve en hiver des bulbilles. Les tiges, de ramitication irrégulière, en balais, atteignent une hauteur de 10 à 20^1" lorsqu'elles sont près de la rive, en eau peu profonde; elles dépassent 30 ou 40*^"^ dans les régions plus profondes delabeine, sous 3 à 4™ d'eau. Elles ne viennent jamais à la surface, et je ne les ai jamais vu fleurir dans le lac. Une touffe élevée en pot dans l'étang de l'Abbaye, à Morges, a fleuri en juillet 1895. Je connais de cette forme quelques touffes devant le grand palafitte de Morges; depuis 1854 à 1899, je les ai surveillées et toujours retrouvées; quelques bosquets dans les golfes du Parc et des Roseaux à Morges; devant la ville de Rolle, etc. C'est actuellement une des espèces fréquentes parmi les Phanérogames de la beine. Je laisse à d'auti-es le soin de décider si cette forme est identique ou non avec P. vaginatus Turcz. de la Sibérie, ou si ce n'est qu'une variété de P. pectinatus dont les gaines foliales sont fortement incrustées de tuf calcaire (').

c. Une forme d'eau coui-ante, également vivace, qui végète avec exubérance dans le port de Genève. Entraînées par les courants de l'eau, les tiges, qui atteignent plusieurs mètres de longueur, ont luî puissant développement de rameaux et de feuilles, et se balancent élégamment dans les veines liquides du courant de l'origine du Rhône. Solides, coriaces, à tige ligneuse, ces plantes ne viennent pas à la surface; je ne les ai jamais vu fleurir. Cette stérilité est confirmée par G. Hochreutiner qui a suivi leiu- végétation pendant toute une année (■').

P. fUifonnis Nolte, golfe du Rouveret, port de Thonon, port de Morges. Dans cette dernière localité j'en observe une touffe depuis 1890; elle a fleuri en 1898 et 1899, mais pas en 1900.

h'is pseudo-acoriis L., dans les estuaires des rivières.

Elodea canadens'is Casp. {Anacharh alsinastnim Bah.) Cette plante d'origine américaine a été inti'oduite dans notre lac vers 1880. Elle a été constatée d'abord dans le port de Morges en 1883 où elle a formé un tapis serré, refoulant bientôt toutes les autres espèces qui encombraient autrefois les eaux. Comment l'Elodea est-elle airivée chez nous? En 1869 Auguste Chavannes l'avait introduite et plantée dans plusieurs étangs et ruisseaux, pour favoriser la pisciculture, entre autres à

(<) Cf. miczek, Arch. Genève, XXXIV, 382. 1895.

(2) Phanérogames du port de Genève. Bull, lierb. Boissier, V, 9, 1897.

Gland (pi-obablement Pont-Farbel), à Aigle chez M. Aloïs de Loës C). Le pasteur Leresche a trouvé cette plante dans un fossé près de Rolle en 1871 C^). Mais à Morges même aucune importation volontaii-e u'a été faite par un naturaliste ou un pisciculteur, ainsi que je n'en suis assuré par une enquête sériée; il est probable que le tranport a eu lieu par les ancres des barques ou bateaux à vapeur, qui en ont apporté quelques rameaux de Genève; cette plante y existe en effet dans le port et dans le Rhône, ainsi que j'ai pu m'en assin-er. Depuis lors elle a été transportée, certainement par le même procédé, de Morges à Ouchy, à la Venoge, etc.

Elle reste submergée, ce qui fait qu'elle ne cause aucune gêne directe à la navigation; nous ne l'avons jamais vu arriver à la surface, ni fleurir dans nos eaux lacustres. Le 7 juillet 1896 je l'ai vu fleurir dans le cours inférieur de la Morge formant estuaire à son embouchure dans le lac; depuis loi"s elle y fleurit chaque année.

J'ai dit que, dans les années qui ont suivi sa première apparition dans le port de Morges, en 1883, l'Elodea avait envahi les eaux de ce bassin par sa puissante prolifération. Pour ceux qui connaissaient l'histoire de cette plante envahissante, qui savaient quelle gêne cette peste d'eau avait apportée à la pêche et à la navigation dans les canaux et étangs du nord de l'Europe, ils commençaient à s'inquiéter. Mais bientôt les progrès de l'Elodea se sont arrêtés et actuellement (1900) encore même que ses touffes serrées soient parfois incommodes pour les chaînes et ancres des barques et pour les filets des pêcheurs, toutes craintes d'envahissement insurmontable par cette fava d'Amérique ont disparu. Après avoir eu un développement exubérant et effrayant pendant quelques années, l'Elodea a repris une végétation relativement plus calme. Elle n'est guère plus gênante que les Potamots et Myriophylles qui croissent à côté d'elle.

L'Elodea reste confinée dans les golfes bien abrités. Des touffes d'EIodea que j'avais vu prendre racine en dehors du port de Morges, à trois ou quatre reprises différentes, ont toujours été déchirées et dispersées par les vagues de la première tempête qui les tourmentait.

(>) Bull. S. V. S. N., X, 341. Lausanne 1870. (^) Bull. S. V. S. N., XI, 410. Lausanne 1872.

ANGIOSPERMES 163

Dicotylédones.

ikiUilrlcIie (mlumnaWs L., eaux donnantes des embouchui'es de B'ivières.

NasIinHum amphlhïini} R. Br., estuaires des rivières.

Polij(io)u(in aiupliibiioii L., même habitat.

Litlorelia lacust ris L., grève \nondaJo\e; beine de St-Prex. sous ti"' d'eau, F. -A. F. 1900.

Limosella aquaticn L., grève exondée. Versoix, Pierrettes, Boiron.

Œnanthe Lnchenali Gmel. Vidy et Venoge, grève inondable.

Ceratophijlliiui demersum L., dans les eaux de la beine, sol vaseux lies golfes abrités; les rameaux se détachent très vite du tronc et continuent à végéter en flottant librement dans l'eau.

Hippiiris vulgaris L., dans les lagunes et estuaires du lac. Les rameaux brisés de cette plante fluviatile sont entraînés par les grandes €aux des l'ivières en crue, et sont parfois rencontrés au loin dans le lac où ils flottent à l'état erratique.

Myriopluillum spicalnm L., dans les eaux de la beine, profondément enraciné dans un sol vaseux.

Elatine Itexandra D. G., grève inondée de Versoix. G. Cette espèce, ti'ès rare, n'était connue en Suisse que dans cette seule station. Elle a été détruite vers 1880 par la construction des quais de la villa Bartholony (•).

Nuphar luteum Sm., à Villeneuve, dans le golfe des Grangettes.

Raymncidus aqnatUis L., grève inondée et estuaires des affluents.

R. trichopJiyUvs Chaix, B. divarlcatus Schrank, R. reptans L., et R. scelerafiis L., toutes sui' la grève inondable ou la grève exondée.

En terminant cette longue énumération des organismes qui de près ou de loin appartiennent aux sociétés biologiques du Léman, je dois reconnaître combien elle est encore incomplète. Elle est insuffisante dans beaucoup de ses chapitres; elle demande à être revisée, corrigée et complétée dans toutes ses parties. Elle n'a pas, en effet, été élaborée .simultanément et suivant un plan général, comme les flores et launes

(') W. Barbey, loc. cit. [p 155].

d'autres lacs étudiés récemment (Bodaii, Balaton, lac de Pion et quelques lacs des Etats-Unis d'Améi'ique). J'ai réuni les travaux publiés isolément par les nombreux naturalistes qui, successivement, dans les trente dernières années, se sont intéressés à notre lac, et j'ai tâché de les résumer en les faisant entrer dans le même cadre général.

Malgré ses imperfections, cette liste sera cependant utile. Elle est en déficit, surtout parce qu'elle n'est pas complète, et parce que les observations ne se rapportent qu'à quelques localités, séjour favori de nos naturalistes; mais les observations positives sont le plus souvent exactes, et Ton pourra en tirer un tableau satisfaisant des populations animales et végétales du Léman. Puis, précisément en ce qu'elle fera voir l'insuffisance des matériaux actuellement en notre possession pour l'étude de certains groupes, elle sollicitera la revision qu'en feront nécessairement les spécialistes, mes collègues, qui s'occupent des choses de notre lac. Cette revision, je l'appelle de tous mes vœux, et j'espère que bientôt la liste ci-dessus des organismes du lac sera remplacée par un catidogue beaucoup plus complet, plus correct^ et plus près de la liste définitive à laquelle nous aspirons tous.

11 est difficile d'additionner ensemble des objets de nature ou de conditions différentes. Dans noti-e liste, nous avons indiqué, à leur place dans le système de la nature, des organismes établis dans le lac, ou erratiques dans ses eaux, ou en passage temporaire, ou seulement adventices; d'autre part, pour certains embranchements, qui ont été particulièrement bien étudiés, la liste est à peu près complète; pour d'autres, elle est très insuftisante. Dans de telles conditions, une récapitulation semble avoir peu de signification; je la donnerai cependant, car quelle que soit son imperfection, elle peut être intéressante en montrant par comparaison quels sont les groupes dominants dans les sociétés lacustres.

Je ne compterai que les espèces, et ne tiendi-ai pas note des variétés.

Vei'lébrés 181

Mammifères

Oiseaux

Reptiles

Batraciens

Poissons

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