SOCIÉTÉS DU RIVAGE
laisequi n'est pas assez modifiée pour se difterencier de la tei-re ferme.
Cette région n'appartient au lac que temporairement lorsque les eaux l'envahissent, mais leur action est assez puissante et efficace pour donner au i-ivage des caractères absolument différents de ceux de la terre ferme avoisinante.
Les vagues, en délavant les terres impalpables, n'y laissent que les matériaux pierreux, de grosseurs diverses, depuis le sable le plus fin jusqu'aux roches en place ou erratiques. Accidentellement on y rencontre en quelques points des argiles qui ne tardent pas à être érodées par le jeu des flots; dans quelques anses bien abritées, le sol peut être vaseux, mais c'est très exceptionnel sur le rivage du Léman.
Sur ce sol pierreux et sableux vivent les faunes et Qores des régions caillouteuses et arénacées; mais, que l'on ne s'y trompe pas, les sociétés biologiques qu'on y rencontre n'ont aucun rapport avec celles des steppes. En effet, dans nos rivages l'air est assez chargé d'humidité par le voisinage immédiat du lac, le sol est assez imbibé d'eau qui s'y élève par capillai-ité, pour que les organismes qui y vivent ne soient point ceux des l'égions dessécliées des sables du désert. D'une autre part, f envahissement temporaire par les eaux, le fracas désordonné des vagues, la violence des vents qui balaient la plage sont des causes de mort pour nombre d'espèces qui pouri-aient, sans ces accidents, se plaire dans le sable du rivage.
Les faunes et flores du rivage sont donc à la fois spéciales, et limitées à un nombre restreint d'espèces. Ce qui s'en rapproche le plus sont les sociétés biologiques des grèves des rivières.
Le i-ivage est recouvert localement par des amas souvent considéi-ables de débris organiqLies rejetés par les vagues; branches, feuilles, coquilles, carapaces de Crustacés, poussières diverses, y forment des monceaux de matières organiques, végétales et animales, qui devraient faire la joie des animaux omnivores. Je dois cependant ajouter que j'ai souvent creusé dans ces tas de fumiers pour y recherchei' la faune que je suppose y habiter, et que j'ai toujours été étonné par l'absence apparente d'organismes vivants. Exemples : golfe du Bouveret, golfe du Parc de Morges.
Je rappelle que je divise la grève en trois zones : la grève exondée, la grève inondable et la grève inondée. La première représente le rivage; la seconde lui appartient quand les eaux sont basses; la troisième zone, la grève inondée, appartient au littoral.
1'^ La grève exondée n'est jamais envahie par les eaux; elle peut être ari'osée par les vagues de tempête, mais elle n'est jamais submergée. C'est ce qui lui donne son caractère biologique. Elle est habitée par des espèces végétales aériennes de la flore des sables et des graviers, qui recherchent l'eau par leurs racines profondes, qui se plaisent dans une atmosphère humide. Ce sont des plantes de sables et non des plantes d'êau (').
Nous citerons dans cette flore de la grève exondée d'après la liste que m'a donnée le professeur D'' E. Wilczek, à Lausanne : Sedum rapestre, Scroplndana (■aitina, Se. nodosa, Cladium MariscKS, Poa rnhella, Fesluca ruhra var. f/laiieescens, Agropyrum f/laucum, var. interrnediiiui , Ei'Kcai^tnon l'oUlclvu, Poa pratensis \av.h h inUis, Pliraginiies cominioiis, etc.
Sur la grève exondée, dans les sables, sur les cailloux, les murailles, dans des stations sèches, et très sèches, vit une florule de Mousses psammophiles; im certain nombre de ces plantes sont caractéristiques pour le climat spécial des rives du lac. En voici la liste dressée par le D^' J. Aman n C-^) :
Ceralodon purpiireus.
Barhula mclïnala.
B. tortuosa.
B. convoluta.
B. riiraUs.
B. squarrosa.
Bacomitriuyn canescens.
Bryum argenieum.
B. versicoloi'.
B. badin m.
B. capUlare.
B. pseudolrhjiiel rnin.
Br]jnin lorquescens.
B. caespiticmm.
Thuid'miU ahielinuni .
T. delieatidum.
Rhyn ch ostegiu m m egapoUlan um.
Brachylhechim salebrosion.
B. rutahulum.
B. aVbicans.
Hypnuni chrysophyllaui.
H. stellatum.
HylQcorniuni rugosiim.
H. irïquelrum.
En fait d'animaux nous voyons courir sui' la grève exondée les Oiseaux omnivores qui fouillent dans les débris organiques entassés par
(1) E. Wilczek me fait remarquer que la florule de la grève exondée a un caractère nettement xéroplij'tique, tandis que la florule murale présente un curieux mélange de types xérophytes et de types ayant de grandes exigences au point de vue de l'iiumidité.
{-) J. Amanii, If) mai 1900, *// UU.