II
Îi88 LK LIBELLISTE.
laquelle flollait encore de la fumée. A moi , mes amis! écharpons ces misérables! jetons leurs têtes dans l'Hôtel-de-YiHe.
Il n'avait pas achevé qu'une décharge terrible foudroya la multitude, et abattit à ses pieds plusieurs de ses amis.
Les assiégés, exaspérés, avaient recommencé de tirer à outrance , le peuple et les soldais ripostèrent; cette lutte insensée se ranima d'une indicible furie; et bientôt la place entière disparut sous un nuage noirâtre , tendu comme un rideau funèbre sur cette scène d'horreur.
^V^oiei-ie-miel
La nuit fut triste et longue pour tous , chez Miron.
Henriette se leva de grand matin, pour écrire, après de longues méditations, cette lettre où elle s'efforçait d'inspirer a son amant une espérance qu'elle n'avait pas. ,
Quand sa mère vint la trouver au bout de deux heures, elle était; encore à la même place
où elle s'était assise après avoir remis son billet au laquais.
Pour apprécier la profonde tristesse qui abat la jeune fille, il faut considérer de près ses yeux cernés, son teint fatigué , sa belle tète fléchissant sur sa poitrine; car l'empire qu elle garde encore sur elle-même lui permet de concentrer son chagrin de peur d'ajouter h celui des autres.
Les sentimens qui affectent madame Miron s'expriment au-dehors avec moins de contrainte. Elle étouff^erait s'il lui fallait contenir la manifestation des plus poignans soucis qu'elle ait éprouvés de sa vie.
Ces caractères gais , aux impressions mobiles et promptes, quand ils ne sont pas cuirassés d'une insouciance égoïste, supportent d'autant moins les malheurs subits des objets de leurs aff'ections , qu'ils se sont peu prémunis à Tavance contre leur éventualité : leur vivacité même est alors un tourment de plus.
La douleur de madame Miron avait quelque chose de l'agitation fiévreuse et colérique qu'excite un violent désappointement; mais un coup d'œilsur sa fille en changea l'expression: des larmes lui vinrent aux yeux, elle lui enlaça