Schrader et Gallouëdec, Géographie de l'Europe, p
Ja A ne touire à l'individu.
grès de la civilisation humaine en perfectionnant le bien-être, semblerait permettre, une vie moins labo-
rieuse, mais ce besoin d'effort constant subsiste aux
conditions qui l’ont fait naître, et c’est sous la forme
d'activité commerciale, industrielle ou physique, que il se manifeste alors (1).
Cependant si, au dehors, la nature se présente à l’homme soùus un aspect aussi peu séduisant, on serait tenté de croire qu'elle a voulu se le faire pardonner par la fertilité du sol et la richesse du sous-sol. Longtemps l’agriculture a produit plus de blé qu’il n’était nécessaire à la consommation nationale, et elle a ainsi ouvert le champ à l'exportation ; la houille y étend sa bande allongée, et vient finir dans le pays de Galles, après avoir traversé l’Europe du Nord-Ouest; il n’est pas un centre industriel important qui soit à plus de 200 kilomètres d’une mine de fer ou de charbon. Entourant l’archipel de sa « ceinture d’argent », la mer permel à ses habitants de se livrer en sécurité aux occupations pacifiques, sans craindre, comme les pays continentaux, les risques d’une invasion étrangère et sans être obligés, pour s’en défendre, de faire appel à la force d’un gouvernement central puissant. Opposant aussi une barrière presque infranchissable aux mélanges de sang, elle
1. E. Boutmy. Essai d'une psychologie politique du peuple anglais au XIX° siècle, p. 9 et suiv.
Ja chaleur Ra nécessaire à la résistance. La réalisation des pro-
toujours tournés vers elle; son voisinage ne contribue-t-il pas, en outre, a tremper leur caractère? Si le poisson qu'elle renferme constitue une mine inépuisable de richesse, sa capture n’est PE sans offrir de nombreux périls : forçant les marins à affronter, par tous les temps, la rigueur des éléments, la pêche endurcit ceux qui s’y livrent, et les accoutume à ne compter que sur eux-mêmes aux heures de danger. Non contents, du reste, d’y chercher la subsistance | journalière, les hardis navigateurs s’élancent bientôt sur l'Océan, où ils trouvent une route idéale pour aller demander aux pays, proches ou lointains, les produits que leur refuse leur sol, ou y porter ceux dont ilse montre prodigue. « Ces fiers boutiquiers, « dit d'eux Byron au dixième chant de Don Juan, « portent leurs marchandises et leurs lois d’un pôle « à l’autreetils se font payer un tribut par les vagues « elles-mêmes. » (1). La découverte de l'Amérique, la déportation ou l’exil volontaire des puritains qui, chassés d'Angleterre au début du xvre siècle, y vont fonder les premières colonies anglaises, donnent libre carrière à ces sentiments aventureux. Déjà gonflés d’orgueil par la facile victoire de Drake sur
1, À. Fouillée. Esquisse psychologique des peuples européens, DEV.
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conserve acts Es traits des. races s indigènes primi- | tives | ou des premiers envahisseurs. ; 4 Oncomprend, dès lors, l'amour que portent à cette ë mer protectrice les insulaires, dont les yeux sont
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1; invincible Fans les marins rêvent es la domi- . nation de l'empire des mers. Snecessivement s ’effondrent devant eux la puissance navale de la France et
celle des Hollandais auxquels ils ravissent le titre de
«rouliers des mers ». Grâce à sa position géographie
que, qui commande les routes de F Atlantique et du Pacifique par le cap de Bonne-Espérance, débarrassée de ses dangereux rivaux, l'Angleterre ne tarde
pas à devenir l'entrepôt de l'Europe et, de tous les .
points du globe, les matières premières ou les produits manufacturés viennent se concentrer dans les docks de ses ports.
Malgré l'importance qu'il convient d’attacher au climat et au milieu physique dans la formation du tempérament brilannique, dont la base est constituée par l'indépendance et l'initiative individuelle, il serait injuste de négliger l'influence héréditaire dont les Germains, premiers envahisseurs des îles, n’ont pu manquer de laisser des traces. Comment en douter, d’ailleurs, après avoir lu le portrait si vivant qu'en peint Tacite, dans son ouvrage sur leurs mœurs, et où nous retrouvons tous les traits que les analystes ont déméêlés chez l'Anglais contemporain. «€ Aimant ombrageusement leur liberté, ils « vivent, dit-il, dans des maisons isolées, le roi n'y & a point de pouvoir arbitraire, ils obéissent et se
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x der ouert à à un chef et à ses descendants, dont Te « forment le «comitatus », mais ils conservent l’ins- « tinct de révolte et l'impatience à à plier le col sous
« la discipline plus sévère dont l'Etat est le centre et
€ le principal ressort. » (1).
L’individualisme, résultat de ce concours de circonstances physiques et ataviques, se manifeste par la concentration de la personnalité : peu distrait par le spectacle de la nature, dont il ne reçoit que des sensations affaiblies, l'Anglais n'éprouve pas le besoin de communiquer à autrui ses impressions ou de les recevoir ; il se replie en lui-même, s’habitue à ne chercher qu’en soi les éléments de résistance et de détermination, ne soumet ses actions qu'au tribunal de sa conscience, sans souci des conséquences qu’elles produiront sur ses semblables ou de lopinion quils pourront avoir de lui. Est-ce à dire, cependant, qu’il méconnait les bienfaits de l’union et la puissance de l’action collective? Bien au contraire, et ce n’est pas un des traits les moins curieux de son tempérament, que cette conciliation de l’individualisme et de l'esprit d'association. C’est qu’alors, en effet, intervient le facteur que nous dégagions plus haut : l'amour inné de l'effort pour l'effort. L'association s'offrant un but précis, s’attachant à la réalisation d’une réforme déterminée, permet à chacun de ses membres d'exercer son activité dans
1. E. Boutmy, op. cit., p. 14 et suiv.Taine. Notes sur l'Angleterre.
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le domaine restreint qui lui a été assigné, et cela
luisuffit (1). De bonne heure, d’ailleurs, la lourdeur du joug que faisait peser sur le peuple la domination
du conquérant normand, en unit tous les éléments dans un esprit de résistance. Ne pouvant, comme il
le fit plus tard en France, mettre à profit les divi-
sions intestines qui déchiraient les classes, le roi se vit contraint de céder à la pression unanime de ses sujets soulevés. Dès le xim° siècle, pendant que l'Europe languissait sous l’étroite sujétion du régime féodal, la magna charta, arrachée au roi Jean par ses barons, posait les grands principes de la liberté individuelle : nul ne peut être taxé que par les représentants de la nation, arrêté que sur un ordre exprès émané d’un magistrat régulier, emprisonné ou privé de sa propriété que par jugement d’un tribunal compétent et sur le verdict d’un jury (2). Toutes les réformes ultérieures n’en furent que le développement ou la confirmalion et les diverses tentatives réactionnaires de la monarchie se heurtèrent à l'opposition et à la révolte du peuple armé.
Le souverain n'apparaît plus alors comme un être privilégié que sa situation met à même d’user arbitrairement de son pouvoir: un contrat en bonne forme obtenu l'épée à la main, au temps de sa détresse, le lie à la nation et limite ses droits et ses
attributions. La tradition, le tempérament s'unissent