DE LA LIBERTÉ D*ASSOCIATION
dations en apparence frivoles et vaines, associations pour le plaisir, pour la conversation, poulies récréations littéraires ou musicales, malgré leur inanité, sont utiles encore en ce sens qu'elles valent mieux que l'isolement. Quant aux associations sérieuses, pour la science, pour Tindustrie, pour Fagriculture, pour le commerce, pour la propagation d'une doctrine, d'une philosophie, d'une religion, elles sont la forme normale elle-même de Tactivité humaine, et c'est avec grande raison que M. Durkheim a dit que « toute nation où l'esprit d'association s'éteindra est condamnée à périr dans un bref délai » .
L'Etat, certes, est une association ; mais, dans les temps modernes, avec des nations de quarante, de cinquante, de quatre-vingts millions d'hommes, l'Etat est une association qui associe de trop loin les hommes, un réseau qui les enserre de trop loin et de trop haut pour les soutenir. Ajoutez qu'il n'est pas une association choisie par les associés, que par conséquent les associés ne se livrent pas à lui, à ses intérêts et à son développement et à sa gloire de la même ardeur qu'ils se consacrent à une association choisie par eux, créée par eux. Entre l'Etal et l'individu il faut des associations à la fois plus proches de l'associé et qui soient directement son œuvre pour l'enserrer étroitement et obtenir de lui, avec plaisir de sa part, le maximum d'effort libre et d'activité.
Ce n'est que dans Tassociation que l'homme n'est pas seul (je demande pardon pour le truisme); car dans l'Etat il est seul en ce sens qu'il est passif et qu'il donne ce qu'on lui demande, non pas ce qu'il veut donner, ce qu'il tient à donner, ce qu'il prend plaisir à donner, ce qu'il donne passionnément, de soh activité, de son ardeur, de son intelligence, de sa force et de son cœur. Mais précisément ce que 1 Etat a une tendance naturelle à vouloir, c'est que l'homme soit seul et qu'il n'y ait rien entre l'Etat et l'individu. Il a une défiance naturelle des associations comme de quelque chose qui lui ressemble et qui rî'est pas lui^ et que par conséquent il considère comme on considère un j rival.
Le paralogisme, ou le sophisme, est amusant:
de ce que l'Etat est une association, l'Etat conclut ou feint de conclure que les associations sont des Etats. La réciproque n'est pas vraie. L'Etat est une association pour la police et pour la défense, et par conséquent est une association armée, en un mot il est un Etat. Les associations sont des fédérations pour tel ou tel objet particulier, ne sont pas armées, ne doivent pas l'être, seront dissoutes avec beau- j coup de raison et de plein droit si elles le sont, sont ' volontaires et non obligatoires, petites ou grandes, selon les cas, temporaires et non éternelles, ^^ sont des groupes d'où l'on peut sortir et où Von peut rentrer à son gré ; en un mot n'ont aucun d-^^
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caractères de TEtat, et le mot « Etat dans FEtat » n*a absolument aucun sens.
11 pourrait s'appliquer, non seulement aux associations, mais à quoi que ce soit qui n'est pas l'Etat lui-môme. Savez- vous bien qu'un père de famille au milieu de ses enfants est un Etat dans l'Etat? Certainement; car il commande, s'il a du caractère, ce qui du reste est rare, il a des agents de sa volonté, des associés à ses desseins, et il est une puissance qui limite l'omnipotence de TEtat. Abolissez la famille.
Savez-vous bien qu'un propriétaire est un Etat dans l'Etat? Certainement; car sur une portion du sol il fait des travaux, des modifications, des changements bons ou mauvais, comme si ce sol lui appartenait; il administre ; il dispose à son gré d'une partie du territoire ; il est un roi, un roi d'Yvetot, mais un roi. Il est un Etat. Abolissez la propriété.
Savez-vous bien qu'un individu, célibataire, parfaitement isolé, est un Etat dans TEtat ? Commeat donc? Mais certainement. Cet homme aune volonté! Cet homme a une initiative! Cet homme se permet d'avoir une idée. Mais, il limite l'Etat ! Il y a en dehors de l'Etat quelqu'un qui a la prétention <ie rouler son tonneau où il lui plaît, quelqu'un qui * la prétention d'être quelqu'un. 11 limite l'Etat ^'Etat s'arrête à son seuil. Donc sa maison ou sa chambre est un Etat dans l'Etat.
A la vérité, il n*est pas armé ; il n'est pas fédéré avec d'autres; il n'a pas d'enfants, ni de serviteurs ; il n'a pas de terre qu'il remue à son gré ; mais encore il a une volonté dont il dispose et une chambre où il ne permet pas qu'on gouverne et qu'on déplace les meubles. 11 est un très petit Etat dans l'Etat. Ce ne devrait pas être permis. Abolissez la liberté individuelle.
Et c'est bien pour cela que les socialistes, qui sont les plus logiques des hommes, sont à peu près aussi ennemis de la famille que de la liberté individuelle, et de la liberté individuelle que de la propriété.
Tout pour l'Etat, tout par l'Etat, l'Etat partout.
Et tout ce qui n'est pas l'Etat et ne veut pas être absolument confondu en lui et absorbé en lui est accusé d'être et de vouloir être un Etat dans TEtat ou plutôt un Etat hors de TEtat.
Rendons aux mots leur sens exact. Toute association qui ne s'occupe pas des fonctions naturelles de l'Etat, toute association qui ne prétend point s'occuper ni de police ni de défense, toute association qui n'est pas armée, toute association qui n'a aucun de ces caractères, est légitime tout autant que la liberté individuelle, que la famille, que la propriété ; elle n'empiète nullement sur les droita rationnels et raisonnables de l'Etat; elle n'est pas nuisible à la nation, elle lui est souvent utile; elle lui est toujours utile en ce sens que ce qui serait à
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1 place vaudrait moins qu'elle ; elle est Texercice ^gilime et salutaire d'un droit de Thomme. La déclaration des droits qui a admis le droit de ^ réunion » a admis implicitement, peut-être sans \e vouloir, le droit d'association ; car Vassociation fi'eU que la réunion gui se prolonge et gui se répète, et la Déclaration n'a pas voulu dire sans doute qu'un certain nombre d'hommes auraient le droit « de se réunir paisiblement » ; mais qu'ils n'auraient ce droit qu'une fois en leur vie. — - Le droit d'association est un droit deThomme et du citoyen.
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