PRÉFACE
Il faut regarder comme perdues tontes les heures qu'on n'a pas employées à éclairer les hommes et à les émanciper.
Répandre l'instruction, répandre la liberté, c'est la même fonction et le môme service.
En Tain serait-on affranchi de toutes les ontraves sociales : si Ton ne trouvait au deflans de soi la force nécessaire pour régler et diriger sa propre activité, on se fatiguerait sans profit pour soi et pour les autres, car le mouvement sans but est une fatigue et Ji'esl
Il PRâFACI
pas un acte. Réciproqucmont, voir par les lumières de la science et de la raison l'usage qu'on pourrait faire de soi-même et se sentir enchaîné paf des préjugés et des règlements ineptes, c'est un état contre nature, inconciliable avec la paix de l'âme et l'ordre de la cité. Disposer librement de sa pensée pour disposer librement de sa force, Toilà le citoyen, voilà riiomme.
Il y a sans doute une grande différence entre remuer des idées et trïinsformer en tissu une balle de coton.
Avant 1789, le lieutenant de police pouvait mettre Voltaire à la Bastille pour un délit de presse, c'est-à-dire pour un délit qui n'en est pas un ; mais le roi de Prusse aurait réclamé; les salons se seraient insurgés; le Parlement aurait parlé ; le roi, malgré les évêqaes, aurait cédé. Dans le même temps, si un honnête homme n*ayant que ses bras et son habileté, sans brevet de maîtrise, avait fait une
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paire de boites, ooosu un habit ou fabriqué 006 armoire, on l'aurait jeté aux galères, el personne n'aurait crié au ciel, si ce n'est peutêtre l'auteur de la préface de V Encyclopédie. La loi, dans ces Ages heureux, traitait le tranûl de la pensée comme le travail de la main, e^eal-è-dire qu'elle les soumettait Tun et Tau- Ire au régime du bon plaisir; mais l'instinct de la justice, qui allait éclater et triompher par la Révolution française, réclamait d'abord pour le travail de la pensée, qui est son instrument propre.
Il se produit aujourd'hui, à la suite d'une longue oppression, un sentiment de liberté qui achèvera de donnera la Révolution française son caractère. Non-seulement on se dégoûte des libertés incomplètes et l'on en aperçoit le piège ; mais on comprend aussi que la liberté, dans un ordre de faits déterminé, a besoin des autres libertés pour être entière, et même pour être vivante. Ce n'est