‹ Le liquide céphalo-rachidien, normal et pathologiqueChapitre 88 sur 329 · III. — Matières minérales · texte numérisé non relu

III. — Matières minérales

Le total des matières minérales est de 8 gr. 73 en moyenne, nous l’avons vu, à l’état physiologique (p. 124).

Ces substances sont essentiellement constituées par des chlorurureset des bicarbonates. Les phosphates, \es sulfates, les nitrates n’y existent qu’à l’état de traces.

De ces sels, ceux de sodium sont de beaucoup les plus abondants. Le potassium, le calcium, le magnésium, qui se rencontrent également dans le liquide céphalo-rachidien, ne viennent que bien après. Le fer ne peut être décelé qu’à l’état de traces ; la présence à' aluminium est douteuse.

Tels sont, en quelques lignes, les corps que nous allons considérer dans les pages suivantes.

LlyUlDH NOltMAL

CHLORURES

Il en est des chlorures comme de Valbiimine : beaucoup de chif- IVes, mais peu de valeurs utilisables (1).

11 lie reste à retenir, comme valeurs « normales », que deux chillres de Wolf (1901), qui sont respectivement: 7 gr. 20 et 7 gr. 40 ; et les moyennes de Nobégourt et Voisin.

Ces dernières, obtenues chez des hérédo-syphilitiques, des otites, et des enfants atteints de diverses afïections, demeurent cependant intéressantes, car elles nous montrent combien, malgré la diversité des cas considérés, le chiffre des chlorures, en dehors de V inflammation des méninges, est relativement stable, ce qui n’était certes pas l’impression qui se serait dégagée d’un coup d’œil jeté sur les anciennes valeurs, profondément pathologiques et quelquefois erronées.

Voisin a repris dans sa thèse les diverses délerminalions qu’il avait faites avec Nobégourt et place la « normcde » entre 7 gr. 34 et 7 gr. 45 de chlorure de sodium par litre (2).

Recherches personnelles. — La considération d’un grand nombre de déterminations auxquelles je me suis livré sur des malades divers, sans inflammation méningée, me ferait à mon tour indiquer copfime moyenne :

7 gr. 30 à 7 gr. 35

Mais je ne veux considérer ici que les chiffres obtenus sur des sujets chirurgicaux, choisis comme je l’ai indiqué, sans antécédents ou maladie actuelle, et qui seuls peuvent oftrir pour le liquide obtenu toutes garanties d’une nature réellement normale. 27 déterminations déjà rapportées au tableau n° 3 m’ont donné ainsi une moyenne de :

7 gr. 32 par litre

(1) De nombreuses déterminations se rapportent en effet à des liquides considérés à tort comme normaux, et en réalité franchement pathologiques. D’autres sont entachées d’erreurs, par suite de l’emploi de liqueurs inexactes, d’instruments de mesure faux ou de négligences de cet ordre (\'oyez p. 36).

(2) Il s’agit, comme je l'ai dit, de déterminations effectuées sur divers malades ; 12 nerveux chroniques ont donné à ces auteurs la moyenne de 7,40 ; 11 enfants, dont 5 infectés : 7,45 , 14 otites moyennes: 7,34, etc.

HICARBONATES

Les valeurs trouvées oscillent seulement entre : 7 gr. 25 et 7 gr. 40 (1).

Sur un ensemble de 20 liquides normaux, je suis arrivé au chiffre de 7 gr. 33, qui ne saurait être plus voisin de la moyenne précédente.

Je conclus donc :

Que le laiix physiologique des chlorures varie enlre des limites peu étendues. La moyenne exprimée en NaCl étant de :

7 gr. 32 par litre

Ce chiffre est supérieur à celui que l’on rencontre dans le sérum (2).

FLUORURES.

Le fluor a été signalé par Muller, 1885 (liquide d’hydrocéphale, alb. 0,27 — d. 1007,4. — Enfant de 3 ans).

BICARBONATES.

Le liquide céphalo-rachidien renferme un taux assez élevé d’acide carbonique combiné à la soude sous forme de bicarbonate. La réaction à la phénol-phtaléine est en effet neutre ou sensiblement telle.

La chaleur ou le temps font apparaître par dissociation une réac- . tion alcaline.

J’ai dosé sur des liquides normaux, à l’aide de la phtaléine, à chaud et par retour (3), des alcalinités de :

1 gr. 15, 1 gr. 20, 1 gr. 29 et 1 gr. 37. en CO W . Ce qui donne une moyenne de 1 gr. 25.

Cette alcalinité exprimée en bicarbonate de soude donne 1 gr. 98 et correspond à une quantité d’acide carbonique combiné que

(1) Une fois seulement j’ai trouvé une valeur de 7 gr. 60, qu’un examen plus attentif du sujet, que celui que j’ai pu faire, dans ce cas spécial, m’aurait certainement expliqué.

% (2) Voyez plus loin S™* sous-division l’explication de ce fait.

(3) La phtaléine ne dose dans ces conditions que l’alcalinité des carbonates et des bicarbonates et la troisième basicité des phosphates.

ijyùiDK normal

Mott (p. 125) a seiisiblemciil relroiivé clans l’analyse des gaz rachidiens en milieu acide.

La loLalilé de l’acide carhonicpie « combiné » est donc bien sous forme de bicarbonate dans le lic|uide frais, comme semblait l’indicjuer la réaction neutre trouvée à la phtaléine.

PHOSPHATES

Diverses formes du phosphore rachidien.

La dénomination de « phosphates » en matière de liquide céphalorachidien désigne en réalité toutes sortes de formes du phosphore qu’il importe de préciser.

On peut en effet envisager : 1° Le phosphore des phosphates libres, obtenu en opérant avec certaines précautions sur le liquide de ponction lui-même, par l’urane par exemple ; 2° Le phosphore organique (Ph. des lipoïdes et des albumines) ; ho, phosphore totale déterminé sur les cendres.

Ce que les auteurs (Donath 1904, Schumm 1908) ont dosé est en réalité un mélange de phosphore des phosphates et de phosphore lipoïde, ces derniers étant partiellement libérés par l’action des réactifs (dosage sur un extrait acétique, mais non incinéré du liquide céphalo-rachidien).

Les quelques cas que l’on pourrait emprunter à Donath (1904) pour constituer une « normale» (1) fourniraient une moyenne de 0 gr. 054 en P‘^0^ par litre. Les chiffres d’AppELT et Schumm (1908), que leurs auteurs nous donnent pour plus exacts, porteraient ce taux à 0 gr. 043 (2).

De Buck et Forbes, qui ont dosé les phosphates libres, nous donnent des chiffres infiniment trop élevés, qui n’ont aucune signification. Sans grand intérêt pour ce qui nous concerne sont encore certains chiffres anciens (3).

(1) Dans cette moyenne, nous avons compris les 9 malades suivants : 2 mélancoliques avec 0,080 et 0,60; 2 anémiques avec 0,060 et 0,064; 1 neurasthénique, 0,028 ; 1 hystérique, 0,065 et 0,072 ; 2 scléroses en plaques, 0,045 et 0,049.

(2) Ces déterminations normales portent sur : 3 délires alcooliques, 1 épilepsie jacksonienne, 1 tumeur, 1 apoplc.xie, 1 artério-sclérose.

(3) Il s’agit de dosages effectués sur des liquides d’hydrocéphales. Berzé-

PIIOSPliAtLlS

Quelles qu’elles soient, toutes ces valeurs sont encore trop élevées pour être réellement physiologiques.

Recherches personnelles. — Je n’ai pas fait une étude complète du phosphore rachidien, néanmoins les chiffres déjà obtenus présentent la question sous un jour différenl.

Phosphales libres. — Sur un liquide d’hydrocéphalie par gliome du cervelet, n’ayant eu aucun retentissement méningé sensible, dont j’ai pu disposer d’une quantité suffisante, j’ai dosé les phosphates par l’azotate d’urane et trouvé :

0 gr. 012 en libre par litre,

chiffre fort différent de ceux de de Buck (1), mais qui s’accorde bien avec le total dosé sur des liquides normaux,

P-0^ lolal. — (Organique et inorganique).

Sur un ensemble de 20 liquides normaux, par une méthode précise (p. 40), j’ai trouvé un chiffre moyen :

0 gr. 29 par litre (en P’^0^)

Un nouvel ensemble de six liquides également normaux m’a donné une valeur de :

0 gr. 031 par litre (en P^O“).

Leur concordance est absolue.

Je considère donc la moyenne de 0 gr. 030 de P'^0'' comme représentant le phosphore lolal du liquide céphalo-rachidien physiologique.

Phosphore organicpie. — La différence :

.30 - 12 18 milligr. de P^O^

donne le phosphore organique (lécithineS; albumines) (2).

Nous pouvons donc résumer ces faits en disant: Que le liquide céphalo-rachidien normal renferme 30 milligr. de P^^O^, lolal sur

Lius (1833), Mulder, Marchand, Ch. Robin, donnent pour les phosphates terreux des valeurs variant de 0 gr. 090 à 0 gr. 100. T. Panzer (1899) donne en piOa 0 gr. 051 ; J. -H. Coriat (1903) 0 gr. 090 ; Patein, C. Schmidt (1850), Yvon, Hilger (1881), Guerbet (1899), toujours en P^O^i, indiquent des chiffres variant de 0 gr. 400 à 0 gr. 800. Mais il s’agit alors là de cas nettement pathologiques présentant des doses élevées d’albumine.

(1) De Buck opérait sur de trop petites quantités de liquide.

(2) Pour ces différences (phos. organique), Donath a trouvé : 25 mmg^ (1 mélancolie) ; 10 mmg. (1 anémie) ; 7 mmg. (1 épilepsie). — Schumm une fois : 8 mmg. (délire alcoolique) et 0,00 dans une méningite.

LKJL’iDE NOMMAL

lesquels 10 à 12 sonl dus aux pliospliales libres; la difj'érence 18 millùjr., représenlanl le phosphore organique (1).

SULFATES

et soufre du liquide céphalo-rachidien.

Les sulfates sont encore moins connus que les phosphates. Ils n’existent à l’état normal qu’en très faibles proportions.

J’ai dosé comme sonZ/’e /o/a/ (dosage des sulfates dansles cendres); sur un liquide d'hydrocéphalie consécutive à un gliome du cervelet : 0 gr. 080 par litre (en SO^) (2); un ensemble de vingt liquides normaux m’a donné: 0 gr. 028 (tableau n°2). Cependant le chiffre habituel est plus élevé.

Une ancienne sclérose en plaques, très améliorée, et pré.sentant actuellement un liquide presque normal au point de vue chimique et cytologique, en a fourni le chiffre de: 0 gr. 071.

Deux liquides normaux m’ont donné des valeurs assez voisines, mais plus faibles que la précédente :

0 gr. 0490. Opérée de hernie.

(Service Forgue.

Albumine : Ogr. 26) et Ogr. 0497. Individu absol. normal.

(Service Rauzier.

Albumine: 0 gr. 20).

Un tabès me donnait un chiffre plus élevé : 0 gr. 090.

(1) Les chiflres des phosphates libres dialysables du sérum sont intéressants à rapprocher de nos chiffres (Voyez les notes du tableau n“ 6).

Sertoli trouve chez l’homme 0,025

Mroczkowski pour le veau... 0,009

— — mouton 0,032

— — chien.. 0,042

chiffres très voisins de ceux que nous trouvons dans le liquide céphalorachidien.

(2) On a encore trouvé dans V hydrocéphalie (quelques-uns de ces liquides sont normaux, d’autres pathologiques. Voyez 2“® partie) calculé en SO^ ; Mulder (1833), 0,073; Schmidt (1850), 0,044; Rodin (1874), 0,104; Yvon (1874', traces; Panzer (1899), 0,161; Savin {in Wolf, 1901), traces; IIilger 0,130. Valeurs par litre.

SULFATES. — NITRATES. — NITRITES

Les trois premières déterminations ; 0 gr. 071, 0 gr. 049, 0 gr. 0497 fournissent une moyenne générale de :

que je considère comme plus exacte que le chiffre de 0 gr. 028, indiqué au tableau n° 2.

Le soufre des sulfates, celui que l’on peut doser par addition directe d’acide acétique et de BaCP au liquide céphalo-rachidien, est toujours très peu abondant. C’est à peine si, dans ces conditions, l’on perçoit un faible louche, qui peut s’évaluer à 10 milligrammes de SO^ par litre environ.

nitrates et nitrites.

Les nitrates existent dans le liquide céphalo-rachidien comme dans la plupart des liquides ou des sécrétions organiques. Ils reconnaissent comme origine les nitrates sanguins, eux-mêmes sous la dépendance des nitrates alimentaires.

Normalement on ne rencontre que quelques milligrammes de nitrate par litre dans le liquide céphalo-rachidien, comme je l’ai indiqué en 1909.

Ce fait résulte : a) de la réaction positive obtenue par la diphénylamine ; b) de l’existence, à l’étal physiologique, d’une légère perméabilité aux nitrates, qui fait que ces sels se retrouvent dans le liquide céphalo-rachidien lorsqu’ils existent en petites quantités dans le sang, comme c’est le cas ; c) de l’apparition avec le temps, par réduction d’une réaction, des nitrites dans un liquide conservé, avec disparition de la réaction des nitrates.

Huit sujets soumis à un régime mixte m’ont lourni le chiffre ‘mogen de 9 mmgr. 2 à'azotate de sogde par litre.

Les nitrites ne se rencontrent pas sur des liquides de ponction frais. Ils apparaissent avec le temps, même en milieu aseptique, semble-t-il.

Bases du liquide céphalo-rachidien

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