Tome I, pages 1 el 2. (L'amour des livres
Lu i>/us ancienne mention d'une bibliothèque et le /tins ancien jugement porté sur les livres datent... du roi d'Egypte Osymandias....
Sur les livres et les bibliothèques chez les Égyptiens, on lit, dans YHistoire ancienne des peuples de l'Orient par M. G. Maspkro (pp. 68-70) : « Dans un des tombeaux de Gizéh Memphis], un grand fonctionnaire des premiers temps de la sixième dynastie [environ 4000 ans av. J.-C. : cf. Larousse, Grand Dictionnaire, t. VII, p. 270, col. 2, art. Egypte] prend le titre de Gouverneur de la maison des livres. Cette simple mention, jetée incidemment entre deux titres plus élevés, suffirait, à défaut d'autres, pour nous démontrer le développement extraordinaire qu'avait pris dès lors la civilisation égyptienne. Non seulement il y avait déjà une littérature, mais cette littérature était assez considérable pour remplir des bibliothèques, et son importance assez grande pour qu'un des fonctionnaires de la cour fût attaché spécialement à la « Conservation » de la bibliothèque royale. Il avait sans doute à sa garde, avec les œuvres contemporaines, des livres écrits sous les premières dynasties, des livres datés de Mîni et peut-être des rois antérieurs à Mîni. Le fond de cette bibliothèque devait se composer d'ouvrages religieux, de chapitres du Livre des Morts, copiés d'après les textes authentiques conservés dans les temples; de traités scientifiques sur la géométrie, la médecine et l'astronomie; de livres historiques où étaient conservés les dits et faits des anciens rois ensemble [en
même temps que] le nombre des années de leur vie et de la durée exacte de leur règne; des manuels de philosophie et de morale pratique; peut-être aussi quelques romans. Tout cela, si nous l'avions, formerait « une bibliothèque qui serait bien plus précieuse « pour nous que celle d'Alexandrie ». (E. de Roi Recherches..., p. 75); par malheur, nous ne possédons plus de tant de richesses que les fragments d'un recueil philosophique. Pour tout le reste, nous en sommes réduits à de rares indications, qui, éclairées et complétées au moyen des données monumentales, nous permettent à peine de déterminer avec quelque certitude l'étendue des connaissances qu'avaient alors les Égyptiens. »
Louis Ménard i 1822-1901)1 ne partage pas l'opinion émise ci-dessus par le célèbre égyptologue Emmanuel de Rougé (1811-1872), et il écrit, dans son Histoire des anciens peuples de V Orient (p. 42): « Quand M. de Rougé dit que la bibliothèque de l'ancien Empire serait plus précieuse pour nous que celle d'Alexandrie, il pou--' un peu trop loin le culte de l'archéologie: toute la littérature égyptienne, d'après ce que nous en connaissons, ne vaut pas une tragédie de Sophocle ou d'Eschyle, et rien ne consolera l'humanité de la perte des chefs-
1. « Louis Ménard était un solitaire, dit M Henry IIoii> saye. Il vivait on stylite au sixième étage «le sa vieille maison, Il dédaigna les académies, les honneurs, la célébrité Tout, sauf l'étude, lui semblait chimère. Gomme ce Grec qui faisait les statues dans une île déserte. Ménard écrivaitpour lui seul. C'est, en quelque sorte, malgré lui qu'il avait des lecteurs, des admirateurs. » (Revue universelle, 15 avril 1901, p. "58.) Sur Louis Ménard, voir aussi un curieux article de M. Maurice Barrés, dans la Revue bleue, 12 juillet 1902, pp. 50-40 ; — le Tombeau de Louis Ménard, par Edouard Champion (Paris. Champion, 1002) ; — Fernand Calmettes, / de [Asie et ses mnis, passim (Paris, Molteroz, s. d. et<
d'oeuvre détruits sous Théodose avec le Sérapeion. » A propos de l'ancienne Egypte, de ses livres et de sa
littérature, Louis Ménard dit encore (o]>. cit.. p. 41) : t La littérature égyptienne ne paraît pas avoir coin mencé par la poésie, comme chez les peuples qui n'ont appris que tardivement l'usage de l'écriture. Le papyrus donné par M. Prisse d'Avennes [1807-1879] à la Bibliothèque nationale de Paris est regardé par les égyptologues comme le plus ancien livre du monde. Il contient des fragments de deux traités de morale qu'on rapporte l'un à la troisième dynastie, l'autre à la cinquième. Le dernier, désigné sous le titre d'Instructions /« Phtahotep, contient une série de conseils pratiques pour faire son chemin dans le monde et se diriger dans les circonstances de la vie. C'est d'une platitude et d'une médiocrité banales qui rappelle les moralistes chinois.... »
Je cueille encore cette sentence dans le volume de M. Maspero précédemment cité (pp. 118-119) : « J'ai vu la violence.... C'est pourquoi mets ton cœur après les lettres!... En vérité, il n'y a rien au delà des lettres.... Celui qui connaît les lettres est meilleur que toi par cela seul. » (Le scribe Kiihodi à son filsPepi; douzième dynastie d'Egypte [3700-5400 av. J.-C. : cf. Larousse, op. cil., t. VIII, p. 270, col. 2].)