Tome II, page 15, note 2. (La religion des lettres
« ^incrédulité es/ le plu* grand effort que l'esprit de l'homme puisse faire contre son propre instinct.... » (Abbé Galiant.)
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« ... Il (Diderot) reçut, le soir, ses amis; la conversation s'engagea sur la philosophie et les différentes routes pour arriver à cette science : « Le premier pas.
« dit-il, vers la philosophie, c'est l'incrédulité ». Ce mot est le dernier qu'il ait prononcé devant moi.... » {Mémoires sur Diderot par Mme de Vaxdeul, sa fille, en tête des Mémoires, Correspondance... de Diderot, t. I. p. 56; Paris, Paulin, 1850.) c ... J'ai vu des individus de cette espèce inquiète qui ne concevaient pas comment on pouvait allier la tranquillité d'esprit avec l'indécision. « Le moyen de vivre heureux sans savoir qui l'on « est, d'où l'on vient, où l'on va, pourquoi l'on est « venu! » Je me pique d'ignorer tout cela, sans en être plus malheureux.... Ce n'est point ma faute si j'ai trouvé ma raison muette quand je l'ai questionnée sur mon état. Toute ma vie j'ignorerai, sans chagrin, ce qu'il m'est impossible de savoir. Pourquoi regretterais-je des connaissances que je n'ai pu me procurer, et qui, sans doute, ne me sont pas fort nécessaires, puisque j'en suis privé? J'aimerais autant, a dit un des premiers génies de notre siècle, m'affliger sérieusement de n'avoir pas quatre yeux, quatre pieds et deux ailes. » (Diderot, Pensées philosophiques, xxvin : Chefs-d'œuvre de Diderot, t. II, p. 17; Nouvelle collection Jannet-Picard; Paris, Marpon et Flammarion, s. d.) « Égaré dans une forêt immense pendant la nuit, je n'ai qu'une petite lumière pour me conduire. Survient un inconnu qui me dit : « Mon ami, souffle ta bougie pour mieux trouce ver ton chemin ». Cet inconnu est un théologien. » (Id., op. cit., Addition... vin. p. 58.) « ... A propos, Jacques, crois-tu à la vie à venir? — Je n'y crois ni décrois; je n'y pense pas. Je jouis de mon mieux de celle qui nous a été accordée en avancement d'hoirie....» (Id., Jacques le Fataliste et son maître : Chefs-d'œuvre de Diderot, t. IV, p. 209; même édition que ci-dessu>. « Les hommes n'ont pas besoin de maîtres pour douter », a doctrinalement déclaré le vicomte de Bcnald K//y. H. de Balzac, avant-propos de la Comédie humaine, t. I, p. 7; Paris, Librairie nouvelle, 1860). Hélas! si. les
hommes, surtout quand on leur enseigne, dès l'enfance, {'infaillible et Yabsolu, quand, dès leur bas âge, il> sont dressés à croire, à croire ce que la raison refuse d'admettre {credo quia absurdum), à affirmer, soutenir et certifier, ont besoin de maîtres qui leur apprennent la réserve, la prudence, l'humilité, — en d'autres termes, le doute, « qui est le commencement de la sagesse » (Aristote, ap. Larousse, op. cit., art. Doute), « le doute, qui est l'école de la vérité » (Bacon, ibid. i. Pour racheter la sentence précédente du vicomte de Bonald, rappelons sa fière et sage devise, si contraire aux préceptes de nos arrivistes : « Ne rien demander, et ne se plaindre de personne, est une excellente recette pour être heureux ». (M. de Bonald, Pensées sur divers sujets, p. 172; Paris, Adrien Le Clère, 1817.)