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Tome II, page 95, notes. (Dénombrement des livres

Milan... Bibliothèque Ambrosienne (de saint Ambroise. fondée vers 1608....)

Sur cette célèbre bibliothèque, fondée par le cardinal Frédéric Borromée (Federigo Borromeo), archevêque de Milan de 1595 à 1651, et cousin de saint Charles Borromée, on ne lira pas sans intérêt les détails suivants, extraits de Maxzoni, les Fiancés, trad. Giovanni Martinelli (t. II, chap. xxir, pp. 26-28; Paris, Hachette, 1897) :

« ... Federigo Borromeo conçut le projet de cette Bibliothèque Ambrosienne avec une hardiesse splendide.... Il est à noter que, pour l'orner et l'enrichir de livres et de manuscrits, outre le don qu'il fit de tous ceux qu'il avait déjà collectionnés au prix de tant de soins et à ses propres frais, il expédia huit hommes, les plus érudits et les plus habiles qu'il put trouver, pour en faire acquisition en Italie, en France, en Espagne, en Allemagne, en Flandre, en Grèce, dans le Liban et à Jérusalem. C'est ainsi qu'il parvint à y accumuler environ 50 000 volumes imprimés et 14 000 manuscrits. Il joignit à la Bibliothèque un collège de docteurs (ils furent d'abord neuf et entretenus à ses frais, tant qu'il vécut; après sa mort, les revenus ordinaires ne suffisant plus à cette dépense, ils furent réduits à deux), dont la mission était de cultiver différentes branches d'études, à savoir, la théologie, l'histoire, les belles-lettres, l'archéologie ecclésiastique, les langues orientales; et avec l'obligation, pour chacun d'eux. d'avoir à publier quelque travail sur la matière qui lui était spécialement assignée. Il y joignit aussi un collège appelé par lui Trilingue, pour l'étude des trois langues grecque, latine et italienne: ainsi qu'un collège d'élèves appelés à être initiés et instruits dans ces sciences et dans ces langues, pour plus tard les pro-

fesser à leur tour. 11 y joignit, en outre, une imprimerie pour les langues orientales, c'est-à-dire pour l'hébreu, le chaldéen, l'arabe, le persan et l'arménien; de plus une galerie de tableaux, une autre de sculptures....

i Dans les ordres qu'il laissa relativement à l'usage et à l'administration de la Bibliothèque, on aperçoit un but de constante utilité, non seulement louable en soi, mais, sous bien des rapports, empreint d'une sagesse et d'une délicatesse beaucoup plus grandes que ne le comportaient les idées et les coutumes alors en vigueur. 11 prescrivit au bibliothécaire d'avoir à se tenir en relations avec les hommes les plus savants de l'Europe, afin d'être, par eux, tenu constamment au courant des progrès des sciences et averti des meilleures publications qui paraîtraient en tout genre, pour en faire l'acquisition; il le chargea du soin d'indiquer aux travailleurs les ouvrages qui pourraient le mieux convenir à leurs études; et il lui donna ordre de leur procurer, à tous, nationaux ou étrangers, les facilités nécessaires pour profiter des livres qui y étaient conservés. Une Idle disposition doit aujourd'hui sembler à tout le monde chose trop naturelle, inhérente même à la fondation d'une bibliothèque ; mais alors elle ne l'était pas. En effet, dans une histoire de la Bibliothèque Ambrosienne, écrite (dans le style ampoulé et avec l'élégance de mauvais goût propres à ce siècle) par un certain Pierpaolo Bosca, qui en fut bibliothécaire après la mort de Eederigo, il est noté expressément, comme une chose alors extraordinaire, que, dans cet établissement, fondé par un particulier, et presque entièrement à ses Irais, les livres étaient exposés à la vue de tous, mis entre les mains de quiconque en faisait la demande; qu'on donnait même, à ceux qui voulaient travailler, des sièges pour s'asseoir; du papier, des plumes et de l'encre à ceux qui désiraient prendre des notes; tandis que, dans de certaines bibliothèques publiques très

célèbres d'Italie, les livres n'étaient rien moins que visibles, mais cachés dans des armoires d'où on ne les faisait sortir que par une faveur toute spéciale (ainsi s'exprime notre historien) des présidents, lorsqu'ils daignaient les laisser voir pendant quelques instants. Quant à un endroit et à une commodité quelconques pour l'étude, à pouvoir offrir aux visiteurs, on n'en avait pas même l'idée. De telle sorte que, enrichir dépareilles bibliothèques, c'était soustraire les livres à l'usage général : c'était une de ces cultures, comme il y en avait et comme il y en a tant encore, qui stérilisent le champ. »

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