Tome II, page 200. (Les journaux
La presse est de plus en plus Vinstrument et la chose des chevaliers de la finance.... La publicité vénale, Fannonce tarifée a tué toute appréciation sincère....
Déjà, en 184c, Alphonse Karr écrivait, dans ses oes i juillet 1845; t. VI, pp. 73-74; Paris, Calmann Lévy, 188Ô :
t ... On a créé l'Epoque, qui, du premier coup, a pris un format double des plus grands des autres journaux, dans le but avoué d'avoir plus de place à consacrer aux annonces; car aujourd'hui on avoue hautement ce qui était vrai depuis longtemps, c'est que la politique, la littérature, c'est-à-dire les grandes phrases d'en haut du journal et les mauvaises phrases d'en bas, ne sont que ta bagatelle de la porte, — les lazzi de paillasse pour attirer la foule ; après quoi, on commence à proposer sa vraie marchandise : la poudre pour les dents, etc., etc. « Combien la vends-tu? — Je ne la vends pas, je la donne. » — Quand le journal a réuni un certain nombre d'abonnés, c'est pour les vendre aux faiseurs d'annonces. Quand la foule est amassée autour du tréteau, on appelle les compères, qui se glissent dans les rangs serrés des badauds et explorent attentivement leurs poches. — Ce genre d'industrie n'est pas aujourd'hui autre chose. »
Et M. Maurice Talmeyr (la Liberté, 21 juillet 1900) :
t Je me vois toujours, voilà une vingtaine d'années, entrant un matin dans le cabinet d'un critique à la
mode. Il me recevait avec la meilleure grâce... et me demandait aimablement : « Et que puis-je pour vous faire plaisir, mon cher confrère? — Mon cher maître, je vous apporte, pour vous le soumettre, un volume qui paraît demain.... — Ah! m'interrompait-il tout de suite avec une belle franchise, parfaitement.... Mais votre éditeur veut-il y aller de 50 louis, ou bien en disposez-vous personnellement?... Car. voici l'usage au Z***** : tout article sur un livre s'y paye 1000 francs. 500 francs pour le journal, 500 francs pour le rédacteur. » L' « affaire » en restait là, et, cinq ou six ans plus tard, j'entrais moi-même au journal en question, quand le directeur médisait, avec une grande cordialité et dans une excellente intention de camaraderie : « Vous savez l'usage ici.... Quand un nouveau volume paraît, vous pouvez toujours en faire l'objet d'une chronique.... si l'éditeur ou l'auteur donnent 1000 francs, il y a 500 francs pour vous et 500 francs pour le journal. — Ma foi, lui dis-je, mon cher ami, je vous suis infiniment reconnaissant de l'offre, mais je n'en userai pas.... Autant il peut être naturel que le directeur d'un journal, agissant comme administrateur, fasse des affaires avec les éditeurs, autant il me semble extraordinaire que les écrivains en fassent aussi. Si je commence à ne trouver du talent aux hommes de talent qu'à la condition qu'ils payent, je ne tarderai pas à ne plus en trouverqu'à ceux qui paieront, et je finirais même probablement par en trouver à tous ceux qui voudraient payer.... »