Tome IV, page 102. (Achat des livres
Après le passage relatif aux auteurs grecs dont les œuvres ont disparu, ajouter en note ces détails sur
Le livre de Crantor.
« C'était un petit livre charmant, un livre d'or, qu'il fallait apprendre mot pour mot, plein de substance exquise, où la sagesse était encore parée de grâce attique et platonicienne. On le lisait dans ses propres peines, on le copiait pour ses amis affligés, on y puisait chaque fois qu'on avait soi-même le devoir de consoler.
« Comme l'ouvrage de Crantor, dit le critique Mar- « tha (1820-4895), résumait tout ce que la sagesse « grecque avait produit de plus salutaire, qu'il avait « pour ainsi dire capté, en un réservoir commun et ac- « cessible, les sources diverses descendues de toutes « les hauteurs philosophiques, il devint une sorte de « fontaine publique où l'antiquité allait sans cesse « soulager ses douleurs. »
« Quel livre désirable! Oui ne voudrait le posséder? Hélas! il est perdu, comme tant d'autres chefs-d'œuvre grecs. On nous dit bien que tous les moralistes, « tous « les consolateurs de l'antiquité, Cicéron, Plutarque, « Sénèque, et d'autres encore, s'en sont servis et l'ont « fait connaître, argument par argument, et comme « par feuillets détachés, à la postérité ». Mais le détail, les fragments, ne sont jamais de même effet que l'ensemble. Supposez Montaigne perdu : y aurait-il compensation dans les citations, extraits, raisonnements qu'on en aurait tirés? Non. Il sera toujours très naturel de rêver du livre de Crantor et de le regretter.
c Qui était ce Crantor? Diogène de Laërte nous apprend qu'il était né à Soles (aujourd'hui .M et /In), en Cilicie, et que, déjà très estimé dans sa patrie, il vint
continuer L'étude de la philosophie à Athènes, sous la direction de Xénocrate,de Chalcédoine, élève de Platon (environ de 300 à 525 av. J.-C); il suivit nnssi Les leçons
de Polémon. 11 avait beaucoup écrit, et, entre autres choses, des Commentaires qui n'avaient pas moins de « trente mille lignes». Il passait pour avoir une grande originalité de langage, ce qui permet de supposer que le style de son livre devait avoir aussi un caractère particulier propre à faire impression sur les lecteurs. » [Le Magasin pittoresque, avril 1874, p. 151.)