‹ Le livre (volume 3)Chapitre 71 sur 163 · Chap. III, p. 24. (Paris, Liseux · texte numérisé non relu

Chap. III, p. 24. (Paris, Liseux

5. «< Ne l'étonné pas que chaque esprit exploite le même sujet selon ses goûts. Dans le même pré, le bœuf cherche de Iherbe, le chien un lièvre, la cigogne des lézards. Qu'un philologue, un grammairien et un philosophe prennent tous trois la République de Cicéron, chacun porte ses réflexions sur un point différent. - Etc. (Sénèoue, Lettres à Lucilius, CVIII, trad. Baillaid, t. II, p. 587.) Dans sa lettre LXXXIV

l'amour des livres et de la lecture. 137

ponso siiporflue que beaucoup prodiguent mal à propos à la rclieure et à rornemenl (Je leurs volumes, pour remployer à l'achapl de ceux qui manquent... ])arce qu'il n'est pas des volumes comme des

(j)p. '245 et s.), Sc'Mièquc a encore considihv la lecture comme .. l'aliinent de l'esprit », et l'a compar/'e aux aliments absorbés par le corps. « Tant que nos aliments conservent leur substance première et nagent inaltérés dans l'estomac, c'est un poids pour nous; mais ont-ils acbevé de subir leur métamorphose, alors enfin ce ?ont des forces, c'est un sang nouveau. Suivons le même procédé pour les aliments de l'esprit. A mesure que nous les prenons, ne leur laissons pas leur forme primitive, leur nature d'emprunt. Digérons-les : sans quoi ils s'arrêtent à la mémoire et ne vont pas à l'intelligence. •■ Etc. Cf. aussi Plutarque {Comment il faut lire lea poètes, trad. Amyot, t. VIII, p. 100; Paris, Bastien, 1784) : « Or tout ainsi comme es paslurages l'abeille cherche pour sa nourriture la fleur, la chèvre la feuille verte, le pourceau la racine, et les autres bestes la semence et le fruit, aussi en la lecture des poèmes, l'un en cueille la fleur de l'histoire, l'autre s'attache à la beauté de la diction et à l'élégance et doulceur du langage ». Etc. Richard de Bury, dans son Philohihlion (chap. xiv, pp. 125 et 260, trad. Cocheris), a dit que •• Dieu... connaissait assez la fragilité de la mémoire humaine et la mobilité de la volonté vertueuse dans l'homme, pour vouloir que le livre fût l'antidote de tous les maux, et nous en ordonner la lecture et l'usage comme un aliment quotidien et très salubre de l'esprit •. Gabriel Peignot {Traité du choix des livres, p. 7) a fait la même comparaison : « ... Si vous admettez quelques-uns (de ces mauvais livres ou) de ces livres médiocres... votre bibliothèque ressemblera .^ une table bien servie, où, parmi de bons mets, il s'en trouvera quelques-uns saupoudrés de coloquinte, d'autres infectés de poison, et plusieurs dépourvus d'assaisonnement. ■• Et N.-V. de Latena (1790-1881) : • Les meilleurs livres^ comme les meilleurs aliments, sont ceux qui, sous le moindre volume, contiennent le plus de

hommes, qui ne sont cognus et respectez que par

leur robe et vestement' ».

A peu près vers le même temps, un conseiller au Parlement de Paris. Henri du Bouchet, sieur de BouRNONviLLE (....-1654), légua à Tabbaye de Saint-Victor, où il désirait être enseveli, ce qui avait été pendant sa vie « ses plus chères délices, sa bibliothèque, » qu'il avait rassemblée « avec beaucoup de peine et de soin ». Du Bouchet voulut que cette collection, comme celle de Mazarin, fût ouverte aux travailleurs, « que les gens d'estude eussent la liberté d'aller estudier en la bibliothèque de ladite abbaye trois jours de la semaine, trois heures le matin et quatre heures l'apresdiné ». Il légua, en outre, à l'abbaye, une rente de 570 livres pour l'achat des publications nouvelles, et une autre rente de 340 livres pour servir de traitement au religieux qui remplirait les fonctions de bibliothécaire.

nourriture saine et substantielle. » (Ap. Fertiault, Im Amoureux du livre, pp. 243-244.) Etc. Remarquer, d'ailleur*. que le mol nourriture s'appliquait autrefois aussi bien à l'esprit qu'au corps, désignait aussi bien les aliments intellectuels que les aliments matériels : cf. Littré, Diçlionnnlre. et la phrase de Saint-Simon citée page 161.

1. Op. eit., chap. v, p. 70. Sainte-Beuve (Portraits litlornires, t. III, p. 570) a dit de Gabriel Naudé : « Il est bien le patron de ceux qui, avant tout, lisent et dévorent, qui parlent de tout ce qu'ils ont lu, et chez qui l'idée ne se présente que de biais en quelque sorte, ne se faufile qu'à la faveur et sous le couvert des citations. -

«< Los Pères (\o Saint-Victor so montreront reconnaissants envers leur bienlaiteur.... Son buste fut placé clans la hibliotlièquo, et Ton fit graver sur le marbre le passage de son ler-lament qui contenait le legs de sa riche collection ^ »

Un legs du mémo genre fui l'ait, à peu prés dans les mémos conditions, par le chanoine Jacques Hen- NKQUiN (1575-160)0) à sa ville natale, Troyes. Jacques liennequin avait rassemblé une collection de dix à douze mille volumes « bien choisis » ; comme du Bouchet, il stipula, dans son testament, que sa bibliothèque serait publique, et assura une rente pour le traitement du bibliothécaire et pour l'achat de livres nouveaux -.

La reine Christine de Suède (102()-1680) estimait que « la lecture est une partie du devoir de l'honnête homme ^ ». Elle écrivait à Bayle : « Je vous impose pour pénitence qu'à commencer du mois prochain vous m'enverrez les livres nouveaux, en toutes langues, sur toutes sortes de sujets ; je n'excepte ni romans ni satires; surtout s'il y a des livres de chimie, faites-m'en part au plus tôt* ». Elle adressait à Heinsius les mêmes recommandations : « .... Envoyez-moi les catalogues des livres

1. Alfred Franklin, o)). rit.. Abbaye de Saint- Victoi-, t. I, pp. 154-156.

'2. Cf. MiCHAUD, Biographie universelle.

r», Ap. Fertiault. of,. fit., p. 100. 4. Ap. Id., ihid.

que vous avez achetés et des manuscrits que vous avez fait copier, et la dépense pour vous et pour les achats. Je vous ferai tout payera... »

Le savant et sage Urbain Chevreau (1615-1701), qui fut quelque temps secrétaire de la reine Christine, et qui raffolait de trois choses, des voyages, des livres et des fleurs, nous dépeint ainsi son existence et son bonheur :

tt Je ne m'ennuie point dans ma solitude, où j'ai une bibliothèque assez nombreuse pour un ermite, et admirable pour le choix des livres. On y peut généralement trouver tous les Grecs et tous les Latins, de quelque profession qu'ils aient été, orateurs, poètes, sophistes, rhéteurs, philosophes, historiens, géographes, chronologistes, les Pères de l'Église, les théologiens et les conciles. On y voit les antiquaires, les relations les plus curieuses, beaucoup d'Italiens, peu d'Espagnols, les auteurs modernes d'une réputation établie ; et le tout dans une fort grande propreté. J'y ai des tableaux, des estampes; un grand parterre tout rempli de fleurs, des arbres fruitiers, et, dans un salon, des musiciens domestiques, qui, par leur ramage, ne manquent jamais de m'éveiller ou de me divertir dans mes repas. La maison est neuve et bien bâtie; l'air en est sain, et, pour m'acquitter de mon devoir, j'ai

Page 1