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rique, en France, en Angleterre ou en Allemagne, et ^ vous verrez avec quel dédain on semble y traiter celte nourriture intellectuelle que fournissent les journaux à la majorité de la population. L'autorité du journal y sera qualifiée de plaisanterie, et le mot j journalisme considéré comme synonyme de futilité, | d'ignorance et de bévue. Mais cette hostilité entre j ces deux agents qui exercent de si puissants effets j sur l'esprit populaire et dirigent la conduite des j peuples mérite cependant toute notre attention. 1 Leur réconciliation, c'est-à-dire la transformation j de la presse en un meilleur véhicule pour la propa- ; gation dans les masses des plus hautes pensées et j des connaissances les plus exactes du temps présent, m est peut-être un des plus sérieux problèmes que le i siècle nouveau aura à résoudre. » '
Cette solution, — si tant est quelle arrive ja- j mais, — cette transformation, serait d'autant plus ' souhaitable, d'autant plus importante et urgente, que j la presse est de plus en plus l'instrument et la chose | des chevaliers de la finance, que, de plus en plus, l'argent y domine, et y domine seul, y règne et gouverne uniquement et absolument. La publicité vénale, l'annonce tarifée, a tué toute appréciation sincère et toute critique.
Nul n'aura de l'esprit, hors nous et nos amis : nul n'aura de talent et de mérite que s'il passe
d'abord à la caisse; el, plus il versera, plus son mérite sera grand, son génie transcendant. « Silence au pauvre! » Ce cri, poussé par Lamennais, en 1848, à propos de la situation faite à la presse, est plus vrai que jamais'.
1. Cf. Ilippolyte C\st:ille, Portraits historiques au xïX" siècle, Lamennais, p. 56. Sainte-Beuve a même, en quelque sorle, appliqué ce mot à toute la iitlérature contemporaine; il l'a englobée tout entière dans cette accusation et cet aiiatlième : « L'argent, l'argent, on ne saurait dire combien il est vraiment le nerf et le dieu de la littérature d'aujourd'hui ». {Portraits contemporains, t. III, p. 431.) Sur le rôle et l'influence de largent à notre époque, Renan a publié les belles et profondes réflexions suivantes, qu'on peut rapprociier du ■■ Panégyrique delà pauvreté », tracé par Proudhon, et que nous avons reproduit dans notre tome I, pages Wi- 207 : " .J'appelle ploutocratie un état de société où la richesse est le nerf principal des choses, où l'on ne peut rien faire sans être riche, où l'objet principal de l'ambition est de devenir riche, où la capacité et la moralité s'évaluent généralement (et avec plus ou moins de justesse) par la fortune, de telle sorte, par exemple, que le meilleur critérium pour prendre l'élite de la nation soit le cens. On ne me contestera pas, je pense, que notre société ne réunisse ces divers caractères. Cela posé, je soutie'ns que tous les vices de notre développement intellectuel viennent delà ploutocratie, et que c'est par là surtout que nos sociétés modernes sont inférieures à la société grecque. En effet, du moment que la fortune devient le but principal à la vie humaine, ou du moins la condition nécessaire de toutes les autres ambitions, voyons quelle direction vont prendre les intelligences. Que faut-il pour devenir riche? Être savant, sage, philosophe? Nullement; ce sont là bien plutôt des obstacles. Celui qui consacre sa vie à la science peut se tenir assuré de mourir dans la misère, s'il n'a du patrimoine, ou s'il ne peut trouver à utiliser sa science, c'est-à-dire s'il no peut trouver à vivre en dehors de la science pure. Remarquez, en effet.
« Aucune société financière ne peut se fonder, écrit encore M. Tanneguy de Wogan, sans qu'une multitude de journaux interviennent et lui imposent
que quand un homme vit de son travail intellectuel, ce n'est pas généralement sa vraie science qu'il fait valoir, mais ses qualités inférieures. M. Letronne a plus gagné en faisant des livres élémentaires médiocres que par les admirables travaux qui ont illustré son nom. Vice gagnait sa vie en composant des pièces de vers et de prose, de la plus détestable rhétorique, pour des princes et seigneurs, et ne trouva pas d'éditeur pour sa .Science nouvelle. Tant il est vrai (jiie ce ncstpas la valeur intrinsèque des choses qui en fait le prix, mais le rapport qu'elles ont avec ceux qui tiennent l'argent. .Je j)uis sans orgueil me croire autant de capacité <|ue tel commis ou tel employé. Eh bien! le commis peut, en servant des intérêts tout matériels, vivre honorablement. Et moi, qui vais à l'âme, moi, le prêtre de la vraie religion, je ne sais en vérité ce qui, l'an prochain, me donnera du pain. La profonde vérité de l'esprit grec vient, ce me semble, de ce que la richesse ne constituait, dans cette belle civilisation, qu'un mobile à part, mais non une condition nécessaire de toute autre ambition. De là la plus parfaite spontanéité dans le développement des caractères. On était poète ou philosophe, parce que cela est de la nature humaine et qu'on était soi-même spécialement doué dans ce sens. Chez nous, au contraire, il y a une tendance imposée à c[uiconque veut se faire une place dans la vie extérieure. Los facultés qu'il doit cultiver sont celles qui servent à la richesse, l'esprit industriel, l'intelligence pratique. Or ces facultés sont de très peu de valeur : elles ne rendent ni meilleur, ni plus élevé, ni plus clairvoyant dans les choses divines; tout au contraire. Un homme sans valeur, sans morale, égoïste, paresseux, fera mieux sa fortune en jouant à la Bourse, que celui qui s'occupe de choses sérieuses. Cela n'est pas juste; donc cela disparaîtra. La ploutocratie est donc peu favorable au légitime développement de l'intelligence. L'Angleterre, le pays de la richesse, est de tous les pays civilisés le plus nul pour le développement philoso-
les conditions de leur appui. C'est le couteau sur la gorge, le passage et la liberté payés aux ban^lits, maîtres du grand chemin Cette pression mercan-
pliique de rintelligence. Les nobles d'autrefois croyaient foriigner en s'occupanl de littérature. Les riches ont généralement des goûts grossiers et attachent lidée de bon ton à des ch<ises ridicules ou de i)ure convention. Un gentleman rider, lùt-il un homme complètement nul, peut passer pour un modèle de faxhion. Moi. je dis tout bonnement que c'est un sot. La ploutocratie, dans un autre ordre d'idées, est la source de tous nos maux, par les mauvais sentiments <[u'elle donne à reu.\ (jne le sort a faits pauvres. Ceux-ci, en effet, voyant qu'ils ne sont rien parce qu'ils ne possèdent pas, lournent toute leur activité vers ce but unique; et, comme pour plusieurs cela est lent, difficile ou impossible, alors naissent les abominables pensées : jalousie, haine du riche, idée de le spolier. Le remède au mal n'est pas de faire que le pauvre puisse devenir riche, ni d'exciter en lui ce désir, mais de faire en sorte que la richesse soit' chose insignifiante et secondaire ; que, sans elle, on puisse être très heureux, très grand, très noble et très beau ; que, sans elle, on puisse être iniluent et considéré dans l'État. Le remède, en un mol, n'est pas d'exciter chez tous un appétit que tous ne |)Ourront satisfaire, mais de détruire cet appétit ou d'en changer l'objet, puisque aussi I)ien cet objet ne tient pas à l'essence de la nature humaine, qu'au contraire il en entrave le beau développement. » (Ernest Renan, V Avenir de In Science, pp. 41.'i-418.) La devise de lord Henry Seymoir (milord l'Arsouille : t80j-18.59) : « Avec de l'argent, on peut tout avoir et tout corrompre : il suffit fl'y mettre le prix » (H. DE ViLLEMEssANT, Mémoires d'iui journaliste, t, T, p. 245; et Lahousse, Grand Diriionnaire, art. Original) est tout à fait celle d'une société ainsi organisée, de notre ploutocratie. Les preuves suraijondent : une seule suffira. Le nom qui représente le mieux l'argent aujourd'hui, qui est synonyme de richesse, est, sans conteste, le nom de Rothschild. Dernièrement (mai lOO.'i) est mort un des chefs de cette famille, et, dans l'énumération des titres et dignités du
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lile du journal s'ingénie de plus en plus, elle s'élend à tout maintenant. Elle serre étroitement les mai sons de commerce à leur naissance; elle agit sur l'industrie comme sur les expositions de peinture, elle pèse sur l'artiste débutant, sur les directeurs de théâtre, sur les drames et les comédies mêmes, sur les volumes qui paraissent. Le mérite, ici, bien souvent on n'en a cure; le rédacteur n'écrira que si l'administration est satisfaite, si les places qu'on voulait ont été données, si l'auteur a bien rempli les obligations qu'il ne doit pas ignorer'. »
défunt, pas un panache ne manque; Ciésus a été tout ce qu'il a voulu et tout ce qu'on peut être ici-bas : noble. — baron (il eût pu être aussi bien duc ou prince), comme si ses aïeux avaient pris part aux Croisades, — membre de l'Institut, commandeur de la Légion d'honneur, grand dignitaire de tous les ordres imaginables, etc., tandis que des écrivains des plus éminents, des penseurs, polémistes ou stylistes de tout premier ordre, comme Proudlion, comme Balzac, Louis Veuillot, Barbey d'Aurevilly, Guy de Maupassant, etc., sont morts pauvres, et, — en supposant qu'ils aient attaché une importance quelconque aux distinctions officielles, — nont rien été du tout, absolument rien, i)as même petits officiers d'Académie. Ce sont de telles anomalies,
— c'est cette écrasante et abominable omnipotence de l'argent qui explique —certains ajoutent même: et quijustifie
— les revendications des socialistes et des anarchistes.' Heureusement encore, comme nous le disions en parlant de la pauvreté (t. I, p. 207), que les biens les plus appréciables de ce monde, la santé, la bonne humeur, l'amitié, lintelligence, etc., échappent à cette odieuse tyrannie et ne sachètent pas!