‹ Le livre d'amour de Sainte-Beuve,Chapitre 11 sur 166 · Pièce XXXIX · texte numérisé non relu

Pièce XXXIX

Voilà bien des détails circonstanciés. Les lecteurs qui, en 1843, auraient ouvert le Livre (Tamoiir^ — pour peu qu'ils eussent fréquenté dans le monde littéraire de leur temps, — n'auraient sans doute pas eu grande peine à en deviner Tauteur. Mais à côté de ces confidences volontaires, combien d'autres encore, échappées au poète sans même qu'il s'en doute, achèvent de dévoiler son incognito. Je ne parle pas seulement de ce mélange curieux de mysticisme dévot et de sensualité ardente, de passion véhémente et de tristesse morne que l'on sent dans beaucoup de ses poèmes. Je ne parle pas de cette aigreur qui perce en des allusions malveillantes et obscures, où l'on dirait qu'il se venge sur on ne sait qui, d'on ne sait quelles désillusions :

... Faut-il les dénombrer Ces maux, ces vautours de délire Que chaque cœur sait engendrer?

É...^aCL.*kL.

20 hK UVRE D'AMOUR DE SAINTE-BEUVE

Notre enfance aussitôt passée,

Au seuil rinjustice glacée

Fait révolter un jeune sang ;

Refus muet, dédain suprême,

Puis Taigreur qu'en marchant on sème,

Hélas! que peut-être on ressent!

et ce qui suit, et ces jugements amers qu'il y exprime sur des hommes qu'il ne nomme pas*. Je ne parie point de tout cela : je suppose, ou j'admets que seuls ses amis les plus intimes connaissaient assez les traits de son caractère ou ses inimitiés secrètes, pour le reconnaître là.

Mais il y a, dans la plupart de ces morceaux, des habitudes ou des tendances littéraires assez marquées et assez significatives, pour que les lecteurs les plus étrangers à son cercle, — s'ils avaient déjà vu quelque chose de lui, — ne pussent point s'y tromper.

C'est un écrivain de la nouvelle école que ce poète. Il en a les habitudes, ou même les manies et les affectations. C'est ainsi qu'il multiplie les épigraphes tirées d'auteurs de toutes les littératures et de toutes les langues : Dante -, Properce ^, BallancheS M^* de Sévigné^ Goldsmith^ May-

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