Pièce XV
r>8 LE UVRE DAMOUR DE SAINTE-BEUVE
A ces rendez-vous, Adèle, quand elle n'y peut venir, envoie du moins l'autre Adèle, la filleule de son ami, petite fille de vingt mois, dont la discrétion est assurée, puisqu'elle ne parle pas encore. Lui, il la caresse et lui fait fôte. Il l'aime, ce dernier-né des époux dont il a « rompu la joie », Il l'aime pour les souvenirs qu'elle lui rappelle, quand « sous l'ombre paternelle » il la pouvait voir grandir. 11 l'aime, parce que, venue à une heure, où sa mère, « déployant sa belle âme, tempérait dans son sein les fureurs du lion » et accordait dans sa pensée une plus large place à l'ami, elle lui semble tenir quelque chose de lui-même. 11 l'aime enfin pour son père :
Toi seule, Enfant sacré, me rattaches à Lui ;
Par toi je l'aime encore, et toute ombre de haine
S'efface au souvenir que ta présence amène.
Mon amitié peu franche eut bien droit aux rigueurs,
Et je plains l'offensé, noble entre les grands cœurs!
11 se désole de la voir si peu et de songer que bientôt il lui faudra cesser de la voir. Car elle apprendra à parler. Alors dans son babillage enfantin, elle répéterait, comment on l'a fait « monter bien haut dans une chambre étroite et retirée » pour y retrouver « bon ami ». Mais non, il veut la voir toujours :
... toujours Je veux que Ton t'amène, et qu'aux obscurs détours Sans rabaisser jamais ton âme qui s'élance, Ta mère sur ce point t'enseigne le silence ; Que ni frère ni sœur ne puisse être un danger ; Que, si sur ses genoux, pour mieux t'interroger. Ton père t'asseyait, rien vers lui ne transpire. Et qu'ignorant pourquoi, tu saches ne pas dire !
Et sans voir ce qu'il y a d'odieux dans cette
complicité, du silence sinon du mensonge, réclamée
à une enfant, il rêve pour la fille de son amie le plus heureux avenir et se promet de veiller sur
elle».
Puis, ce sont une foule de poèmes de toute forme, de tout genre, sonnets, odes, élégies, épitres, toujours écrits pour l'amie et toujours inspirés par les épisodes de leurs amours. — Il est triste de l'attendre, pendant qu'elle est à Bièvre et de ne pouvoir l'y rejoindre 2. — Il se figure quel bonheur il éprouverait à errer librement avec elle à travers la ville, tandis qu'elle s'appuierait à son bras ^ — 11 lui dédie un essai de sa lyre^*. — 11 lui fait part de la tristesse que lui a causée un mot perfide et, devant elle, il examine sa conscience ''. — 11 lui confesse quelle mol-