AURORE ET MATIN
Ses pieds nus ne touchent jamais Que la pureté des sommets; Elle embellit ce qu'elle touche ; Une serpe d'or au côté, Elle a, l'hiver comme l'été.
Un frais sourire sur sa bouche!
Or, comme elle a suivi la nuit.
En chantant le matin la suit...
11 court, mais elle court plus vite;
Le matin est un amoureux
Qui cherche, par les chemins creuXj
Sa montagnarde qui l'évite.
Le matin est un beau garçon Qui lui répond par sa chanson Clair-sonnante dans la clairière; Là-haut l'aurore va devant...
Lui, par les vallons la suivant, Reste loin, toujours en arrière.
Il la poursuit tout en chassant; Ses chiens réveillant en passant Les lièvres paresseux au gîte.
Et des flèches de son carquois Il entre au plus profond des bois Où l'ombre prend peur et s'agite.
Il6 LE LIVRE d'heures DE l'aMOUR
Il est tout nu comme un baigneur, Le rude gars, le beau rieur, Le clair chanteur de la vallée, Qu'un espoir éternel conduit, L'amoureux d'une heure qui fuit Éternellement envolée.
BACCHANTE ! I jy
'BoiCCHoAU^rE!
E suis la vendange elle-même, Toute nue, et mes deux seins Sont pareils aux grappes que j'aime.
Lourds, gonflés comme des raisins!
Qui voit avec indifférence Mes fruits tour à tour ou brûler ou transir? — J'affolerai ton espérance!
Je foulerai ton désir!
Mes raisins font plier les treilles!
Ils sont mûrs, gonflés et lourds ; Les chiens, les renards, les abeilles.
Tous accourent des alentours !
Et la vigne en exubérance Semble les donner à qui veut en choisir... — J'affolerai ton espérance !
Je foulerai ton désir!
ni LE IIVRE DHEL'RES DE LAMOUR
La serpe les coupe... Vendange!
Les vendangeurs sont venus!
Ils les cueillent, mais nul n'en mange... Le moût rougira leurs bras nus!
Et courage! et persévérance!
SueZj travailleurs! à demain le plaisir! — — J'affolerai ton espérance!
Je foulerai ton désir!
Dans la cuve, d'où le vin coule, Toute nue et bras levés,
Je danse et je bondis, je foule
L'amas chaud des raisins crevés!
Leur jus puissant a l'apparence D'un ruisseau de sang que je fais épaissir...
— J'afFolerai ton espérance !
Je foulerai ton désir!
Le vin, le sang, le rouge enivre!
Tu t'affoles, en buvant.
Dans la joie et l'horreur de vivre...
Le vin lui-même est décevant.
11 accroît cette horrible transe De tendre les bras sans pouvoir rien saisir. — J'afFolerai ton espérance !
Je foulerai ton désir.
bacchante! 119
Je suis la Bacchante éternelle,
Aux yeux mortels et moqueurs.
Pieds nus, ma danse qui chancelle Bondit sur le ferment des cœurs! Ma joie écrase la souffrance, Tous les maux d'amour qu'on ne peut adoucir! ■■ — Et j'affole toute espérance!
Et je foule tout désir!
i 20 LE LIVRE D HEURES DE L AMOUR
SUTTOSE U^ \0L..
SUPPOSE un roi jeune et puissant, Un prince des contes de fées, Ayant conquis tous les trophées, Beau sur un trône éblouissant...
Crois-tu que l'amour dont il aime Soit plus doux que le tien en toi?
.... Le charbonnier comme le roi Ont chacun tout l'amour, le même.
Suppose-le réalisé, Ce songe d'une nuit de fièvre :
Toutes les femmes sous ta lèvre Tu les as dans un seul baiser...
Crois-le bien : la femme qui t'aime A toute la femme en son cœur :
Songe ou veille, l'amant vainqueur A toujours tout l'amour, le même.
SUPPOSEUNROI 12
Suppose qu'il dure toujours Le baiser de la bien-aimée.
Voici l'ère des temps fermée Et réternité des amours...
Crois-tu que le temps, lorsqu'on aime,
Soit plus vite ou soit arrêté?
La minute et l'éternité
Chacune ont tout l'amour, le même.
LES FO\GEUSES VE CHoAlD^ES
JE les vis dans leurs ateliers, (Les forgeuses de chaînes), Où chaineSj carcans et colliers Se forgent par centaines;
Comme des cyclopes géants
Mais beHes, toutes nues, Devant les soupiraux béants
Des forces inconnues...
L'or des longs cheveux, sur leurs corps Jusqu'aux talons ruisselle;
La grâce suit tous leurs efforts; Leur sueur étincelle;
Les étincelles, des brasiers
Bondissant dans les forges,
Couvrent de baisers par milliers
Les flancs, les reins, les gorges;