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A LA FEMME

Dans l'azur de tes yeux, c'est l'azur qu'on adore,

Le même qui rit dans le ciel;

Dans ces yeux profonds, c'est encore La vague vision de tout ce qu'on ignore, Le beau rêvé qui sort du beau matériel!

Tes yeux bleus, c'est du bleu, mignonne;

Tes cheveux blonds, du blond doré;

Et le baiser que je te donne Cherche l'éternel Beau dans toute ta personne... C'est pour lui que par toi demain je souffrirai.

Et toi, — qui sais fort bien ces choses, — Coquette! tu nous fais souffrir en souriant!...

Oui, tu ris des maux que tu causes, Sachant que sur ta lèvre on admire les roses,

Et dans tes yeux l'azur lointain de l'Orient!

Blonde cueilleuse de la pomme, Eternel féminin, comme Goethe te nomme,

Si tu veux fixer plus d'un jour Un cœur d'homme, — fais-toi toi-même une âme d'homme La virile amitié fait seule un long amour!

Tant qu'un amant n'a pas parlé de sa tendresse, Ce n'est pas à toi qu'il s'adresse; Demi-grave, demi-moqueur.

Mignonne, en ta jeunesse il aime la jeunesse! Prends garde : tu n'as pas son cœur !

2o6 LE LIVRE d'hEURES DE l'aMOUR

Oui, prends garde : il aime dans toutes Cet attrait éternel d'un charme passager...

Interroge-le, si tu doutes...

Évite plutôt d'y songer.

Et préfère, au vrai triste, un bonheur mensonger?

Ris-donc, ta jeunesse est si belle!

Crois aux choses de ton désir!

Tandis que le rêveur qui t'enlace et t'appelle. N'aimant que le beau pur dans ta beauté charnelle. Meurt de te posséder sans jamais le saisir!

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