LES COEURS BLESSÉS
Oh ! que ne puis-je — hélas ! je l'essaîrais en vain ! — Te chérir d'un amour moins tendre !
Gaîment, j'accepterais la nuit, le jour divin.
Le vie en l'appelant et la mort sans l'attendre !
Cœur blessé, cœur blessé, je serais le vainqueur Des doutes de mon propre cœur!
A quoi donc sert l'amour qui demeure impuissant
A guérir le cœur d'une femme?
Quoi ! je meurs des frissons qui te glacent le sang, Et tu ne sens jamais les ardeurs de mon àme ! Vois-tu, cher cœur blessé, tu ne m'aimes pas bien,
Puisque pour toi je ne peux rien !
Quel orgueil j'aurais eu, bien-aimé triomphant,
A l'apaiser, ce cœur qui doute, Avec mon cœur joyeux, avec mon cœur d'enfant! Mais non !... Seuls côte à côte ils font la même route. Et sans fin, — en rêvant de mourir enlacés, —
Ils se fuiront, les cœurs blessés !
TLEU\E-TOI
TANT que tu n'auras pas, dans les bras de la femme, Juré que tout est faux qui n'est pas de l'amour, Et bu, dans ce néant rapide où l'on se pâme. Honte, orgueil, douleur, joie, ensemble et tour à tour!
Tant que tu n'auras pas senti, sous le Vautour,
Ta chair perdre, en criant, mieux que du sang: de l'âme!
Et tout bas accepté le songe d'être infâme
Pour une heure au besoin, si ce n'est pour un jour!
Tant que, pris de dédain pour tout ce qui t'effraie. Portant ton cœur en toi plus ouvert qu'une plaie, Tu ne l'as pas béni, ce bonheur de souffrir!
Ne sachant pas encor tout ce que, sur la terre, On peut vivre de vie et savoir de mystère, Pleure-toi si tu meurs! c'est trop tôt pour mourir.