‹ Le livre d'heures de l'amourChapitre 94 sur 97 · LA CHANSON DU LIT · texte numérisé non relu

LA CHANSON DU LIT

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SALUT à Tautel redoutable, Au lit, dressé comme une table, Pour le festin de vie et le festin de mort! Un spectre est au chevet, droit, — un doigt sur sa bouche; Salut à l'effrayante couche Où tombent le faible et le fort.

Salut! — C'est, qu'on entre ou qu'on sorte,

Le seuil de l'éternelle porte, Premier, dernier degré de l'escalier des temps... La conscience meurt, folle dès qu'elle y tombe :

Car sur cette forme de tombe

Fument les cauchemars flottants.

Salut! — C'est là que le bon somme Donne l'oubli paisible à l'homme Qui faiblit chaque soir après les forts travaux : Il dort comme il dormait au ventre de sa mère, Et, la nuit, sa force éphémère Renaît pour des labeurs nouveaux.

Salut au lit, où l'accouchée Sur l'enfant qui vagit — penchée.

Connut la grande joie et les grandes douleurs Où le frais nourrisson rit, joue et se fourvoie! Au lit blanc qu'un berceau côtoie, Au lit de dentelle et de fleurs!

C'est l'autel sacré du mystère,

Où gît l'avenir de la terre.

Le beau destin promis aux hommes du futur; L'autel prodigieux où dort l'espoir du monde;

Où l'enfant rose à tête blonde

Fait renaître l'homme plus pur!

C'est l'autel sublime où la vierge, Sous la soie et l'or, — sous la serge.

S'offre nue aux baisers de l'éternel amant...

Des anges tout pensifs le portent sur leurs ailes, Car, grâce aux voluptés charnelles.

L'esprit revit incessamment !

Et c'est encor la barque étrange

Où l'homme, — dont la face change, — Sent se coucher la mort, terrible, à son côté... Il la sent près de lui, l'invisible inconnue,

Le poil dressé sur sa chair nue,

L'œil déjà plein d'éternité!

LA CHANSON DU LIT 2y^

L'œil blanc sous la paupière creuse,

Il expire... O sombre amoureuse, Il va connaître enfin l'étreinte de tes bras ! Et quels sont tes baisers pour qu'on en soit si pâle!

Et pourquoi, depuis que Ton râle,

Tes époux ne trahissent pas!

Mais, à travers l'horreur d'un songe.

Il sent l'afFreux bateau — qui plonge Dans l'inconnu profond d'où nul n'est remonté! Et, plein du bruit confus des choses qu'il a faites,

Sanglots des deuils, rires des fêtes,

Il descend sous l'éternité!

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