‹ Le livre d'heures de l'amourChapitre 96 sur 97 · MÈRE ET FILLE DES DIEUX · texte numérisé non relu

MÈRE ET FILLE DES DIEUX

La mer est sous tes pieds, bleu-de-ciel, blanc-d'écume; Nous ne connaissons rien qui ne se voue à toi; Pour toi, la perle naît; pour toi, le lys parfume; L'étoile te couronne, et tu fais l'Homme roi.

O Vierge immaculée, éternelle et féconde. Les siècles infinis ne sont que pour te voir, Car la perfection, dans ta poitrine ronde. Palpite d'avenir et nous gonfle d'espoir.

Tous naissent en criant : « La vie est toute en elle! » Tous vivent en tendant les bras vers tes rayons; Tous meurent en rêvant de ta joie éternelle... Même en niant les dieux, grâce à toi nous croyons!

O splendeur! ô divine! Esprit dans la matière! Idéal fait de chair! beauté I source d'esprit! Epanouissement de la nature entière!

O le rêve immortel de tout ce qui périt!

Pas un qui t'ait trahi de toute notre race! Les femmes n'ont de nous qu'un amour né du tien! Nous aimons dans leur grâce un attrait de ta grâce; Nous plaignons, sans la voir, celle qui n'en a rien!

C'est par fidélité pour ta splendeur parfaite Qu'on se voit infidèle à l'imperfection!... Si haut que soit le ciel, toi tu trônes au faîte, Rêve fait de réel, matière et vision!

Pardonne au cœur blessé par ton regard suprême Qui, ne pouvant aimer que toi, toujours, encor, Se détournant pour toi de l'humble enfant qui l'aime, Préfère à son anneau doré ton cercle d'or!

Oh! pardonne-nouSj — toi, l'Immuable fidèle, La déesse du seul et de l'unique amour! — Quand l'amante, à l'amant qui se sépare d'elle, Reproche de n'avoir d'amour que pour un jour!

Il faudrait tant de jours, tant d'amours, tant de femmes Pour emplir à moitié l'àme où tu resplendis! Quel éclat faudrait-il pour imiter tes flammes? Quel plaisir n'est enfer près de tes paradis!

Va, ta Règle nous suit, sous toutes apparences! Rien ne peut prévaloir contre ton charme sûr : Un bonheur infini se fait de nos souffrances; Un idéal se fait de nos dégoûts d'impur!

Déesse, nous marchons vers ta pureté fière, O Vierge ailée, à pied parmi de durs cailloux!... Tous les coureurs d'amour sont souillés de poussière, Mais tous sur ta candeur fixent un œil jaloux!

Et les vierges, sachant comme ils te sont fidèles, Et quels amours te sont à jamais dévolus, Mettent jalousement de ton image en elles, Pour que les cœurs liés ne se détachent plus!

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