PETITS PERLE
Notre illustre ami, M. de Belcastel, nous permet de l'offrir à nos lecteurs*. C'est un cri de son grand cœup. C'est l'extase de l'ange et l'héroïsme du chevalier !
Un effet de l'exéoutlon des décrets qui n'était pa« dans le programme des perséoutears.
Lorsque le gouvernement, durant de longues semaines, a fa't peser sur les communautés U menace d« la dispersion de leurs
iempSf et en dépit des mauvais vouloirs^ il tire toujours du mal.
Non-seulement, comme le constate le récit des faits, la Compagnie de Jésus et après elle tous les ordres religienx proscrits oui été, à rbeure de leur expulsion, Tobiet d'honneurs, ahemmages, d'acclamations plus enthousiastes qu'ils D*en reçurent jamais sut* la terre de France; non>seulement ils ont été couverts de fleurs et de couronnes sans nombre, mais il y a plus. Sous ces dehors fragiles comme l'heure qui passe, se produisait au plus profond des âmes un phénomène bien plus grand. Une immense effusion de
f;râces surnaturelles les gonflait d'une sève divine et jetait en elles a généreuse semence d'un avenir réparateur.
Sous l'empire des menaces, ^uand chacune des heures qui pouvaient en apporter l'accomplissement vibrait comme un tocsin, sans fatiguer jamais la constance et en rajeunissant toujours l'émption au coeur des catholiques, les couvents étaient devenus des centres d'attraction. La foi religieuse, jointe à l'élan chevaleresque en faveur des proscrits, groupait autour d'eux un grand nombre d'hommes, dont beaucoup n'avaient jamais vu les moines
1. Veir VAUmmeh de la liberté miholique; ehez Ed. Privât. —Prix :2fic.
d'aussi près. Ils avaienii de loin, admiré sur &a parole, rjcspecié dMiistincl ces façons de vivre étranges aussi bien qu'héroïques, qui s'appellent : Obéissance, Chaslelé, Pauvreté, mais ils n'avaient point de ces vertus surnaturelles une claire et suffisante vue. Ils n'^avaîent point senti, par an contact immédiat, la chaleur et le rayonnement de ces puissants foyers de la vie morale. Or, il est facile de faire ce calcul. En évaluant à trois cents le nombre des couvents frappés , et à cent au moins celui des catholiques qui ont fait, à Tabri de leurs murailles, la veillée de ces armes pacifiques, nommées la prière et le sacrifice, trente mille hommes, au moins, ont fait dans ces jours bénis la meilleure retraite et entendu la plus émouvante prédication qu'ils pussent entendre : la vie en commun avec la sainteté.
La hauteur d'âme de ces hommes de Dieu, que la prochaine matinée pouvait jeter dans la rue et la seconde en exil ; la pauvreté de ces demeures, de ces couches, de ces repas austères où la main de la charité apporte tous les jours un pain tantôt dur, tantôt tendre, tantôt abondant, tantôt rare, selon la disposition providentielle du grand Maître, mais attendu toujours avec la même conGance et une égale soumission.
L'obéissance qui fait la forme constante de la journée du moine, eomme l'amour de Dieu et du prochain en fait le fonds inaltérable! La rode humilité de cette vie avec son lever nocturne et ses prosternements renouvelés sur la terre froide et basse , cette prière avec les bras en croix et les regards de l'extase céleste ; ces chants religieux remuant les profondeurs de l'être et ces aspirations éternelles.vers le souverain principe de toutes choses ; l'esprit dé Dieu dominant sans cesse et pénétrant dans les replis de l'homme pour le transfigurer; l'anéantissement de tout intérêt propre, de toute passion vulgaire! de tout sentiment étroit et vil : tout cela inonde Pâme d'une lumière immortelle et bienfaisante à jamais. On a vu d'anciens so'dals, jeunes ou vieux, respirer là comme l'atmosphère d'une vie meilleure qu'ils ne soupçonnaient pas^ et verser des larmes à la vue d'une énergie de sacrifice absolu et sans terme que les champs de bataille , avec leurs entraînements d'un jour, ne leur avaient point apprise. On a vu des chrétiens, même praliquanls, recevoir là comme une révélation nouvelle de la pauvreté monastique, dont ils avaient jusque-là méconnu peut-être la grandeur sacrée. Le cœur d'une nouvelle jeunesse catholique, plus ardente et plus pure qu'on ne la vit jamais, est venue battre contre le cœur des hommes vieillis dans la politique et dans les froissements de la vie; le cœur de tous ensemble est venu battre contre le cœur de Jésus-Christ au pied des mêmes autels. Et à l'heure où s'écrivent ces lignes, celui qui les trace, en invoquant d'ineffaçables souvenirs, croit pouvoir dire en toute vérité : Tous ceux qui ont vécu de ces effluves catholiques donneraient mille fois leur vie pour une cause dont ils ont senti la divinité, et tous, devant les ombres de la journée qu'ils traversent, voient resplendir l'aurore splendide du lendemain, de ce lendemaÎB infaillible qui verra U règn» du Christ.