CAMPAGNE DE BELGIQUE
(1831 et 1832)
La Belgique s'étant, — en 1830, — violemment séparée de la Hollande avec laquelle elle formait le royaume des Pays-Bas et cette séparation ayant été acceptée par les puissances européennes, le gouvernement français résolut d'empêcher les Hollandais de ressaisir ce qu'ils avaient perdu. Une armée commandée par le
maréchal Gérard et 4ont faisait partie le 8^ de ligne marcha, dans les premiers jours d^août 1831 , à la rencontre des Hollandais qui s'avançaient à grands pas sur le territoire belge et que l'approche de nos troupes suffit pour faire rentrer aussitôt dans leurs limites. Le but se trouvant ainsi atteint, sans coup férir, l'armée française repassa la frontière.
Siège d'Anvers.
Cependant les Belges, qui avaient repris possession de la ville d'Anvers, ne pouvant réussir à s'en faire remettre la citadelle restée au pouvoir des Hollandais, les hostilités ne tardèrent pas à recommencer. L'armée française entra de nouveau en campagne et vint mettre le siège devant cette redoutable citadelle qui tient complètement à sa merci la ville d'Anvers et la navigation de l'Escaut.
Le 30 novembre 1832, le régiment prit position sur la rive gauche du fleuve, le long des digues de Doël.
Le 6 décembre, à 10 heures du matin, un capitaine de vaisseau hollandais, envoyé par l'amiral commandant la flotte, vint prévenir le colonel du 8® que l'escadre allait ouvrir le feu sur nos batteries, et il ajouta qu'au bout d'un quart d'heure le régiment serait prévenu par un coup de canon à poudre immédiatement suivi d'un tir à boulets. Le colonel mit sa montre à l'heure de l'obligeant capitaine, et, effectivement, quinze minutes après le départ de ce dernier, le feu commença. Tout le régiment était sous les armes s'attendant à un débarquement et prêt à le re-
pousser, mais les Hollaudais ne jugèrent pas à propos de le tenter ce jour-là, et cela tint, sans doute, à ce que, dès le début de l'action, l'amiral hollandais fut tué par un boulet parti du fort de la Perle, qu'occupait une partie de notre 2® bataillon.
Tout se borna donc à un vif échange de bombes et d'obus qui dura jusqu'à la nuit. Le régiment eut quelques tués et blessés parmi lesquels le fourrier MASsiAuxetle soldat Petit, qui avaient été placés en observation au delà des digues et qui eurent, le premier, le bras droit et le second la cuisse gauche emportés par le même boulet. Ces deux militaires furent cités à l'ordre du jour.
Combat de Doël.
Le régiment était établi le long des digues, sur un espace très étendu, au milieu de terrains partiellement inondés ; son poste avancé était placé dans une petite maison isolée , située à l'extrémité d'une longue digue sur les bords mêmes de l'Escaut.
Le 23 décembre 1832, jour où la citadelle d'Anvers se rendit, l'amiral hollandais, nouvellement placé à la tête de l'escadre, tenta un débarquement auquel nos troupes s'attendaient d'autant moins qu'elles savaient la citadelle complètement aux abois. — A la faveur du brouillard, les Hollandais, au nombre de 1,500 environ, prirent pied près du fort de Lieftembach, qui leur appartenait, et s'avancèrent aussitôt le long des digues, vers la maison isolée qu'occupaient 25 hommes du S*», commandés par un ofiBcier; celui-ci ayant cru distinguer, à travers la brume,
une troupe es mouvement, envoya le sergent Jous- SEBANT avec quatre hommes pour la reconnaitre ; c'était un détachement commandé par ud capitaine et précédant d'une centaine de pas environ la colonne de débarquement. Le capitaine hollandais cria au sergent Jousserant de mettre bas les armes et de se rendre; ce brave sous-oflacier, pour toute réponse, lui logea une balle dans la tête et se replia aussitôt, en tiraillant, vers le. poste. L'enoemi, un instant décontenancé, reprit bientôt sa marche en avant sur la maison isolée et fut accueilli par le feu de nos 35 hommes; mais heureusement pour ceux-ci que les Hollandais ne pouvaient les envelopper, car, malgré toute leur bravoure, ils n'eussent pu longtemps résister au nombre, d'autant que leurs munitions s'épuisaient rapidement.
Cependant l'alarme avait été donnée et la compagnie la plus voisine, accourant au pas de course le long de la digue, survint à temps pour dégager le poste ; d'autres compagnies arrivèrent successivement sur le terrain de l'action, et, après quelques instants d'une vive fusillade^ notre 3« bataillon, bientôt rejoint par les deux autres, aborda l'eonemi à la baïonnette, et, malgré la grêle de mitraille et d'obus que lançaient à la fois Tescadre et le fort Lieftembach, le régiment entier s'avançant le long de la digue en battant la charge, culbuta les Hollandais et les rejeta en désordre dans leurs embarcations qui s'éloignèrent aussitôt à toutes rames.
La nuit était venue; le régiment bivouaqua sur les emplacements où il avait combattu, c'est-àdire sur les digues qui étaient jonchées de cadavres hollandais. Nos pertes à nous étaient
d*Qne centaine de tués ou blessés; les lieate* nants d'ârses et de Sàint-Lêger étaient parmi les morts.
Nos hommes s'étaient montrés admirables d'impassibilité sous l'ouragan de fer que, durant six heures, âOO pièces de canon n'avaient cessé de déchainer sur le régiment.
Le soir même on apprit que la citadelle avait capitulé.