CAMPAGNES D'AFRIQUE
(De septembre 1847 à août 1852).
Le 27 septembre 1847, le 8» de ligne s'embarqua pour l'Algérie où il allait enrichir^ par de nouveaux et glorieux faits d'armes, l'Historique du corps.
Expédition de Sidi-Mérouan.
Cette expédition^ qui dura du 4 août au 13 septembre 1848 et à laquelle prirent seulement part, du régiment, le 3^ bataillon et les compagnies d'élite des deux autres, se borna à l'enlèvemen
après de longues et rades marches dans les moutagnes de la Kabylie, de ia smala des Ben-Azzedine, cbels influents des tribus berbères.
Parmi les blessés de cette expédition, figurait M. le sous-lieutenant Colin, qui fut décoré quelques jours après eu même temps que le commandant Robuste et le caporal Margellot, qui iB'y étaient également distingués.
Aifaire d'El-Arouch.
La i'*^ compagnie du 3^ bataillon, quelques hommes des services auxiliaires et une centaine de miliciens occupaient le camp d'Ël-Arouch (29 avril 1849), sous les ordres de M. le capitaine adjudant-major d'Aubuisson, du 8^ de ligne.
Prévenu qu'une troupe d'un millier d'Arabes, fanatisés par le shérif Ben Jamina, marchaient sur le camp qu'entourait une simple levée de terre, et qui n'avait pas moins de 2,000 mètres de développement, M. le capitaine d'Aubuisson se prépara à le recevoir vigoureusement; n'ayant pas assez de monde pour faire occuper tout le périmètre du camp, il disposa ses hommes sur les points les plus vulnérables et principalement sur la face de Constantine, par où il supposait être surtout attaqué.
Le 29 avril, à midi, les Arabes parurent en vue du camp ; Tun d'eux, se disant envoyé par le shérif, apporta au capitaine d'Aubuisson une lettre par laquelle on sommait ce dernier de se rendre et de se faire musulman. Cette étrange sommation ayant été accueillie comme elle le méritait, l'ennemi se mit en mouvement et se dirigea droit sur la face de Constantine; mais
tout à coup, à un sigual donné, conversant brusquement à gauche, il se porta contre la face de Robertville, son véritable point d'attaque; le commandant du camp porta aussitôt, lui aussi, le gros de ses forces de ce côté et enjoignit à chacun de ne faire feu qu'à son commandement.
Cependant les Arabes s'avançaient, drapeaux et musique en avant, chantant les versets du Korau et s'attend an t, ainsi que leur chef le leur avait promis, à voir le camp s'effrondrer à leur approche. Lorsqu'ils furent arrivés à bonne portée, le capitaine d'Aubuisson ordonna le feu ; plus de 50 Arabes tombèrent aussitôt tués ou blessés et, entre autres, celui qui portait le drapeau du shérif.
Frappés de stupeur en voyant que contrairement aux prédictions de Ben-Jamiua, les balles faisaient des vides dans leurs rangs au lieu de se changer eu gouttes de rosée, les Arabes se mirent à fuir, abandonnant honteus^ement une attaque qu'ils avaient si pompeusement préparée.
De notre côté, tout le monde avait bravement fait son devoir; M. le sous-lieutenaut Ber- THEZÈNE, du régiment, fut particulièrement cité pour le courage et le sang-froid qu'il avait montrés dans cette affaire.
Expédition de Zouagha.
(Dq 18 mai an 28 juillet 1849.)
Dans fune des petites rencontres qui eurent lieu, durant cette expédition, entre les Arabes et divers détachements des nôtres, le caporal Pier- RARD, du 8«, fut cité pour la bravoure dont il avait fait preuve dans une lutte corps à corps
avec plusieurs Arabes dont deux restèrent sur le carreau.
Siège et prise de Zaatcha.
(Dq 7 octobre au 28 novembre 1849.)
La ville de Zaatcha étant devenue le foyer d'une insurrection qui menaçait d'envahir toute la province de Constantine, une colonne expéditionnaire sous les ordres du général Herbiiion partit pour aller Infliger aux rebelles une punition exemplaire.
Le 8® de ligne ne fournit, au début, à cette colonne qu'un seul bataillon, le 1^*' ; mais, après les attaques infructueuses des 8 et 20 octobre, le général Herbillon ayant demandé des renforts, un nouveau bataillon du régiment, le 2«, alla rejoindre, sous les murs de Zaatcha, le corps de siège.
Gomme toutes les localités du Sahara, Zaatcha occupait le centre d'une oasis et ses abords présentaient un inextricable réseau de jardins clos de haies vives ; le village, percé de rues étroites bordées de maisons à terrasse, était entouré d'un mur dont le pied se trouvait protégé par un large fossé plein d'eau ; une mosquée et quelques autres constructions secondaires s'élevaient seu> les sur la lisière nord de l'oasis.
Le 7 octobre dans la matinée, Tavant-garde de la colonne expéditionnaire déboucha en face de la mosquée et l'enleva. Le lendemain une. partie de nos troupes tenta une attaque de vive force contre le village ; les premiers jardins furent rapidement enlevés, mais quand nos hommes arrivèrent devant le mur d'enceinte, ils se heur-
— Notèrent à de tels obstacles et se trouvèrent en prise à un feu si meurtrier qu'ils durent se replier. Les Arabes exécutèrent alors une sortie furieuse, mais ils furent presque aussitôt vigoureusement ramenés par quatre compagnies du régiment qui avaient été postées, dès le début de l'action, dans les jardins, pour y appuyer le mouvement offensif.
L'honneur de la journée fut pour ces quatre compagnies (grenadiers, l*"", 2« et 3^ compagnies du l®»* bataillon).
Dans cet engagement, M. le sous- lieutenant MiNOT ayant été mortellement frappé, le soldat GouRGUECHON, qui s'était élancé aussitôt pour le relever, fut atteint à son tour sur le corps môme de son officier.
L'attaque par surprise ayant échoué, on commehça le siège en règle de Zaatcha.
Le 20 octobre, un premier assaut fut donné mais il était encore prématuré et échoua aussi. On se remit à l'œuvre avec une nouvelle énergie et, malgré les nombreuses et vigoureuses sorties faites par les Arabes pour contrarier nos travaux, sorties qui furent toujours vaillamment repoussées, trois brèches s'étant trouvées praticables le 25 novembre, l'assaut général fut résolu pour le lendemain.
Trois colonnes d'attaque furent formées : celle de droite sous les ordres du colonel Canrobert; celle du centre sous les ordres du colonel de Barrai, et enfin celle de gauche sous les ordres du lieutenant-colonel de Lourmel, du 8® de ligne, le même qui plus tard se fit si héroïquement tuer comme général de brigade aux portes mêmes de Sébastopol.
Une colonne de réserve fut, en outre, laissée dans les tranchées, prête à parer à tous les événements.
Le lieutenant-colonel de Lourmel.
Le 26 novembre 1849, à 8 heures et quart du matin, le signal de Tassant est donné ; le lieutenant-colonel DE Lourmel enlève aussitôt le régiment au cri de : « En avant !» et le conduit d'un seul élan jusque sur le sommet de la brèche ; arrivés là, nos hommes sont accueillis par une grêle de balles que fait pleuvoir sur eux, par les créneaux, un ennemi complètement invisible. En vain nos braves soldats cherchent un passage pour pénétrer dans la localité, ils n'ont devant eux que des murs crénelés et des barricades infranchissables.
Dans cette situation critique, le lieutenant-colonel DE Lourmel a tout à coup une inspiration des plus heureuses ; déjà sérieusement blessé, il se fait hisser sur la terrasse de la maison la plus voisine et promptement rejoint par tous ses hommes qui, entraînés par son exemple, ont escaladé à qui mieux mieux les maisons qu'ils avaient devant eux, il s'élance, Tépée haute, sur ce singulier chemin qui peut seul nous assurer, sans perles trop sanglantes, la possession rapide du village.
Bientôt, en effet, la colonne de Lourmel arrive comme un ouragan jusqu'à l'autre extrémité de Zaatcha où elle se réunit aux zouaves de Canrobert qui accouraient de leur côté; c'est à ce moment que le fourrier Cottoni, du 8®, qui n'avait pas un seul instant quitté le vaillant
colonel DE LouRMEL, est blessé près de celui-ci en arborant le premier drapeau français qui ait flotté sur ces murailles.
Un immense cri de « Vive la France ! » retentit alors et est accueilli et répété avec tant d'entbousiasme jusque dans la tranchée que la colonne de réserve, électrisée, s'élance tout entière pour aller partager la gloire et les dangers des colonnes d'assaut.
Cependant, tout n'était pas encore terminé : il , restait à s'emparer, une par une, de toutes les maisons que les Arabes paraissaient déterminés à défendre avec toute l'énergie du désespoir. La pioche d'une main, le fusil de l'autre, nos hommes, dont l'audace s'accroît avec la résistance opiniâtre qu'ils rencontrent, renversent tous les obstacles et en exterminent si bien tous les défenseurs qu'une heure à peine après le signal de l'assaut, Zaatcha présentait le spectacle unique d'une ville dout toute la population a été anéantie et dont les assaillants sont devenus les seuls habitants.
Tout le monde dans cette journée avait fait plus que son devoir, mais parmi les militaires du régiment qui, à côté de l'héroïque colonel DE LouRMEL, se Signalèrent d'une manière particulière, figuraient :
MM. les lieutenants Dévoyer et Mareux, qui commandaient les deux compagnies de grenadiers, tête de colonne ;
Le capitaine Jarrot, qui fit preuve dune rare intrépidité ;
Le capitaine de Lartigue (devenu depuis général de division;, officier aussi intelligent que brave qui eut l'honneur d'enlever la maison du
marabout Bonziao, chef des défenseurs de Zaatcha ;
Le coniraaudant Carrieu qui entraîna sou bataillon avec une vigueur bors ligne ;
Les capitaines d'Aubdisson, Barrois et Tacus- SEL, dont la conduite fut comme toujours au- . dessus de tout éloge ;
Le lieutenant de La Barre, que l'on vit constamment aux: points les plus exposés ;
L'adjudant Vidal, qui donna de nouvelles preuves d'un gand courage et d'une grande intelligence ;
Le tambour-major Génin, qui entraîna ses clairons et tambours et les tint constamment sous le feu de l'ennemi ;
Le sergent fourrier Cottoni, blessé au moment où il plantait son fanion sur une des terrasses de Zaatcha ;
Le sergent-major Blanc et le fourrier Dupré, admirables d'entrain et d'intrépidité ;
Le sergent-major Trouillet, qui alla ramasser plusieurs blessés sous le feu de l'ennemi ;
Les soldats Gourguechon et Dunan, qui, bien que blessés, continuèrent à combattre ;
Le docteur Pastoret, qui fit preuve du plus grand dévouement comme précédemment à Gonstantine pendant le choiera, et se montra en même temps un intrépide soldat.
Le dernier hommage appartient au sergent Beveraggi ; ce brave sous-olficier, qui avait été blessé de trois coups de feu dans la première attaque contre Zaatcha, le 8 octobre, apprend à l'ambulauce que le jour de l'assaut général approche; quoique non encore complètement guéri, il sollicite avec tant d'ardeur la faveur de
rejoindre sa compagnie que Ton finit par accéder à ses instances ; Bevebaggi arrive au camp la veille de l'assaut et réclame Thonneur d'y monter des premiers ; — échappé à tous les dangers pendant l'attaque, il entend vers le soir tirer des coups de fusil aux avant-postes ; il s'y précipite aussitôt et y reçoit sa quatrième blessure qui celle-là, hélas ! était mortelle.
Affaire de Narah.
Le 5 janvier 1850, une partie du régiment contribua à l'assaut et à la destruction de Narah, sorte de nid de vautours perché sur un roc à pic et qui servait de refuge à tous les bandits de l'Aurés. M. le sous-lieutenant Wolffry fut tué. Les sergents Makstracci, Pélissier, Huart et les soldats Biesse, Martin et Pauwert furent cités comme s'y étant fait particulièrement remarquer.
Expédition contre les Nemanchas.
Le régiment n'envoya qu'un détachement à cette expédition durant laquelle ne furent exécutés que quelques coups de main et razzias qui suffirent pour faire rentrer ces tribus dans le devoir.
Colonnes dans la Kabylie (1851-1852).
Une colonne sous les ordres du général de Saint- Arnaud et forte de 3 brigades se mit en marche le i 1 mai 1851 pour aller opérer dans la Kabylie.
Le 8* de ligne — colonel Jamin — faisait partie de la 3« brigade — général Bosquet.
Combat d'Arba.
L'entrée de la Kabylie est barrée par une ligne de hauteurs plus ou moins escarpées présentant divers cols qui sont les points de passage naturellement indiqués pour pénétrer dans le pays.
Les Arabes nous atlendaient au col d'Arba ; le général de Saint-Arnaud les y attaqua immédiatement. La brigade Bosquet avait devant elle des pentes très raides dominées par des crêtes rocheuses que couronnaient les Arabes. Au signal de l'attaque, la charge retentit et le l*"" bataillon du 8®, malgré le feu nourri de l'ennemi, escalade les pentes et enlève les crêtes avec une telle impétuosité que les Kabyles terrifiés prennent aussitôt la fuite.
Le brave général Bosquet, qui s'était élancé des premiers, reçut une balle à l'épaule, mais ne quitta pas le terrain de l'action et dirigea le combat jusqu'au bout.
Cependant les Arabes, revenus de leur panique, s'étaient ralliés et, à la faveur de la demi-obscurité qui commençait à régner, s'étaient portés par un détour sur nos derrières et avaient assailli à l'improvisle notre convoi que protégeait le 2^ bataillon du régiment ; celui-ci soutint vaillamment le choc et permit au général Bosquet d'arriver à la rescousse et de mettre une deuxième fois les Kabyles en fuite.
Le lendemain, une partie de la brigade fit une pointe sur le territoire des Beni-Mimouann, réputés les plus féroces parmi les Kabyles. Le 1^<* bataillon du 8^ y eut quelques escarmouches avec l'ennemi dans lesquelles M. le souslieute-,
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&ant Berthezène se signala en lattant corps à corps avec plusieurs Kabyles.
Combat dô Djijelli.
En arrivant le 18 mai à Djijelli, la colonne y apprend que les Arabes occupent une forte position à peu de distance en avant. Le commandant en chef donne aussitôt mission au général Bosquet d'aller les en déloger et de tacber d'en finir une bonne fois avec eux.
Au signal de l'attaque, le régiment s'élance, comme au col de l'Arba, à la baïonnette, rejoint, malgré les difficultés du terrain et la fusillade de l'ennemi, les Kabyles embusqués derrière les rocbers abrupts où ils s'imaginaient être à Tabri de nos coups, et les culbute dans les ravins en leur infligeant de grandes pertes.
A la suite de cette brillante affaire, le général en chef adressa de vifs éloges au 8® de ligne eu répétant à plusieursreprises que les honneurs de la journée appartenaient à ce brave régiment. Le général Bosquet, de son côté, excellent appréciateur, serra la main du colonel Jaiiin en lui disant qu'il devait être fier de commander à de si énergiques soldats.
Expédition de TOued-Sahel.
Le 26 mai 1831, le régiment quitta la colonne Saint- Arnaud pour aller, avec le générai Bosquet, renforcer la colonne Gamou chargée d'opérer vers Bougie et dans l'Oued-Sahel.
Le 29 mai, le général Gamou attaque les
Hist. 8* d'inf. 5
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Arabes qui cbercbent à nous barrer le passage et les défait complètement à Maouaclan.
Dans cet engagement, le 8^ fit si bien son devoir qu'il eut l'honneur d'entendre le commandant en cbef de la colonne déclarer que t d'un coup bien frappé le rcifiment venait de lui ouvrir les portes de Bougie ! •
Cependant, le shérif Bon-Baghala, notre adversaire de Maouaclan, s'étant réfugié, à la suite de son échec, chez les Beni-Jola, puis chez les Beui-Fanala, une partie de nos troupes part châtier ces deux tribus. Bou-Baghala court alors fomenter l'insurrection dans TOued-Sahel, et y est poursuivi par le général Camou, qui, chemin faisant, fait rentrer dans Tordre les Beni-Himmel et les Beni-Ougblis ; BouBaghala est enfin rejoint par les nôtres sur le territoire des Ouzellaguen, en avant du village d'iril-Netara; une action s'engage aussitôt et, malgré l'énergique résistance des Kabyles, le village est enlevé et Bou-Baghala ne doit son salut qu'à la vitesse de sa monture.
Le lendemain, les Ouzellaguen, renforcés par d'autres tribus amenées par le tenace et infatigable shérif, durent être attaqués de nouveau. Cette deuxième journée fut décisive, elle soir tous les Onzellaguen se rendirent à merci.
Toutefois, l'insaisissable Bou-Baghala n'avait pu encore être pris et la colonne dut aller le relancer chez les Beni-Abbas.
Le 7 juillet, le régiment enleva prestement Bel-Arial, village réputé inexpugnable, et compromit si bien, du même coup, par son irrésistible élan, le prestige de la fameuse Kalaa, ville considérée jusqu'alors comme la citadelle invio-
lable.de la Kabylie, que nous l'occupâmes le lendemain sans coup férir.
Toutes les tribus de l'Oued -Sabel étant dès lors domptées et soumises, nos troupes dont la mission se trouvait ainsi glorieusement terminée, rentrèrent successivement dans leurs garnisons respectives.
Les officiers, sous-officiers, caporaux et soldats qui, à la suite de toi^tes ces expéditions, méritèrent d'être cités comme s'y étant plus particulièrement fait remarquer par leur bravoure et leur vigueur, furent :
MM. le colonel Jamin;
Les commandants Robuste et GARRiEn ;
Les capitaines Nicot, Grèbus, de Lartigub, BoisLivEAU, Gaudibr, Barrois, d'Agnel de Bourbon et Priant ;
Le docteur Pastorel;
Les lieutenants Hunolt, Châtelain, Drappbau, Branger et Royer ;
Les sous-lieutenants Philibert (depuis général) et Berthezâne ;
Les sous-officiers Tourraton, Audouy, Vidal (aine et cadet), Maestracci, Petit et Baguet ;
Les caporaux Mercadier, Etienne, Baylac, Mqbbl et Fobget;
Les soldats Goutaut, Donjon, Albou, Picot, Davout, Monavon, Hugonnet et Escafpat ;
Le clairon Biolet.
Au reste, la vaillante conduite du régiment en toute circonstance lui avait acquis une si belle réputation que, dans toutes les opérations importantes, les généraux qui en étalent chargés demandaient à emmener avec eux au moins un des bataillons du 8®, certains qu'ils pourraient
toajours,6n toute conûance, soit le lancer hardimeDt en avant dans les attaques périlleuses, soit le placer sans inquiétude à Tarrière-garde dans les retraites difiBciles.
Colonne de la neige.
Cependant, Tobstiné Bou-Baghala, bien que sa cause fût compromise, n'avait pas perdu tout espoir de la relever. Au mois de janvier 1852, il essaya encore une fois de soulever les tribus du Bas-Sahel; le régiment se porta aussitôt, avec le général Bosquet, au cœur du pays que le shérif cherchait à agiter; la présence de nos troupes suffit pour faire promptement tout rentrer dans Tordre et Bou-Baghala disparut de nouveau comme par enchantement.
Le régiment se remit en marche pour rentrer à Bougie ; durant la route, il se trouva tout à coup terriblement aux prises, non plus avec les Kabyles révoltés, mais avec les éléments déchainés ; une épouvantable tempête de neige s'abattit sur nos troupes, les aveuglant, les paralysant et les faisant tomber à chaque pas sur l'épaisse couche de flocons glacés qui recouvrait complètement la route et l'avait rendue absolument impraticable. Durant cette marche exceptionnellement pénible et rude, qui fit donner par nos hommes à cette expédition le nom si expressif do c Colonne de la neige! » les souffrances et les fatigues furent supportées par tous avec la plus mâle résignation, et, grâce à l'énergie et au dévouement de chacun, les pertes, quoique sensibles, ne furent pas, Dieu merci ! aussi grandes qu'il y avait eu lien de le redouter.
Rentrée en France. — Ordre du jour.
Le 15 mai, apr^s quelques mois d'un repos bien mérité, le régiment alla coopérer à la mise en état de viabilité de diverses voies de communication ; le 9 juillet, sa mission étant terminée, il regagna Bougie et y apprit, en arrivant, qu'il était désigné pour rentrer en France.
Ce fat le 27 août 1852 que le 8^ de ligne s'embarqua pour rentrer dans la mère-patrie.
Nous extrayons de l'ordre du jour par lequel le gouverneur général de l'Algérie salua le départ du régiment, les passages suivants qui sont un glorieux résumé des grandes choses accomplies par le corps, sur le sol africain :
t Venu en Afrique en 1847, le 8« de ligne en part au bout d'un séjour de près de cinq aimées, après y avoir vaillamment fait son devoir notamment daus le Zouagha, au siège et à la prise de Zaatcha, dans l'Aurès, à la prise de Naarh, dans les opérations de la Kabylie, à Djijelli et sur les pointes de rOuedSabel.
• Non seulement le 8® de ligne a partout combattu avec gloire, mais tout récemment encore, il faisait partie de cette colonne qui, près de Bougie, sous les atteintes d'une terrible tempête, a frappé d'admiration les Kabyles en leur donnant le viril spectacle d'une énergie que rien ne peut abattre.
» Parmi les travaux du 8® de ligne figurent des entreprises pour rendre viables le passage de la (jraode Porte de? Bibaps et, eu dernier (i^u, |e
passage de la grande ronte destinée à relier Bougie à Alger à travers la Grande Kabyile.
» Allez, braves soldats, retournez dans notre chère France; soyez-y les dignes représentants de cette armée qui va continuer l'œuvre à laquelle vous avez glorieusement travaillé; dans toutes les occasions demeurez ce que vous avez toujours été, intrépides, disciplinés, inébranlables dans rentier accomplissement de vos devoirs militaires.
» Allez, votre souvenir ne périra pas parmi nous !
» Le Gouverneur général, > Signé : Randon. >