‹ Le livre de bordChapitre 10 sur 44 · M. MERLIN · texte numérisé non relu

M. MERLIN

» On peut retourner le soir à Paiûs jusqu'à onze heures. »

É:.JILK DCeCHAMpS. — UNE LETTRÉ' OS LUI. — CW QUATRAIN. — VIEILLE CHRONIQUE. — ÉNIGME, LOGOGRiPBES ET CHARADE».

Émiie Deschamps, que je connus chez Lefebvre- Deumier, duquel Lefebvre-Deumier je parlerai plus tard, tenait un rang très honorable dans le cénacle romantique : c'était loin d'être un exalté, un tapageur, un « truculent », comme le furent un temps Théophile Gautier, Gérard de Ner\^al, Pierre, dit Petrus Borel le Lycanthrope, Maqiiet, connu alors sous le nom de Mac-Keat, Bouchardy au cœur de salpêtre, etc.

C'était au contraire un homme doux,^aisible, un homme de retraite et de salons amis, un esprit mièvre, gracieux; bienveillant, câlin. Il fut plus d'une fois question de lui pour l'Académie française; je crois même qu'il se présenta une otk deux fois et obtint quelques voix ; il aimait à aimer et à admirer ; s'il se faisait, chez Lefebvre-Deumiei ou dans quelque autre salon littéraire, une lec-

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ture quelconque, on entendait de temps en temps, quand le lecteur respirait, se mouchait ou trempait ses lèvres dans l'eau sucrée, quelque chose comme un bourdonnement de mouche, le mot plusieurs fois répété « Charmant I » qu'Emile Deschamps prononçait « Châmant », pour le rendre encore plus doux et plus caressant.

Je retrouve une lettre de lui. Je m'intéressais assez à un journal appelé la Terre promise et se publiant à Nice; je m'étais adressé en sa faveur à quelques-uns de mes amis. Emile Deschamps s'était empressé de répondre à l'appel, et cette lettre m'annonçait, en me les apportant, l'envoi de plusieurs petites pièces.'

Je ne recule pas devant la publication dé certaines lettres qui « confient » à mes lecteurs et amis, connus et inconnus, les relations d'estime et d'amitié qui m'ont lié h la plupart des grands esprits et des grands cœurs du temps où j'ai vécu, ne fût-ce que pour faire comprendre auxdits amis, connus et inconnus, ma profonde indifférence pour les petites haines lâches de quelques maroufles et polissons de lettres, qui m'adressent de temps en temps, dans quelques bons petits papiers rouges, des injures bêtes comme eux, qui ramassent à poighée de la boue, pour me la jeter de lom, la boue, mauvaise arme de guert*e, trop légère pour atteindre à une certaiile hauteur, telum imbelle rine ictUy et qui ne salit que les mains qui s'en seiTent,

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lorsque toutefois la boue ne retombe pas salie par le contact de ces mains.

Je ne recule pas, dis-je, devant quelques phrases amicales ou même élogieuses qui me sont adressées; les hypocrisies, les semblants, les simagrées, les affectations de modestie quêteuse et mendiante sont une monnaie ayant cours ; mais, de cette monnaie, je ne possède pas pour deux liards.

Cependant, je dois remplacer par des lignes de points une grande partie de la lettre violemment gracieuse que je vais donner aux imprimeurs ,

« Je fais des lectures à haute voix

pendant ces longues soirées de décembre ; je lisais hier Une heure trop tard^ et voilà que je m'arrête tout à coup... j'arrivais à une page où mon nom est prononcé avec une grâce si glorieuse... Cette page m'avait échappé je ne sais comment jusqu'à ce jour, et voilà de quoi je viens vous dire merci du fond de mon pauvre cœur, qui, brisé de chagrin et de maladie, vit encore cependant dans ses morceaux pour l'admiration, l'amitié et la reconnaissance. Le grand poète Méry m'a prêté quelques numéros du journal la Terre promise^ et je vous ai trouvé tout vous.

» Adieu ! je vais diner dans une maison où Ton

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vous aime et où Ton parlera de vous... Moi, seul je dirai : « Il n'est pas parfait... il a l'absence. » D A vous toujours et en tout.

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