THÉOPHILE GAUTIER
Gautier, on peut le soupçonner à l'irrévérence avec laquelle il parle du chant et du piano, professait une haine profonde pour la musique; Téprouvait-il en réalité? Je n'oB répondrais pas. N'était-ce
qu'un des mots cabalistiques de Thugolâtrie, où Ton avouait de Thorreur pour tout bruit qu'on ne faisait pas soi-même. U disait un jour :
— La musique est à la fois le plus cher et le plus désagréable de tous les bruits.
Malgré la hardiesse de certains de ses vers, malgré Mademoiselle Maupin^ un remarquable roman, malgré la Comédie de la mort^ un charmant poème, Théophile Gautier était timide avec les femmes; cette timidité était même la source de ses audaces littéraires; j'ai assisté, pendant assez longtemps, aux lentes péripéties d'un petit roman entre lui et une très belle personne, femme du monde, à laquelle il avait inspiré au moins une vive fantaisie ; elle voulait « filer le roman d , mais elle ne l'espérait guère après avoir lu son auteur; elle craignait qu'il ne froissât les premières pages, passât les secondes, déchirât les troisièmes, et commençât par le dénouement ; aussi se tenait-elle sur une extrême réserve. Théophile, au contraire, qui aurait eu besoin d'être au moins encouragé, mourait de peur, cherchait à se donner du courage en tenant à la belle les discours les plus menaçants, ce qui augmentait sa réserve à elle, laquelle réserve aggravait la timidité de Gautier.
U n'y a jamais eu de dénouement.
Voici ce qu'écrivait Gérard à un de ses amis pendant son voyage en Orient, lettre insérée depuis dans le récit de ce voyage ;
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