LE FEU DU CIEL
La nuée éclate !
La flamme écarlate Déchire ses flancs.
L’ouvre comme un gouffre, Tombe en flots de soufre Aux palais croulants Et jette, tremblante,
La lueur sanglante Sur leurs frontons blancs.
Gomorrhe ! Sodome !
De quel brûlant dôme Vos murs sont couverts !
L’ardente nuée Sur vous s’est ruée,
O peuples pervers !
Et ses larges gueules,
Sur vos têtes seules Soufflent leurs éclairs.
Ce peuple s’éveille,
Qui dormait la veille
Sans penser à Dieu.
Les grands palais croulent Mille chars qui roulent Heurtent leur essieu ;
Et la foule accrue Trouve en chaque rue Un fleuve de feu.
Sur ces tours altières, Colosses de pierres Trop mal affermis, Abondent dans l’ombre Des mourants sans nombre Encore endormis.
Sur des murs qui pendent Ainsi se répandent De noires fourtnis !
Se peut-il qu-’on fuie Sous l’horrible pluie ?
Tout périt, hélas !
Le feu qui foudroie Bat les ponts qu’il broie Crève les toits plats, Roule, tombe et brise Sur la dalle grisç Ses rouges éclats !
Sous chaque étincelle.
Grossit et ruisselle Le feu souverain.
Vermeil et limpide,
Il court plus rapide Qu’un cheval sans frein ; Et l’idole infâme, Croulant dans la flamme, Tord ses bras d’airain!
Il gronde, il ondule,
Du peuple incrédule Bat les tours d’argent ;* Son flot vert et rose.
Que le soufre arrose, Fait, en les rongeant, Luire les murailles Comme les écailles D’un lézard changeant.
Il fond comme cire Agate, porphyre,
Pierres du tombeau, Ploie, ainsi qu’un arbre.
Le géant de marbre Qu’ils nommaient Nabo, Et chaque colonne