‹ Le livre de familleChapitre 118 sur 197 · LE LUTH DE LA MONTAGNE · texte numérisé non relu

LE LUTH DE LA MONTAGNE

Du sommet le plus élevé de ces hautes montagnes qui dominent la ville de B.... je contemplais le paysage immense offert de tous côtés à mes regards. Bientôt les derniers chants des oiseaux m'avertirent qu'il fallait songer à la retraite. Déjà le soleil caché derrière le sommet de la montagne opposée ne frappait de ses rayons d'or que les nuages flottans sm' la cime chevelue des arbres qui la couronnent. Je descendais lentement , avec le regret de voir se rétrécir à chaque pas ce vaste horizon , dont mes regards ne pouvaient d'abord embrasser l'étendue. Le crépuscule commençait à étendre ses ombres

Iraiisparentes, qui se rembrunissaient par degrés, jusqu'à ce que la reine des nuils NÎntde nouveau tout éclairer des traits argentés de sa lumière. Je m'assis un momeut pour jouir encore de ce spectacle, i^ Les nuages s'étaient dissipés. Rien n'interceptait mes regards dans toute l'étendue des cieux. Je parcourais d'une vaste j)enséeces espaces inûnis. L'air était frais, sans que le moindre zéphyr l'agitât de sou souffle. Toute la nature était plongée dans un profond silence , animé seulement par le murmure léger d'une source lointaine. Étendu sur la mousse, j'aurais peut-être attendu dans une agréable rêverie le re-

lîlUl.IOniKQLiK l)E> MLLAGKS.

lour du soleil , lorsque les sons d'un lulli, mêlés aux acceus d'une voix ravissante , \inreut frapper mon oreille. Je pensai d'abord que mon imaginalion se jouait de mes sens enivrés, et j'éprouvais le plaisir de me croire transporté par un songe dans un séjour d'enchantement.

Cette douce illusion fut bientôt combattue par des sons nouveaux. Un luth sur la montagne, m'écriai-je, en me levant incertain encore ! .le tournai les yeux du côté d'où partait la voix, et j'aperçus à travers la verdure noirâtre des arbres, les murs blanchis d'une cabane peu éloignée. Je m'en approchai , le cœur palpitant. Quelle fut ma surprise eu voyant un jeune paysan tenant un luth qu'il touchait avec la plus grande légèreté ! Une femme assise à sa droite le regardait d'un œil plein de tendresse. A leurs pieds, sur le gazon, étaient de jeunes garçons et de jeunes filles , des femmes et des vieillards, tous dans une attitude d'admiration et de recueillement. A mon approche, tout le monde se leva , et vint se ranger en cercle autour de moi. Je dis en peu de mots ce qui m'avait attiré dans ces lieux , et comment je m'y trouvais si tard. Nous n'avons point ici d'hôtellerie , me répondit le jeune paysan : notre hameau n'est pas sur fa grande route. Mais si vous ne craignez pas de coucher dans une pauvre cabane , nous tâcherons de vous y bien recevoir. Si j'avais été frappé de son exécution facile sur le luth , et du goût de son chant, je le fus bien plus encore de la politesse de ses manières , de la pureté de son langage, et de l'aisance avec laquelle il s'exprimait. — Vous n'êtes pas né dans un hameau? lui dis-je avec surprise. — Je vous demande pardon, me répondit-il en souriant. Je suis même de celui-ci. Mais vous devez être fatigué. George , apporte une chaise pour notre hôte. Excusez, je vous prie , monsieur ; je dois encore aujourd'hui une romance à mes bons voisins.

Je refusai la chaise, et je me jetai connue les autres sur le gazon. Tout le monde se rassit, et reprit le silence.

Le jeune paysan se mit aussitôt a chanter , en s'accompagnant , une romance populaire; et il la chantait avec une expression si tendre et si naïve, que dès les premiers couplets , les larmes vinrent aux yeux de toute l'assemblée. J'enviai dans ce moment le génie du poète rustique, capable de produire de si vives impressions sur des âmes peu cultivées. J'aimais h voir comme les beautés franches et naturelles se font sentir a tous les hommes. Aucun des traits pathétiques ne fut perdu; et au dernier , qui était le plus touchant, je n'entendis autour de moi que des soupirs et des sanglots étouffés.

Après quelques minutes de silence, chacun se retira eu essuyant ses yeux. Il ne demeura qu'un vieillard que je n'avais pas remarqué , le jeune paysan , la femme assise auprès de lui , George , dont j'avais retenu le nom , et moi.

— Mon cher monsieur, me dit ce vieillard, vous êtes, à ce qu'il me paraît, content de nos plaisirs de la soirée? Je suis bien aise que vous ayez pris si vite de l'amitié pour mon Valentin. Pour cela , vous coucherez cette nuit dans mon lit. — Non , non, mon père,interrompitGeorge, qui revenait en courant. Je viens de m'arranger deux bottes de paille dans la grange. C'est dans mon lit , s'il vous plaît, que monsieur voudra bien coucher. 11 me fallut céder à ses invitations pressantes. Il prit sous le bras le vieillard qu'il conduisit dans la cabane. Je me trouvai seul avec Valentin et la jeune paysanne, son épouse. Je leur demandai si , par complaisance pour moi , ils ne voudraient pas encore passer un quart d'heure à nous cntrelenir au clair de la lune. — Très-volontiers , monsieur, répondit Louise , un peu vaine de l'allentionavec laquelle j'observais son

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mari. — De tout mon cœur, ajouta Valeiitio, qui voyait le désir de sa femme.

— Depuis combien de temps , mes chers amis, leur dis-je , en prenant la main de Louise , jouissez-vous du bonheur que je vous vois goûter ? — Depuis six mois , répondit-elle , et il y en aura bientôt neuf que Valentin est de retour de ses voyages. — Vous avez donc voyagé, lui dis-je avec un mouvement de surprise? — Oui, monsieur ; j'ai employé quelques années à parcourir une partie de l'Europe. — Tout ce que je vois , tout ce que j'entends de vous , excite en moi le plus vif étonnement. Si vous n'avez point quelque motif secret pour me cacher les événeraens de votre vie , ne refusez point , je vous en conjure, de satisfaire ma curiosité. — Oh ! oui , mon ami, lui dit naïvement Louise. Ce monsieur paraît le mériter si bien ! Et lu sais que moi aussi , je t'écoute toujours avec tant de plaisir ! Valeniin , en souliant , se rendit à nos instances , et fit le récit suivant :

Je suis né dans cette cabane vers la lin de l'année ^760. J'eus le malheur de perdre ma mère , aussitôt après qu'elle m'eut nourri. Mon père était un des habitans les plus aisés du hameau; mais un procès qu'il eut à soutenir contre un riche fermier du voisinage, l'eut bientôt réduit à la misère ; et il mourut de douleur , lorsqu'on vint l'arracher de sa cabane |)our la vendre au proflt des gens de la justice. Ce vieillard que vous avez vu , et <[ui est le père de ma Louise , l'acheta , et vint s'y établir. ïl eut pitié de me voir orphelin si jeune : il me donna ses brei)is à i;arder. Je ne recevais de lui qu'un traitement fort doux ; ses enfans me regardaient comme de leur famille : cependant la perte de mon père , l'abandon où je me trouvais de mes autres parens, l'idée de me trouver étranger dans la cabane où j'avais pris naissance, la vie solitaire que jo menais sur la montagne, tous ces scn-

timens à la fois affligeaient mon cœur , et ma gaieté naturelle se changeait insensiblement dans une profonde tristesse. Je passais des journées entières à pleurer auprès de mon troupeau.

( Ici Louise retira doucement sa main que je tenais dans les miennes , pour essuyer quelques larmes , et me la rendit avec ingénuité. )

Un soir j'étais assis au plus haut de la montagne , et je chantais tristement la romance que vous venez d'entendre. Je vis entre les arbres un homme vêtu de brun , pâle , et d'une flgure pleine de mélancolie , qui m'écoutait. Il avait attendu la tin de ma chanson. Alors il s'approcha de moi , et me demanda s'il était bien éloigné du grand chemin. Oh I oui , mon cher monsieur , lui répondis-je ; il ne passe qu'à une lieue et demie d'ici. — Ne pourrais-tu pas m'y conduire ? — Je le voudrais ; mais je ne peux quitter mon troupeau. — Tes parens u'auraient-ils pas un logement à me donner pour cette nuit? — Ah ! mes pauvres parens , ils sont bien loin ! — Et où donc ? — Ils ont vécu honnêtement sur la terre , ils sont heureux dans le ciel.

Le son de ma voix avait frappé cet homme; ma réponse acheva de l'intéresser. Il me ût plusieurs questions , auxquelles j'eus le bonheur de répondre d'une manière dont il parut content. La nuit étant venue, je le conduisis dans notre demeure , où il reçut l'hospitalité. Le lendemain il s'entretint secrètement avec le père de Louise. Lorsque je me disposais à retourner au pâturage, je vis George qui prenait la conduite de mon troupeau ; et l'on m'annonça <iuc l'étranger m'emmenait avec lui.

Je ne vous dirai point quels furent mes regrets en m'éloijjnant de cette cabane chérie , quoiqu'elle ne lût plus mon héritage, et de Louise (pie je commençais à aimer, tout enfant qu'elle était. Ma si-

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uialion n'olail pas heureuse, et loulefois je no partis (ju'cu versaol des larmes amères. Je ne pouvais prévoir que c'était le moment où le bonheur de ma vie allait se décider. Oui, c'est à toi surtout que j'en suis redevable, homme bienfaisant, le généreux protecteur de ma jeunesse ! lu sais auprès de Dieu combien je l'ai prié pour toi pendant ta vie , et avec quels transports de reconnaissance je bénis aujourd'hui ta cendre. Il se nommait Lafont, et louchait l'orgue d'une paroisse de la ville prochaine. Ou jugerait mal de ses talens par l'obscurité de son emploi. Les voyageurs se détournaien t de leur route pour venir l'entendre; mais il recevait froidement leurs éloges, et n'en était que plus modeste. Je doute que dans le cours de vos voyages, vous ayez jamais trouvé un génie plus extraordinaire. 11 avait reçu de son père , le plus habile médecin du pays , une éducation qui l'aurait mis à portée de se distinguer dans la même profession. Il aima mieux se livrer à la passion violente qu'il avait conçue pour la musique. 11 s'était marié a la lillede l'organiste dont il occupait la place, et n'avait point eu d'enfans. Sa femme qu'il avait perdue depuis plusieurs années , vivait toujours au fond de son cœur. Cette image et ses livres étaient sa seule société dans la profonde mélancolie qui s'était emparée de lui.

Mais en fuyant les hommes, il ne les haïssait point , et il faisait beaucoup de bien en secret. Il était âgé de Ab ans, lorsqu'il me reçut dans sa maison. 11 m'apprit d'abord à lire et à écrire ; il prit plaisir ensuite à cultiver ma voix , et à m'exercer sur le luth , son instrument favori. Il ne bornait pas ses leçons 'a la musique ; il me donnait à apprendre par cœur des morceaux choisis de nos meilleurs poètes dont il faisait ses délices. 11 s'étudiait à former 'a la fois mon cœur , mon esprit et mon goût. C'est ainsi qu'il

fut pendant cinq ans mon maître assidu , sans attendre de prix pour ses soins, que de celui qui sait le mieux récompenser le bien que l'on fait à ses semblables.

Au milieu de toutes ces occupations , je n'avais pu bannir de mon esprit ni le souvenir de ma cabane, ni celui de Louise, la compagne des jeux de mon enfance. J'en parlais quelquefois avec attendrissement à mon bienfaiteur. Un jour, c'était le premier de mai ^778 , je me le rappellerai toute ma vie, il se leva de bonne heure, et me dit de le suivre dans sa promenade du matin. 11 me conduisit , en parlant de choses indifférentes, sur le sommet de cette montagne où je l'avais vu la première fois. Valentin , me dit-il , j'ai rempli les devoirs dont je m'étais chargé devant le ciel , lorsqu'il te remit sous ma conduite. Je sais combien dans le fond de ton cœur tu soupires après ta cabane. Je n'ai eu d'autre but dans ton éducation , que de te mettre en étal de la recouvrer. Je viens te la faire voir. Regarde-la ; mais je le défends d'y rentrer avant que tu puisses en devenir le maître. Je te fais présent de mon luth : je t'ai appris à le toucher ; tu as de la voix : voyage. Partout où tu te feras entendre sans autres prétentions que celles d'un musicien ambulant, lu seras le premier de ton genre. La nouveauté de la chose ne te laissera manquer ni d'auditeurs ni d'argent; mais sois économe et sage. Lorsque tu seras assez riche , reviens dans ton pays , et rachète la cabane de Ion père.

Le cœur me battait à ce discours ; il s'enflait de joie et d'espérance. M. Lafont me prit dans ses bras, et me serra contre son sein en pleurant. C'étaient les premières larmes que je lui avais vu répandre; elles me firent une impression singulière. Il me fit aussitôt retourner sur nos pas, et me ramena dans un profond silence à sa maison.

BÎBLIOTHIÎQLTE DES \ ILI.AtJlS.

Dès le leodemain , au point du jour, il fallutmeséparerde mon bienfaiteur, après en avoir reçu les plus tendres instructions, et deux louis pour commencer ma route.

Pendant près de quatre ans, j'ai parcouru à pied la France, l'Allemagne et l'Italie , vêtu en paysan de la montagne , et les cheveux flottans en longues boucles comme je les porte aujourd'hui. J'ai observé que la singularité de cet habillement ajoutait beaucoup à l'effet de ma musique, surtout dans les capitales. Il est peu de seigneurs qui aient voyagé avec autant de plaisir que moi. Partout j'étais bien reçu, même au milieu des sociétés les plus brillantes. Dans les villes , on donnait des concerts pourm'entendre, et dans les villages , on faisait , je crois , tout exprès des noces pour danser au son de mon instrument. En plusieurs endroits on m'a fait les offres les plus avantageuses pour m'y retenir. J'en étais séduit un instant ; mais lorsque je pensais à ma cabane , toutes ces idées de fortune s'évanouissaient aussitôt , et il n'en restait plus de traces dans mes projets. Je me rappelle encore de quels mouvemens délicieux j'étais saisi , toutes les fois que , dans mes courses , une montagne se présentait à mes regards. J'y cherchais des yeux ce hameau. 11 me semblait y découvrir ma cabane. L'esprit toujours occupé de cette image , j'essayais d'exprimer mes sentimens ; et voici des couplets qu'ils m'ont inspirés.

Humble cabane de mon père Témoin de mes premiers plaisirs , Du fond d'une terre étrangère, C'est vers toi que vont mes soupirs.

Le jeune tilleul qui t'ombrage , Et la montagne et le hameau , De ton agreste paysage Tout me retrace le tableau.

J'ai vu devant moi sans envie S'ouvrir de superbes palais ; C'est toi, ma cabane chérie, Qui peux remplir tous mes souhaits.

D'oii vient cette joie inquiète Dont ton nom seul saisit mon ceur.

Si dans ta paisible retraite Le ciel m'eût fixé mon bonheur:'

J'y vivrai donc libre et tranquille Après tant de pas incertains !

Et Louise , en ce doux asile, Viendrait partager mes destins!

O mon luth , qu'avec complaisance Je te sens frémir sous mes doigts !

Si j'obtiens ma double espérance, C'est à tes sons que je le dois.

Je vais maintenant vous apprendre comment j'ai recouvré cette cabane si désirée.

A la fin de l'année dernière, me trouvant à Turin, après avoir traversé deux fois toute ritalie , j'examinai l'état de ma fortune. Je me crus assez riche pour revenir au hameau. Je partis aussitôt; au bout de dix jours j'arrivai dans la ville prochaine. J'y entrai le cœur plein de joie, demandant à toutes les personnes que je rencontrais des nouvelles de mon bienfaiteur. Hélas! je ne devais pas goûter le plaisir de lui témoigner ma reconnaissance : il n'était plus depuis deux mois. J'allai prier sur sa tombe , et j'y fis vœu que mon premier enfant porterait son nom , si j'avais le bonheur de devenir père ! Le même soir j'arrivai dans le hameau. On m'y parla tendrement de moi sans me connaître. Bientôt mon luth et le souvenir de notre ancienne amitié me gagnèrent le cœur de Louise. Son père me donna sa main. J'achetai de lui la cabane et le champ de mon père pour deux cents écus , avec lesquels son fils aîné alla s'établir au fond de la vallée. Pour lui , je le fis consentir à rester dans notre ménage avec George, son plus jeune fils. C'est d'eux que j'apprends les travaux de l'agriculture. Aujourd'hui que je possède la cabane de mon père, toute mon ambition est d'être comme lui un bon mari , un bon père et un bon paysan.

BIUMOTIIKOUE DES VII,I,A(;i:s.

Je n'ai pas abandonné mon luth , ce piécieux instrument do mon bonheur. Je le liens suspendu a côté de ma bêche , et je le reprends quelquefois pour me délasser, ou pour réjouir, comme vous l'avez vu ce malin , ma famille et mes bons voisins. Valentin s'était arrêté à ces mots, et je croyais l'entendre encore. Mon attention captivée par son récit se tournait insensiblenientsurluiaussitôtqu'ill'avait achevé.

Sa physionomie ouverte et animée , le contraste de ses habits et de ses discours, son attachement pour la cabane de son père et la mémoire de son bienfaiteur , la singularité de sa destinée , ses voyages et son talent, tout en faisant à mes yeux une espèce d'être enchanté , supérieur aux hommes ordinaires. Louise me tira de ma rêverie par le mouvement qu'elle fit pour se jeter a son cou. Je me joignis à leurs embrassemens , et ils me prodiguèrent les plus aimables caresses. Nous entrâmes dans la cabane, où je fus ravi de voir régner un air dordre , d'aisance et de propreté. Après un repas simple , où je savourai avec délices les fruits exquis de la montagne, George me conduisit vers un réduit étroit , mais propre et riant, et me montra le lit dont il voulait bien disposer en ma faveur. Je ne tardai guère à y trouver ua sommeil profond , dans lequel venaient se renouveler, en «ne confusion agré<ible, les grandes ima-

ges dont j'avais été frappé durant la journée, et les sensations douces que je venais d'éprouver. Hier, je ne quittai pas un instant celte heureuse famille ; Valentin me raconta une foule de particularités de ses voyages , qui ni'eïpliquent aisément comment il a pu acquérir cette politesse dans les manières et dans les expressions, qui m'avait tant surpris à son abord, et qui , malgré sa jeunesse, lui concilie les déférences et le respect de tous les habitans du hameau. Les grâces nobles de son esprit, l'ingénuité piquante de Louise, le bon sens rustique du vieillard, la curiosité inquiète de George , répandent dans leurs entretiens un intérêt et une variété qui me charment, et qui les attachent plus étroitement aux autres. Il me semble que je passerais une vie heureuse auprès d'eux. Mais pourquoi m'occuper de cette idée? C'est ce soir que je dois m'en éloigner. J'avoue que ce n'est pas sans une impression de tristesse, que je pense à notre séparation. Je crois apercevoir dans leurs yeux qu elle leur coûtera aussi quelques regrets. Si le destin me laisse disposer un jour avec plus de liberté de l'emploi de ma vie , je viendrai tous les ans faire un pèlerinage sur cette montagne pour y revoir mes amis, et remplir mon cœur des sentimens de paix et de contentement qu'inspirent à l'envi leur séjour et leur société.

FIN DE I.A BIBLIOTHEQUE DES VILLAGES

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