LES ŒUFS
M. DE VERTEUÏL ; HENRIETTE , PAULINE, SCS lillfs.
M. DE VERTEUÏL. — Regarde , Henriette, ce qu'il y a là sous cette graude cage.
HENRIETTE. — C'est uue poulc , mon papa. 0 les jolies petites bêtes quelle a auprès d elle !
M. DE VERTEDIL. — Ce sout des peliîs poulets ou des poussins. Regarde comme ils ont l'air éveillé, et comme ils courent autour de la grosse poule. La grosse poule est la mère de tous ces poussins.
HENRIETTE. — Yoilà unc fort jolie famille.
M. DE VERTEDIL. — Et sais-tucommeut elle a fait pour les avoir ?
HENRIETTE. — \on , moD papa.
M. DE VERTEUÏL. — Tu as bien vu les œufs que Nanette va chercher tous les jours au poulailler ?
HENRIETTE. — Oui , mou papa. Je suis allée quelquefois les lever avec elle.
M. DE VERTEUÏL. — EH bien , ces œufs, on les a mis sous cette grosse poule; elle a été pendant trois semaines assise dessus pour les tenir chauds et les couver ; au bout de ce temps, les poussins ont brisé leur coquille et sont venus au jour.
HENRIETTE. — Quoi ! iiiou papa, estcequil y ades poussins dans touslesœufs?
M. DE VERTEUÏL. — Oul , 1113 fille ; daus chaque œuf il y a un poussin.
HENRIETTE. — 0 iiiou papa ! faitesm'en voir un , je vous prie.
M. DE VERTEUÏL. — Je De pourrai pas te le montrer. Mais attends, je vais demander un œuf, et l'ouvrir devant toi.
(Use fait apporter tm œuf , et l'ouvre.) Regarde , Henriette , tu n'imagines pas
T. III
qu'il y ait un poussin dans cet œuf?
HENRIETTE. — i\on , j'en suis sûre , il n'y en a point.
M. DE VERTEUÏL. — Oiii da , Henriette , tu es bien sûre? Eh bien , cependant il y a un poussin là-dedans.
HENRIETTE. — Eh ! mou papa, comment le savez- VOUS?
M. DE VERTEUÏL. — C'est quc si nous avions mis cet œuf pendant'trois semaines sous une poule, etqu'elle l'eût couvé pendant tout ce temps, tu en aurais vu sortir un poussin pareilà ceux que tu vois courir. Tous les œufs sont en dedans comme celui-ci, et cependant de Ions il sortira un poussin, si l'on met ces œufs sous une poule.
HENRIETTE. — Comment les poussins viennent-ils donc dans l'œuf? Je ne le comprends pas.
M. DE VERTEUÏL. — Je HO le Comprends moi-même, et personne ne peut le comprendre. 11 en est tout justement comme du chêne qui sort d'un gland. Nous ne pouvons comprendre comment cela arrive , mais nous voyons que cela arrive tous les jours. Pour te le montrer encore mieux, tous les œufs que Nanette rapportera aujourd'hui du poulailler, je les mettrai sous une poule ; et au bout de trois semaines , tu verras sortir de chaque œuf un poussin.
HENRIETTE. — Jé^crais bien curieuse de le voir.
M. DE VERTEUÏL. — Je te promcts ce plaisir. Mais, Henriette, ce ne sont pas les poulets seulement qui sortent d'un œuf; les oies, les canards, les moineaux , les serins , tous les oiseaux sortent aussi d'un œuf plus ou moins gros. Je te ferai
voir les œufs de la linotte que nous avons à la maison dans une cage.
HENRIETTE. — Hs SOUt pluS petits ,
sans doute ?
M. DE VERTEUiL. — Oui , Vraiment.
Mais il y a d'autres œufs qui sont bien plus gros que ceux des poules. Les œufs d'un grand oiseau que l'on nomme autruche sont presque aussi gros que la tête ; et au contraire , les œufs d'un joli petit oiseau que l'on nomme l'oiseaumouche , ne sont à peu près que de la grosseur d'un pois.
HENRIETTE. — 0 mou papa ! qu'ils doivent être jolis !
M. DE VERTEUIL. — Je tc mènerai l'un de ces jours au Cabinet d'histoire naturelle , où je me ferai un plaisir de t'en montrer de pareils. Mais voici Pauline qui s'avance avec son déjeuner. Pauline , veux-tu que nous donnions à déjeuner à la poule et à ses petits ?
PAULINE. — Oui , mon papa ; tenez , voici mon pain.
M. DE VERTEUIL. — Donnc-s-eu toimême à la grosse poule , tu verras ce qu'elle en fera.
PAULINE. — Oh ! comme elle le saisit de son bec I
HENRIETTE. — Ellel'aura bientôt avalé.
Mais non, mon papa; voyez , elle le laisse tomber.
M. DE VERTEUIL. — Elle le fait exprès : elle ne veut pas le manger elle-même ; elle le garde pour ses petits. Entends-tu comme elle les appelle ?
HENRIETTE. — Oh ! Ics voici qui viennent tous à la fois.
PAULINE. — En voila un qui emporte le morceau , et les autres qui courent après lui.
M. DE VERTEUIL, — Donuc eucorc un
morceau de pain à la poule ; elle fera la
même chose. Sais-tu pourquoi, Pauline?
PAULINE. — Non , mou papa.
M. DE VERTEUIL. — Elle aimc tant ses
petits , qu'elle leur laisse manger tout ce qu'on lui donne. Elle ne prendra rien ellemême avant de les avoir vus rassasiés.
PAULINE. — Mais que fait-elle à présent avec ses pattes?
M. DE VERTEUIL. — Elle fouillc daus la terre pour voir si elle peut y trouver des vermisseaux que ses petits aiment à manger. Vois , elle vient d'en trouver un ; elle les appelle encore.
PAULINE. — Les voici, les voici qui reviennent.
M. DE VERTEUIL. — Hs maUgCUt Ic
vermisseau ; et la mère , qui est aussi friande qu'eux-mêmes de cette nourriture, ne veut pas en prendre sa part ; elle l'abandonne tout entière à ses petits.
PAULINE. — Oh ! la bonne maman !
M. DE VERTEUIL. — C'cst aiusi qu'elle prend soin de les nourrir tout le long du jour. Mais savez-vous encore, mes enfans, ce qu'elle fait pendant la nuit?
HENRIETTE et PAULINE. — NOU, mon
papa.
M. DE VERTEUIL. — La uuit elle va chercher quelque corbeille dans un coin du poulailler ; et elle prend tous ses petits sous son corps et sous ses ailes»pour les tenir chaudement. Voila comme elle soigne sa jeune famille jusque dans le sommeil. N'est-ce pas une bonne mère pour ses enfans?
HENRIETTE. — Oh I oui , uion papa.
PAULINE. — Je voudrais bien toucher un de ces petits poulets.
M. DE VERTEUIL. — Quc fais-tu douc , Pauline ? ne t'avise pas de passer ta main à travers les barreaux de la cage.
PAULINE. — Pourquoi donc, mon papa?
M. DE VERTEUIL. — La poulc croirait que tu veux faire du mal à ses petits , et elle te becquetterait jusqu'au sang.
PAULINE. — Mais, mon papa, je ne veux pas leur faire du mal; je ne veux que les caresser.
M. DE VERTEUIL. — La poule ne sait
LE lAVllR DE FAMILLK.
pas distinguer les bonnes intentions. Si tu m'en crois, relire (a main , ou il t'en arrivera du mal, je t'en avertis. (Pauline relire sa main, et s'assied sur le gaz-on, tout près de laçage. )
PAULiiMî. — Voyez, mon papa, les poulets mangent aussi de l'herbe.
M DE VERTEuiL. — Oui, Pauline; c'est pourquoi j'ai fait mettre la cage moitié sur le gazon et moitié sur la terre ; de cette mauièreils peuvent manger de Tlierbe et clierclier des vermisseaux ; puis , lorsqu'ils ont assez mangé, ils peuvent se reculer sur le gazon et s'ébattre au soleil. Tiens , en voilà un qui se couche sur le dos etquijoueenagittantsespatesen l'air.
PAULINE, en poussant un cri et en pleurant. — 0 mon papa ! la poule qui vient de me mordre !
M. DE VERTEUIL. — Ne t'en avais-jc pas avertie ?
PAULINE. — Je n'avais pourtant pas ma main dans la cage ; je n'y avais passé qu'un doigt, et la poule me l'a becqueté.
M. DE VERTEUIL. — Je t'avais avertie, ainsi tu n'as que ce que turaériles. Allons, il ne faut pas pleurer pour une petite douleur ; songe plutôt à proflter de cette leçon ; c'est apprendre à bon marché combien il importe aux enfans de suivre toujours les conseils de leurs parens.