‹ Le livre de familleChapitre 177 sur 197 · DE BEULIÈRES. — Si tU VOUlais · texte numérisé non relu

DE BEULIÈRES. — Si tU VOUlais

donc commencer bien sincèrement à vivre dans la crainte de Dieu , que te faudrait-il?

THÉOPHILE. — Savoir lui obéir.

M. DE BEULIÈRES. — Est-il ricu de plus facile que d'obéir à Dieu?

THÉOPHILE. — Oh! cela ne doit pas être si aisé! Tous les jours je lui promets de le faire, et il se trouve toujours que je lui ai désobéi. C'est comme à vous, mon papa.

M. DE BEULIÈRES. — Hier encore loiî préce})teur te reprochait de n'avoir pas; bien répété la leçon qu'il t'avait expliquée

THÉOPHILE. — C'est que mon cousis^ élait venu me trunbler.

CHOIX Dli I.ECTLRKS.

M. DE BEL'LiÈRES. — AvaiU-ljier tu l échappas du logis, sans ma permission.

THÉOPHILE. — C'était pour aller joindre mon cousin.

M. DE BEULiÈRES. — 11 UG manquera l)as sîiremeut de revenir aujourd'hui pour te tenter encore. Comment feras-tu s'il veut t'engager à manquer à tes devoirs?

THÉOPHILE. — Je prierai Dieu de ne pas permettre que je lui désobéi'^se.

M. DE BEULIÈRES. — Et commeut le prieras-tu ?

THÉOPHILE. — Mon Dieu, donnez-moi le désir d'être sage, et ne permettez pas que mon cousin me fasse faire le mal.

M. DE BEULIÈRES. — IMais u'v a-t-il que ton cousin qui fait jamais engagé "a mal faire?

THÉOPHILE. — Oli ! pardonnez-moi.

Le petit Léon m'a mené quelquefois dans son jardin , pour l'aider à voler des pommes, et puis Germain qui m'apprenait a jurer pour se faire rire.

M. DE BEULIÈKES. — Alusl jC VOls qu'il

te faut encore ajouter quelque chose a ta prière.

THÉOPHILE. — Oui , mon papa ! je dois dire : Mon Dieu , ne permettez pas que personne m'engage à faire le mal.

M. DE BEULIÈRES. — Il v a six semaines que tu étais malade. Tu priais alors le médecin de te rendre la santé. T'en souviens-tu? Qu'est-ce qu'il te répondit?

THÉOPHILE. — Oui , je le ferai volontiers, mon petit ami; mais il faut avaler tout de suite cette médecine. N'allez pas surtout vous découvrir. Tenez-vous chau- <lement, et soyez bien tranquille, de peur que la fièvre ne vous reprenne.

M. DE BEULIÈRES. — Si tu ii'avais pas voulu faire ce qu'il demandait, aurais-tu reeouvré la santé ?

THÉOPHILE. — Oh ! non sûrement.

M. DR BEULIÈRES. — DiCU UOUS 3 prCS-

ciit de mê.nc ce qsi'il faut faire pnur lui

obéir. Te souvieus-lu de ce que je t'ai dit 'a ce sujet?

THÉOPHILE. — Je ne l'ai pas oublié. Il faut toujours s'occuper de lui , songer au plaisir qu'il y a de faire le bien, et a ce <iu'il en coûte de faire le mal.

M. DE BEULIÈRES. — TOU COUSiu u'aU-

rait qu'avenir actuellement pour t'exciter a faire une mauvaise action.

THÉOPHILE. — Ah ! mon papa ! je penserais aux reproches que je mériterais de votre part pour l'avoir écouté.

M. DE BEULIÈRES. — Fort bien , mon ami : mais si tu priais Dieu de te rendre obéissant, et que tu ne voulusses rien f.iire de ce qu'il faut pour l'être, crois-tu que ta seule prière pût produire un grand effet?

THÉOPHILE. — Non ! je ne le crois pas.

M. DE BEULIÈRES. — Aiusi tU VOis ,

mon fils , pourquoi Dieu exauce si rarement les prières des hommes. Car, ou elles ne consistent que dans le récit précipité de quelques formules , qui conviennent aussi peu aux circonstances que ton livre d'oraison a la maladie de ta grand' maman ; ou bien ils n'ont aucune véritable crainte de Dieu; ou, enfin, ils ne font rien de ce qu'il serait nécessaire de pratiquer pour obtenir ce qu'ils demandent.

On vint dans ce moment annoncer à M. de Beulières qu'un étranger voulait lui parler. Il interrompit l'entretien, et promit à son fils de le reprendre le jour suivant.

Théophile était fort satisfait de voir tous ses doutes si bien éclaircis. Plein de reconnaissance et de joie, il se jette 'a genoux, et fait cette prière : Mon Dieu, comme je me réjouis de ce que je te suis cher , plus cher encore qu'à mon papa ! Ah! si j'étais parfaitement bon! si je t'obéissais en toutes choses! Donne-moi le désir et la force de me préserver de tous ceux qui voudraient m'engn.ii^r 'a devenir

CHOIX DK 1,1 CTI'IU-S.

luéchanl. Oui! mon Dieu, je veux faire ce qui est en mou pouvoir pour «jue lu ui'accordes la grâce de uie soumellre à les voloulés.

A peiue eut-il tiui sa prière, qu'il se trouva beaucoup plus gai, et plus porlé vers le bieu , quil ne lélait auparavant. Il se mit proraptemeut à étudier la leçon qu'il devait réciter le lendemain ; elcomme il s'en occupail avec plaisir , il remarqua qu'il l'apprenait avec une extrême facilité. Pendant qu'il était livré tout entier à l'étude, arrive son cousin Desbayes, qui ne mauque pas de lui proposer, selon sa coutume , quelques nous elles polissonneries. Théopliile trouva d'abord l'idée assez drôle : cependaut il lui vint aussilôt dans l'esprit qu'il ne serait pas bien de laisser la son ouvrnge pour aller jouer. Mon cher cousin , lui dit-il, je suis fàcbé de ne pouvoir le suivre ; mais , dans ce moment ce que tu me demandes est impossible. Tiens, dès que j'aurai fini mon devoir, je suis "a toi.

Ne vous pressez pas, monsieur, lui répondit Deshayes d'un ton ironique. Vous pouvez rester toute la journée cloué sur vos livres.

Eh bien ! mon cher cousin , j'y resterai toute la journée, s'il le faut. Je te prie seulement de ne pas minterrompre, et de me laisser tranquillement apprendre ma leçon.

M. Deshayes ne s'attendait pas à celle fermeté. Il lire sur lui la porte de toutes ses forces , et se retire honteux et chagrin. Théophile, au contraire, s'applaudit d'avoir résisté a des instances si séduisantes et h son propre penchant. Il sut fort bien s'amuser tout seul le reste du jour ; et il se mit au lit, en rendant grâces 'a Dieu de ce qu il l'avait exaucé d'une manière si évideute.

Le lendemain, il se leva de bonne heure, et courut tiouver son père dans le jardin. Mon cher papa, lui dit-il . je sais 'a pré-

sent (jue Dieu exauce les prières de ceux qui le craignent. Il m'a donné le désir de l'aire le bieu , et la force d'éviter le mal. J'ai trouvé du plaisir à apprendre mes leçons. Deshayes est venu me tourmenter, quand je faisais mes devoirs, pour aller jouer avec lui, et moi j'ai été assez ferme pour le renvoyer.

M. de Beulières , attendri , l'embrassa. Courage, mon enfant, lui dit-il. Continue, mon cher Théophile. Sois toujours aussi fidèle à ta promesse, et Dieu te bénira de plus en plus. Tu verras un jour que ceux qui le craignent sincèrement ne l'ont jamais prié en vain.

THÉOPHILE. — Ainsi donc, si je l'avais prié de cette manière ()onr ma griiud'maman , je n'aurais pas eu le malheur de la voir mourir.

M. DE BEULIÈRES. — Je répondrai ;i t;i question, après que tu auras satisfait à celle que j'ai à te faire.

THÉOPHILE. — Avec plaisir, mon papa, si j'en suis capable.

.M. DE BEULiÈUES. — Lorsquc tu m as demandé réclaircissement de quel lues difficultés, ou l'explication d'une règle de la grammaire, t'ai-je refusé quelquefois?

THÉOPHILE. — Non, mon papa, jamais.

M. DE BEULIÈRES. — Et pourquoi ne t'ai-je jamais refusé?

THÉOPHILE. — C'est que, par amitié pour moi, vous désirez que je m'instruise davantage.

M. DE BEULiÈKES. — Mais , lorsquc tu m'as demandé certaines friandises, des babils de telle étoffe, ou de telle couleur, as-tu toujours été aussi heureux ?

THÉOPHILE. — Oh! vraiment non.

M. DE BEULIÈRES. — Et pourquoi non?

THÉOPHILE. — Vous me répondiez que vous saviez fort bien ce qui pouvait me convenir. J'en étais d abord affligé ; mais je voyais ensuite que vous aviez eu raison. Aussi, dès que vous me refusez quelque

CHOIX DE LKCTURES.

chose , j'imagine aussitôt qu'elle u'est pas bonne pour moi.

M. DE BEULiÈREs. — Et u'aurais-tu pas la même confiance envers Dieu?

THÉop[nLE. — Oh! pardonnez-moi, mon papa. 11 doit savoir encore mieux que vous ce qui me convient.

M. DE BEULiÈREs. — Aiusi douc , pour lui demander une grâce , comment faut-il lui adresser ta prière? Supposons qu'aujourd'hui tu voulusses prier pour ta grand' maman, que lui dirais-tu?

THÉOPHILE. — Seigneur, mon Dieu, si vous croyez que ce soit mon avantage, ne laissez pas mourir ma grand'maman.

M. DE BEULIÈRES. — Mais tu ue dois pas prier uniquement pour toi. Tu dois aussi prier pour ta grand'maman.

THÉOPHILE. — Cela est vrai.

M. DE BEULIÈRES. — Et si elle traînait une vie accablée d'infirmités, si la mort devait terminer ses souffrances , pourraistu demander a Dieu que , pour l'amour de toi , il rendît ta grand'maman malheureuse ?

THÉOPHILE. — Non, certes.

M. DE BEULIÈRES. — Ainsi , tu vois qu'il faut encore ajouter quelque chose à ta prière.

THÉOPHILE. — Oui , je dois dire: Mon Dieu , si c'est mon avantage , et celui de ma grand'maman , laissez-la vivre encore, je vous en supplie.

M. DE BEULIÈRES. — Si tu l'avais prié de cette manière, et que cependant ta grand'maman fût morte, que penseraistu de lui?

THÉOPHILE. — Qu'il aurait vu , par sa sagesse, qu'une plus longue vie n'était utile à elle, ni 'a moi.

M. DE BEULIÈRES. — Pourrais-tu te plaindre avec justice de ce qu'il n'aurait pas exaucé ta prière ?

THÉOPHILE. — Non , sans doute , puisque je ne l'aurais prié de laisser vivre ma

grand'maman qu'autant que ce serait son avantage et le mien.

M. DE BEULIÈRES. — Aiusi , tU VOis ,

mon ami , que Dieu exauce toujours les prières de ceux qui le craignent. Car , ou ils ne !ui demandent que la force de faire le bien, parce que Dieu veut qu'ils soient bons ; ou s'ils lui demandent quelque autre grâce , c'est toujours sous (a condition qu'il la juge nécessaire "a leur bonheur. Ils savent que c'est un père tendre , qui les aime , et qui leur donne, de son gré, tout ce qui peut leur être utile. Si quelquefois leurs vœux ne sont point exaucés, ils s'en consolent , et se disent 'a euxmêmes : C'est que Dieu a vu que cela ne nous serait pas avantageux.

Théophile ne tarda pas à profiter de cette instruction. Le matin, dès qu'il se réveillait, il priait Dieu de lui inspirer le désir de faire le bien; et lorsqu'il se trouvait près de manquer à ses devoirs, il le priait de l'aider à se vaincre soimême.

Il s'était accoutumé de bonne heure à penser à Dieu , et à se mettre en sa présence. Il se peignait sans cesse les doucours attachées à une bonne action , et les chagrins que traînent à leur suite la paresse , l'orgueil , le mensonge et le libertinage. Enfin, il devint si honnête, si sage et si vertueux, que tous les pères le proposaient pour modèle a leurs enfans.

Au bout de quelques années son père tomba malade. Tous les jours il invoquait le Seigneur pour sa guérison. Le cœur gros de soupirs, et les yeux remplis de larmes , il lui disait : Dieu tout-puissant, que ta volonté soit faite; mais si la vie de mon papa nous doit être utile à l'un et a l'autre, daigne prolonger ses jours, même aux dépens des miens.

Son père mourut. Ah ! qu'il en fut affligé! Cependant il s'écriait avec quelque consolation , dans l'excès même de sa douleur : Le Dieu de boulé ne m'aurait pas

CHOIX DE LECTUUES.

enlevé mon père , sans quelque vue secrète de sa providence. Sans doute il a voulu le récompenser de ses vertus ; et il ne m'a privé de ses tendres secours (pie pour me montrer que c'est lui seul qui est mon véritable père.

Théophile avouait souvent à ses amis que, par le moyen de la prière, il s'était

épargné bien des chagrins, et qu'il avait su adoucir ses infortunes. Il allait un jour de chaque semaine sur le tombeau de son père; et l'arrosant de ses larmes, il s'écriait : 0 le meilleur de tous les pères ! toi qui sus m'apprcndre h prier, que Dieu l'en récompense dans son sein paternel !

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