‹ Le livre de familleChapitre 190 sur 197 · SCÈNE II · texte numérisé non relu

SCÈNE II

MIMT, LA GOUVERNANTE.

LA GOUVERNANTE , qui a tout entendu, entre brusquement. — Pour cela , non ! mademoiselle; votre plaisir ne sera pas aussi complet que vous l'espérez ; j'y mettrai bon ordre.

MiMY, effrayée. — Ah! ma bonne...

c'est que... je... vous m'avez fait bien peur. (Elle pleure.)

LA GOUVERNANTE. — Il s'agit bicu de cela , vraiment : j'ai entendu vos petits discours , mademoiselle ; ils sont fort jolis; ils m'annoncent des inclinations que je suis très-charmée de connaître.

MiMY, pleurant. — Oui, allez; vous m'avez fait une peur, que je n'eu puis plus ; et vous savez que maman n'aime pas que l'on me fasse peur ; elle sait bien que cela me rend malade.

LA GOUVERNANTE. — VoUS VOUdricZ

me faire prendre le change ; mais vous vous trompez ; c'est le fond de coquetterie et d'orgueil que je viens de découvrir en vous , qui me fait peur à moi .

elle est plus vraie que la vôtre, cette peur-là , et malheureusement mieux fondée. Je suis bien fâchée de troubler votre joie, mademoiselle; mais je vous avertis qu'il faut renoncer pour aujourd'hui à désoler mademoiselle Monrose , et à plaire aux beaux messieurs ; vous aurez la bonté d'ôter ce bonnet-là, et de mettre aujourd'hui votre coiffure la plus commune.

Mi.MY. — Ma bonne, je vous en prie, laissez-moi mon bonnet ; je ne dirai pas à maman que vous m'avez fait peur.

LA GOUVERNANTE. — Jc m'y attendais bien. Non, mademoiselle, je n'ai point de composition à faire avec vous ; et si j'avais à faire grâce , vous vous y prendriez mal pour l'obtenir : sachez que, quand je punis , c'est que je le crois nécessaire , et que rien ne peut me faire changer. Vous mettrez votre bonnet de tous les jours, entendez-vous? cela est décidé; prenez votre parti de bonne grâce : je reviens à l'instant , et je compte vous trouver coiffée , sinon , gare le bonnet de nuit.

MiMY. — Ma bonne , je vous en prie, pardonnez-moi , cela ne m'arrivera plus.

LA GOUVERNANTE. — Je le couipte bien : c'est inutilement que vous me pi'iez , car vous ne porterez pas aujourd'hui ce bonnet-là; mais soyez sage, modeste, et surtout point orgueilleuse... Si je n'ai point de sujet de me plaindre de vous pendant tout le reste de la semaine, c'est dimanche les Rois... je ne vous en dis pas davantage; je vous promets que vous serez contente de moi. Allons, dépêchez-vous. Madame Durozoi est avec ses filles auprès de madame votre mère; on vous a demandée plusieurs fois. (Elle sort.)

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