‹ Le livre de familleChapitre 192 sur 197 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

MIMY, CÉCILE, BABET.

BABET. — Eh bien ! Mimy, es-tu morte?

il y a une heure que nous t'attendons.

CÉCILE, d'un air précieux. — Pour cela, mademoiselle, vous n'êtes pas trop honnête; il faut vous venir chercher jusque dans votre chambre.

MIMY, embarrassée , laisse tomber son bonnet par derrière elle. — C'est que je me coiffais, mes bonnes amies, et...

BABET. — Tu te coiffais? tu es bien longue à te coiffer ! Tiens , malpropre que tu es , voilà ton bonnet à terre. {Elle ramasse le bonnet.) Attends donc «pie nous l'examinions; mais voilà du beau! comment diantre, de la dentelle?

Je n'eu porte point encore, moi, et si j'ai un an et demi plus que toi.

CÉCILE. — Oui, cela est assez propre et bon pour toi, Mimy; c'est plus honnête que ces petites saloperies que tu portais : ce sont siirement tes étrennes?

BABET. — Oh ça ! ma bonne amie -Miray, j'ai une envie des plus grandes de le voir ce bonnet-là; allons, que je t'aide à le mettre.

MIMY. — Non, c'est que... tiens...

l'ouvrière a encore quelque chose à y faire.

BABET. — Tu te moques ; ce bonnet-là est fini , ettrès-Gni.

MIMY. — Mou Dieu! que tu es terrible ! c'est... le ruban qui n'est pas bien choisi.

CÉCILE. — 11 est vrai qu'il est des plus communs.

BABET. — Ce ruban-là? je le trouve des mieux assortis: allons, pas tant de façons ; tu fais la petite mutine , je crois. ( Elle veut lui mettre le bonnet. )

MIMY, se défendant. — Non, quand je te dis que je ne veux pas le mettre, et que je ne le mettrai pas.

BABET. — Oh! oh! tu le prends sur un drôle de ton! Eh bien! fais comme tu jugeras à propos.

CÉCILE. — En vérité, mademoiselle, c'est bien mal reconnaître l'amitié qu'on a pour vous.

MIMY. — Comme vous me désolez !

Eh bien ! tenez , je vous avouerai que c'est que ma bonne me l'a défendu.

BABET. — Comment dis-tu? ta bonne!

CÉCILE. — Voici une bonne histoire.

BABET. — Comment ! tu es assez sotte, à Ion âge , pour te laisser maîtriser par la bonne?

MIMY. — Cela vous est bien aisé à dire : c'est que c'est une personne bien sage, bien prudente , et qui me veut beaucoup de bien, que ma bonne; du moins maman me le dit-elle à chaque instant, et elle veut que je lui obéisse comme à ellemême.

BABET. — Comme à elle-même, à une domestique? mais cela est épouvantable.

CÉCILE. — Effectivement, c'est une espèce de servante qu'une gouvernante.

On peut mettre ça à la porte quand on veut : n'eu avons-nous pas eu jusqu'à trois?

MIMY. — Ah ! ma l)onne n'est pas une gouvernante comme les autres.

CHOIX DE LliCTUniîS.

BABET. — Connue les autres, ou non , c'est une domestique enfln.

CÉCILE. — Oui, tuas raison, une domestique ; et ta mère t'ordonne d'obéir à une domestique? Ah ciel ! pour moi , l'on m'assommerait plutôt.

MiMY. — Mais, est-ce que vous n'avez pas une gouvernante aussi, vous?

B.4BET. — Oui, nous en avons une; mais je voudrais bien, pour voir, qu'elle s'avisât de faire la maîtresse; comme je vous la ferais dénicher bien vite !

MuiY. — Ah ! ici , il n'y a que maman qui a le droit de chasser les domestiques.

BABET. — Imbécile que tu es , est-ce que tu ne sais pas comment il faut s'y prendre pour faire chasser un domestique qui déplaît?

CÉCILE. — Pour cela, tues bien neuve.

MIMY. — Dame, j'avoue bonnement que je n'en sais pas autant que vous.

BABET. — Tu le souviens bien, ma sœur, de cette demoiselle Colette, notre première gouvernante, comme elle voulait iaire la maîtresse, la sévère, nous mener à sa volonté? mademoiselle nous donnait des tâches; mademoiselle voulait nous faire apprendre des leçons; mademoiselle faisait la rapporteuse : et puis c'était toujours des querelles épouvantables. Cela n'a pas duré long-temps; va, j'ai su la désoler si à propos , la desservir si adroitement auprès de maman ; enfln , j'ai tant fait des pieds et des mains, qu'elle a été obligée de décamper.

CÉCILE. — Elle était bien tenace, celle-là ; maman avait de la confiance en elle... Nous avons eu des peines... des peines... mais à la fln nous en sommes venues à bout. Croirais-tu quenous l'avons forcée elle-même à demander son congé?

BABET. — Et toutes celles qui sont venues depuis ont changé de ton. Nous les avertissions d'avance; nous faisions nos conventions, et lorsqu'elles y manquaient, crac . à la porte.

MIMY. — Que vous êtes heureuses ! je n'aurais jamais cette hardiesse-là , moi. Je sais pourtant bien lui faire quelques petits chagrins. Pour peu qu'elle me touche, elle ne me donnerait qu'un petit coup sur l'épaule, je pleure, je crie de toute ma force. Maman vient, ma bonne lui raconte tout , et je suis encore grondée par-dessus le marché.

BABET. — Pauvre nigaude ! il faut raconter l'histoire différemment.

MIMY. — Ah ! oui ! mais c'est que c'est une femme qui dit toujours vrai, que ma bonne ; maman le sait bien.

BABET. — Allons donc, tu es un enfant ; il faut avoir de la fermeté, lui dire tout net que tu n'es pas faite pour lui obéir, au contraire; parce que les domestiques ne doivent pas commander aux maîtres; sans quoi elle te mènera toujours par tenez.

CÉCILE. — Sans doute , il faut faire un peu sentir à ces gens-là ce qu'on est , et ce qu'ils nous doivent.

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