‹ Le livre de familleChapitre 88 sur 197 · IS · texte numérisé non relu

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que tu es hors d'état de payer M. de Verville. 11 nie serait impossible , pour le moment , de l'avancer la somme qui te manque. Mais lâche d'obtenir du temps.

J'ai de quoi répondre : je serai ta caution . et lu garderas la ferme.

MARGLEKiTE , ù Thibaut qui reste immobile , frappé d'une vive surprise. — Vois , mon ami , quelle bonté ! ( à Pelage). Oh, mon cher voisin, d'où te vient pour nous une pensée si secourable?

PELAGE. — Elle est toute simple. Le brave Thibaut, me suis-jedit, a soulagé de son mieux tous ceux qu'il a vus dans la peine. 11 serait bien affreux qu'il ne trouvât personne pour l'en retirer à son tour ; et je suis venu.

MARGUERITE, àpuvt. — Il Semble que le ciel nous l'envoie.

PELAGE. — l£h quoi! Thibaut, tune dis rien? (// lui tend la main. )

THIBAUT , la prenant avec vivacité, et la serrant dans les siennes. — Ah ! mon cher Pelage , ne crois pas que ce soit par indifférence. Je suis pénétré jusqu'au fond du cœur de tes offres ; mais je ne puis les accepter

PELAGE. — Pourquoi donc? Elles ne te seront pas inutiles. Dans quelque bonne disposition que M. de Verville soit à ton égard, il deviendra plus facile encore, en se voyant pleinement en sûreté par ma caution.

THIBAUT. — Mais qui me servira de caution envers toi-même?

PELAGE. — Ta probité, ton intelligence, et ton amour du travail.

THIBAUT. — Tu vois cc qu'ils m'ont valu jusqu'à présent. 11 a sufQ d'une mauvaise année pour me ruiner. Une seconde ne ferait qu'ajouter ta ruine à la mienne.

PELAGE. — N'importe, j'en cours les risques.

THIBAUT. — Et voilà ce que je ne veux point. C'est bien assez de souffrir avec

ma famille, sans voir que mes amis souffrent aussi pour moi. Je n'aurais plus un moment de tranquillité. Un brouillard, un nuage , le moindre tourbillon de poussière jetterait l'épouvante dans mon esprit.

PELAGE , avec instance. — Mon cher Thibaut, si tu savais combien lu me désoles par tes refus ! Je ne pourrais donc rien faire pour toi !

THIBAUT. — Tu en as fait assez en soulageant mon pauvre cœur. Il est déchiré ; mais les larmes que je vois dans tes yeux servent de baume à ses blessures. 0 mon bon ami ! quoiqu'il soit bien triste d'être réduit à la pitié des autres , il y a toujours une grande différence d'être plaint, ou d'être maudit. Grâces au ciel, tu n'auras jamais à regretter de m'avoir connu. En quelque endroit que je te rencontre , je n'aurai pas besoin d'enfoncer mon chapeau sur mes yeux , ou de détourner la lêle, pour n'avoir pas à rougir de ta présence.

PELAGE. — Plus tu me résistes, plus je sens croître mon amitié. Et toi, cruel, lu ne veux pas me donner la tienne?

THIBAUT. — Pense-s-y donc , je t'en supplie. Je sais tes faibles moyens. Seraisje ton ami , en le plongeant dans l'embarras pour m'en soulever ? Non , mon bon voisin , je ne suis coupable de la ruine de personne; et l'on ne pourra jamais dire que je le sois devenu. Aussi long-temps que je vivrai, je veux m'endormir avec un cœur innocent. C'est alors qu'une poignée de paille vous fait un lit de roi.

PELAGE. — Je ne te presse plus. Je sens que je ne suis pas digne de flnir tes peines. Le ciel , sans doute, s'en réserve l'honneur. Je ne te demande que la préférence après lui. Et mes bras et ma petite fortune, lu les trouveras toujours à ton service. Adieu. {Il sort. Thibaut le conduit jusqu'à la porte ^ en lui serrant la main.)

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