‹ Le livre de JobChapitre 23 sur 30 · JOB, XXXIX, 29-30, XL · texte numérisé non relu

JOB, XXXIX, 29-30, XL

De là, son regard cherche une proie,

Ses yeux percent au loin.

Ses petits se gorgent de sang :

Si des cadavres se trouvent quelque part, il y est (1).

Vois donc l'hippopotame que j'ai créé comme toi (2) : Il mange l'herbe comme le bœuf; Sa force réside dans ses reins, Et sa vigueur dans les muscles de son ventre.

Sa queue qu'il fléchit est pareille à un cèdre (3), Les nerfs de ses cuisses sont entrelacés ; Ses os sont des tubes d'airain, Sa charpente est en barres de fer.

C'est le chef-d'œuvre de Dieu ; Il a été fait pour qu^on s'en amuse (4).

Les bêtes des montagnes le regardent (5), Et les animaux des champs s'ébattent à ses côtés. Tandis qu'il se couche sous les lolus.

Dans le secret des roseaux et du marécage.

Les lotus le couvrent de leur ombre, Et les saules du rivage (6) V environnent.

Que le fleuve déborde, il ne s'eff'raie pas ; Il resterait tranquille, si le Jourdain fondait sur lui. Qui (7) V abordera de front pour le saisir, Ou le prendra dans les filets et lui percera les narines ?

. (1) Sur les transpositions qu'il convient de faire dans les trois derniers chapitres, v. supr. Introduction, p. 16 n. 2.

(2) Vers surchargé. Texte suspect.

(3) La queue de l'hippopotame , petite et forte, est comparée à une branche de cèdre, rg^ione glabritid, roluî?ditali^, spissitudinis et firmitatis, disent les commentateurs.

(4) Lire *li pn^rS (leçon du grec). L'hébreu n'a pas de sens.

(5) Traduction conjecturale.

(6) Littéralement : « du torrent. »

(7) Suppléer ^10 au commencement du v. 24.

154 JOB, XL, 25-32; xli, 5-10

Peux-tu tirer le crocodile avec un hameçon, Et lui serrer la langue avec une corde, Lui passer un jonc dans les narines, Et lui percer la mâchoire avec un crochet ?

Te 1 era-t-il beaucoup de prières ?

T'adressera-t-il de douces paroles ?

Prendra-t-il un engagement avec toi, Afin que tu Taies pour toujours à ton service î

Joueras-tu avec lui comme avec un passereau, Et l'attacheras-tuavec un fil pour l'amusement de tes enfants? Sera-t il débité par une société de pêcheurs, Et partagé entre les marchands ?

Couvriras-tu sa peau de dards, Et logeras-tu le harpon dans sa tête?

Mets un peu la main sur lui:

Tu te souviendras de l'affaire (i), et tu ne recommenceras

[pas.

Qui a soulevé le devant de sa cuirasse ?

Qui a pénétré dans la double ligne de son râtelier? Qui a ouvert les deux battants de sa gueule.

Ses terribles rangées de dents ?

Son dos étale un alignement de boucliers Dont les jointures sont étroitement scellées (2). L'un (3) touche Tautre ; Et un souffle ne passerait pas entre les deux ; Ils adhèrent ensemble ; Ils se tiennent et so?ît inséparables.

Ses éternuements font jaillir l^ lumière, Et ses yeux sont comme les paupièi*es de l'aurore.

(1) Mot à mot : « souviens-toi du combat. »

(2) Les écailles du crocodile, disposées symétriquement, sont comparées à des boucliers serrés Tun contre l'autre.

(3) Un bouclier, c'est-à-dire une écaille.

JOB, XLi, 11-23 155

De sa gueule sortent des flammes,

Et s'échappent des étincelles de feu.

De ses narines la fumée s'élève,

Comme d'une marmite bouillante el d'une chaudière.

Son souffle allume des charbons, Et la flamme sort de sa gueule (i).

Dans son cou réside la force, Et devant lui bondit la peur.

Les fanons de sa chair sont adhérents, Raidis sur lui et immobiles ; Son cœur est dur comme la pierre. Dur comme la meule inférieure du moulin (2).

Quand il se lève, les plus braves sont effrayés, Et, dans leur épouvante, ils sont éperdus.

Qu'on l'attaque avec l'épée, l'épée est impuissante, Et la flèche (3) ne le fait pas fuir.

Il regarde le fer comme de la paille, L'airaiti comme du bois vermoulu.

Les pierres dB la fronde sont pour lui des fétus ; La massue lui semble un brin de chaume ; Il se rit du bruit des javelots.

Son ventre est garni de tessons aigus :

On dirait une herse étendue sur la boue.

Il fait bouillonner le gouffre comme une chaudière, Il fait de la mer une marmite à parfums (4).

(1) Description poétique des phénomènes produits par la respiration du crocodile sortant de Peau.

(2) Le moulin à bras était composé de deux meules superposées dont Tune, celle de dessous, était plus dure que l'autre.

(3) Littéralement : « le fils de l'are ».

(4) A cause du bouillonnement qu'il produit, ou bien peut-être de l'odeur de musc qu'il répand.

156 JOB, XLi, 24-26; xl, 1-2, 8-14, g-4

Il laisse derrière lui un sillage lumineux :

On croirait que Fabîme a des cheveux blancs.

Il n'a pas son pareil sur la terre, Car il a été fait pour ne rien craindre.

Il regarde en face tout ce qui est grand:

C'est le roi des animaux les plus fiers (1).

Et lahvé, s'adressant à Job, dit:

Le censeur du Tout-Puissant veut-il lutter avec lui Que l'accusateur de Dieu réponde à tout cela ! Veux-lu anéantir mon droit, Me condamner pour te justifier?

As-tu un bras comme celui de Dieu, Et tonnes-tu d'une voix comme la sienne ?

Orne-toi donc de majesté et de grandeur, Revèts-toi de gloire et de magnificence!

Répands les flots de ta colère.

Et d'un regard terrasse Torguei lieux !

D'un regard fais plier le superbe, Écrase les méchants sur place !

Abîme-les tous ensemble dans la poussière, Couvre leurs visages de l'éternelle obscurité. Alors je te féliciterai moi-même, Des services que ta main t'aura rendus.

Alors Job répondit à lahvé, et il dit:

Chétif comme je suis, que je te répondrais-je ? Je ne puis que mettre ma main sur ma bouche.

(1) Littéralement: « C'est lui qui est roi sur tous les enfants d'orgueil ». Plus haut (XXVII1,8), dans le dernier discours de Job. « les enfants d'orgueil » sont les bêtes sauvages, h commencer par le lion.

JOB, XL, 5; xLii, 2-12 157

J'ai parlé une fois, et je ne dirai plus rien; Deux fois, et je ne recommencerai pas.

Je sais que tu es tout-puissant, Et que nul dessein n'est au dessus de les forces. J'ai parlé en ignorant De choses qui me dépassent et que je ne connais pas.

J'avais entendu parler de loi ; Mais maintenant, mes ye,ux t'ont vu.

C'est pourquoi je me résigne et me console.

Sur la poussière et la cendre.

Et après que lahvé eut adressé ces paroles à Job, il dit à Ëliphaz de Théman : « Je suis irrité contre toi et contre tes deux aniis, parce que vous n'avez pas parlé de moi correctement, comme mon serviteur Job. Or maintenant prenez sept taureaux et sept béliers, et venez trouver mon serviteur Job ; vous offrirez pour vous cet holocauste, et mon serviteur Job intercédera pour vous. C'est par égard pour lui que je ne vous traiterai point selon votre folie ; car vous n*avez point parlé de moi correctement, comme mon serviteur Job. » Éliphaz de Théman, Bildad de Suah et Sophar de Naama s'en allèrent donc, et ils firent comme lahvé leur avait ordonné, et lahvé eut égard aux prières de Job.

Et parce que Job avait prié pour son prochain, lahvé rétablit sa fortune et lui rendit en double tout ce qu'il avait possédé. Tous ses frères, toutes ses sœurs, tous ceux qui l'avaient connu autrefois, vinrent le voir; ils mangèrent avec lui le pain dans sa maison, ils le plaignirent et lui firent leurs condoléances au sujet de tous les malheurs que lahvé avait amenés sur lui ; et chacun d'eux lui donna une pièce de monnaie (1) et un anneau d'or. Et lahvé bénit les derniers

(1) Une kesita, monnaie de Tépoque patriarcale.

158 JOB, xui, 13-15

temps de Job plus encore que les premiers, et il posséda quatorze mille brebis, six mille chameaux, mille paires de bœufs et mille ânesses. Et il eut sept fils et trois filles, et il nomma la première lemima (1), la seconde Kesiha (2), et la troisième Kérén-kappuk (3). Et dans toute la terre il n'y avait pas de femmes aussi belles que les filles de Job ; et leur père leur assigna un héritage parmi leurs frères. Et Job, après cela, vécut cent quarante ans (4), et il vit ses fils et les fils de ses fils, jusqu'à la quatrième génération. Et Job mourut vieux et rassasié de jours.

(1) Colombe.

(2) Ginname.

(3) Botte de fard (antimoine).

(4) La version grecque ajoute ici : « Et il vécut en tout deux cent quarante (var. : deux cent quarante-huit) ans. » On ne saurait dire si cette indication se trouvait dans l'original ou si elle a été ajoutée avec la glose étendue qui termine le Job des Septante.

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