‹ Le Livre de l'exilé, 1851-1870. Après l'exilChapitre 17 sur 91 · COMMENT NOUS ENTENDONS L'HISTOIRE · texte numérisé non relu

COMMENT NOUS ENTENDONS L'HISTOIRE

On nous enseigne que Démosthcnes était un esprit faux, de ne pas vouloir qu'Athènes fût une préfecture de la Macédoine.

W avoir pas compris que la grande politique était de vendre son pays!

I-ebeàu temps, c'était de Caligula àCommode et Héliogabale. Le plus libéral fut encore ce Carac^alla, qui donnait le suffrage universel à presque tout le monde connu. Il est vrai que c'était lo droit de se faire esclave, de se vendre. Voilà comment nous entendons l'histoire.

Aujourd'hui la langue ment, pour ainsi dire, toute seule.

« Petits esprits, faux, étroits, Démosthône tout le premier.

« Démosthène donne de grandes marques de faiblesse pendant son exil, qu'il passe tantôt à ^ine, tantôt à Trézéne. Ses regards ne se portaient jamais sur l'Attique que ses yeux ne se remplissent de larmes. »

Ne pourrions-nous pas laisser cette noble anti- Tiité en dehors de nos laideurs? Mais notre vanité est telle que lorsque nous noufe sentons flétris, nous voudrions flétrir l'univers. Grâce su moins pour ces beaux marbres ! Jusqu'à nous, on avait toujours respecté deiix choses, les enfants et l'antiquité. Dans les temps les plus dépravés, quelle vénération l'Italie avait gardée

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pour son alwa parens ! Pourquoi souiller de nos vices mesquins et monstrueux tout ensemble, les sources antiques où le monde s'est renouvelé jusqu'à ce jour? Laissons en paix les marbres de Paros!

Un fanatisme nouveau, sans foi.

Je vous Irouvo plaisant de m'accuscr de ne plus croire. Vous me plaignez, comme si c'était là une infirmité ; et après m'avoir plaint, vous me condamnez, comme si c'était un crime. Je suis, dites-vous, un sceptique, un libertin, un impie, . parce que je ne crois pas en Jupiter, en la bonne déesse, ni au bœuf Apis. De ma condamnation vous passez à celle du siècle. Vous déclarez qu il est perdu, cai: il n'a plus de piété pour Sérapis, pour Hercule.

Mais n'est-ce pas la faute des dieux, si les hommes ont perdu la piété?

Pourquoi m'ont-ils laissé voir les absurdités de rulympe? Quoi ! parce que les absurdités sont palpables, je suis un malheureux de ne plus les vénérer? Vous m'annoncez que je resterai sans

repos, aussi longtemps que je n'inclinerai pas ma raison devant les douze dieux?

La pierre philosophale de notre temps: accord du dogme et de la philosophie.

La Belgique, aux trois quarts hérétique au seizième siècle, n'a pu être ramenée à notre divine religion que par la force sanctifiante du fer, du feu, de la corde et de la fosse. Quand on eut noyé dans le sang tout ce qui prétendait avoir une pensée, que les hiboux peuplèrent les villes et que les hommes en eurent disparu, ce fut bien •force à Thérésie de se taire et do s'humilier aux pieds de notre auguste orthodoxie.

Comment Thomme a-t-il pu revenir à la légende dorée ? Est-ce une chute, un dégoût , un accès d'humeur contre le bon sens ? Est-ce peur ? Tous ces beaux fils qui maudissent la raison !

Quel effort immense pour rétrécir le cerveau, le déformer !

Comment, après avoir ébloui et gouverné le monde, l'esprit français, d'hypocrisies en hypocrisies, en est-il venu à se traîner à plat ventre devant toutes les monieriés d'Egypte ?

Dernière phase des religions. On ne dit plus le Christianisme, mais le Catholicisme. Non plus Dieu, mais le Pape. Qu'est-ce en somme? La haine divinisée de la Révolution française. Dans

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